‹ Hygiène morale; ou, ApplicationChapitre 36 sur 46 · FERMETÉ · texte numérisé non relu

FERMETÉ

temps avec eux, et qu'ils se rendent eux-mêmes extrêmement malheureux. Je ne connais pas de cause plus fréquente de rechutes dans les maladies, ni d'obstacle plus insurmontable à la guérihon complète des affections chroniques, que le çenre d'ore^anisation que j'indique ici, et que l'irritabilité, la susceptibilité qii'elle entraîne. Encore une fois, le principal remède à de tels maux est dans la démonstration phrénologique des facultés dont nous sommes naturellement doués; ici nous nous convaincrons de la nécessité d'écouter les conseils, de nous corriger de la manie de voir partout du despotisme, et de nous regimber par un faux point d'honneur.

Que si, au contraire, le sentiment de la fermeté est faible en nous , nous serons le jouet du premier venu, et, véritable girouette, nous tournerons à tout vent. Heureux si de bormes influences nous entourent; nous nous conduirons bien alors, pourvu qu'on ne nous abandonne pas un instant à nous-mêmes, comme nous tournerions au mal si nous étions environnés par des influences opposées. Voyez quelle circonstance fâcheuse pouv l'éducation : cet enfant, cet homme aime le travail et peut compter sur le succès; il prend la résolution de s'y livrer avec ardeur, miiis une société d'étourdis ou de mauvais sujets arrive et l'entraîne à la négligence de ses devoirs, au désordre, à la débauche;

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et c'est en vain que, rendu a lui-même, le malheureux déplore sa faiblesse ; le lendemain, malgré les plus belles résolutions en apparence, il recommence encore. Dites maintenant si l'éducation , pour être efficace, n'a pas besoin d'un certain degré de fermeté dans le sujet qu'elle veut former; son premier devoir est même de la développer, quand elle ne la rencontre pas, car, sans elle, les meilleures dispositions se trouveraient de fait anéanties. Il faut habituer l'enfant, dès le premier âge, à prendre une décision dans les cas difficiles à soutenir un parti pris , non pas sous l'empire d'une passion, mais après miire réflexion; à surmonter les obstacles par la seule force de son caractère, tantôt après conseil, quand l'intelligence en vient réclamer, tantôt par une résolution spontanée, quand les conseils manquent ou ne peuvent pas être attendus. Lliomme qui ne sait pas vouloir est incapable de gouverner ses facultés, et n'est pas en mesure de remplir sa mission.

6° Justice.

Voici un des sentiments les plus beaux dont soit douée l'espèce humaine; à lui se rattache la conscience , le seul moral. Il est remarquablement traité par M. Uroussais (page 36.'' -378;, et nous renvoyons au Cours de phrénofogîe pour en connaître

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Tactiori primitive et les combinaisons. Cependant , il nous paraît nécessaire d'ajouter qu'en réduisant, suivant notre méthode, cettefacultéà sa plus simple expression , nous y trouvons , en dernière analyse, Y appréciation des droits de soi-même et de ses semblables. C'est le sens moral de Gall , la conscienciositéde Spurzheira.

S'il est trop faible, point de scrupules : le bien et le mal sont égaux; on s'inquiète peu de porter préjudice aux autres ; pourvu que l'on arrive à son but , tous les moyens sont bons. Et voyez quelle anarchie va résulter du défaut de ce sentiment : ridée de respecter chez nos semblables une organisation image de la nôtre, impose souvent un frein utile aux impulsions instinctives de nos passions ; ce frein n'existe plus ici ; voilà notre autorité sur ces passions qui a perdu un puissant levier, et nous ne tarderons pas à être précipités dans mille travers, mille erreurs, mille abus de nos facultés. Nous avons vu, à l'occasion des facultés de desîructivité et d'acquisiviié, qu'elles ne conduisaient au vol ou à l'assassinat que sous certaines conditions seulement, d'abord l'influence de l'exemple et de l'éducation, secondement l'absence du sentiment de justice. Rien n'est plus propre, en effet, à restreindre ces penchants dans les limites de la légalité que cette noble faculté. L'injustice est un mal réel : c'en est un pour celui

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qui la subit, car il est pour ainsi dire violé dans son domicile; comme j30ur la société, qui en est témoin, car c'est manquera la loi de sa nature qui lui a fait connaître le mal et lui a donné les moyens de l'empêcher ou de le réprimer. Une injustice, quelle qu'elle soit, de quelque prétexte qu'elle se colore, est toujours un aclequi blesse le sentiment de conscience en sacrifiant les droits imprescriptibles de l'ors^anisation.

Le défaut de ce précieux sentiment nous lait porter des jugements faux; car il nous est impossible de supposer dans les autres ce que nous ne sentons pas en nous , et nous attribuons à d'autres mobiles, à des motifs intéressés, les actions les plus pui-es , les plus dévouées, les plus esclaves du sentiment de justice.

Il est important d'habituer l'enfant à l'exercice de ce sentiment : il le fait déjà dans ses jeux, où sont condamnées et punies toutes les infractions aux règles convenues , il devrait être appelé souvent à le faire dans des circonstances plus sérieuses; par exemple, dans le jugement des fautes de ses camarades. Je voudrais voir, dans les pensions, dans les collèges, ces jurys d'apprentissage appelés fréquemment à jnger de la valeur morale des actions. Rien ne serait plus capable de développer dans les enfants ces sentiments virils et généreux qui nous poussent à la défense de ce qui

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est bien , indépendamment de tout intérêt personnel, et à la condamnation éclatante de ce qui est mal, alors même qu il n'est pas sans dançjer pour nous de le faire; noble exemple qui porte au plus haut degré la satisfaction de nous-méme, et qui ne reste jamais stérile. Mais une telle éducation suppose que le maître se met à Fabri de toute récrimination par sa conduite régulière et son impartialité.

Passons maintenant aux résultats de l'excès de développement de ce sentiment. Ici je vois que l'on m'arrête, ne comprenant pas comment l'excès de conscience puisse être un défaut ou plutôt comment il puisse y avoir jamais excès du sentiment de justice. Rien de plus réel cependant, car la faculté dont nous nous occupons n'a point de privilège sur les autres et peut devenir, comme elles, tantôt l'origine du bien et tantôt celle du mal. En effet, cet excès fait naître en nous des craintes exagérées de mal faire . des inauiétudes continuelles d'avoir commis quelque injustice, des remords de conscience non fondés. J'ai connu une dame qui, arrivée à l'âge de soixante et quelques années, eut le malheur de perdre en trois jours ses deux filles déjà mariées et dans les positions sociales les plus honorables. Cette excellente mère , la plus tendre . la plus affectueuse que j'aie jamais connue, n'avait cessé un seul instant de

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se dévouer pour ses enfants; elle avait eu, pour ses deux filles, dans leur dernière maladie, de ces soins maternels qui arrachent les larmes. Eh bien ! elle se reprochait amèrement ces soins, disait qu'elle n'avait pas assez fait, et regrettait de n'avoir pas confié à des mains étrangères ses chères enfants, si cruellement dévorées par la mort !

Il y avait évidemment, chez cette dame, excès de l'esprit de justice. Il peut être porté jusqu'au point d'enchaîner presque toutes nos facultés toutes les fois qu'il s'agira de notre intérêt personnel et d'en pousser le développement au-delà de toute mesure, quand l'intérêt d'autrui sera en jeu. Il y a alors dans notre conduite plus que du désintéressement, plus que de la générosité , vertus que nous rapportons au sens moral ; il y a de la duperie , et notre faculté est la première à condamner un tel résultat, car c'est elle qui veut que chacun soit traité suivant ses œuvres, et non pas le méchant comme le bon; c'est elle qui ordonne à la loi de punir le coupable, non pas dans un but de vengeance, mais pour corriger , pour améliorer Ihomme, pour lui faire sentir que la justice n'est pas un vain mot, qu'elle est dans la nature des choses, qu'elle dérive de l'organisation , qu'elle exige un mal passager et matériel pour arriver à un bien solide et moral.

Le développement du sentiment de justice, s'il

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procure l'ineffable bonheur de la satisfaction dé conscience, est aussi la source de bien des peines ; car ce n'est pas sans douleur profonde, sans vive indignation, qu'il supporte le spectacle des injustices dont l'homme est si souvent victime. Enfin c'est encore à notre fa< ulté que remonte la tolérance , c'est-à-dire le respect pour le droit qu'a tout homme de penser à sa manière.

Tel est le sentiment de justice, sens moral des psychologistes ; isolé, il aurait peu d'influence, mais, soutenu des autres sentiments moraux et de l'intelligence qui l'éclairé, il relève l'existence humaine et vient aider l'homme à se diriger dans la conduite de sa vie. Cependant il a quelque chose de sévère, et il gagne à céder parfois quelque chose au sentiment dont nous allons maintenant parler.

7° Bienveillance.

C'est certainement à tort que ce sentiment avait été confondu avec le précédent par Gall, qui prétendait que la bienveillance était un degré d'action plus élevé dans le sentiment du juste et de l'injuste; et, en ce point, l'immortel fondateur de la phrénologie a été abandonné par tout le monde ; il n'est pas un seul phrénologiste qui ne se soit rendu aux raisons de vSpurzheim.

T.e, propre de ce sentiment, c'est de nous dispo-

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ser à souffrir au mal d'aiitiMii et y à {Dorler remède; de créer en nous une sensibilité plus ou moins exquise en vertu de laquelle nous compatissons au malheur, nous désirons d'en voir la fin, et nous contribuons à le soulager autant qu'il est en nous. Voilà le bien , mais Tliomme trop bienveillant se laisse quelquefois entraîner au-delà des bornes; sa bonté se change en bonhomie et souvent en faiblesse; jouet de toutes les impressions dont il est assailli, il n'est véritablement rien par luimême; il pardonne toujours, Une sait jamais punir et confond ainsi le bon avec le méchant, l'innocent avec le coupable ; et la bienveillance insidte chez lui sans cesse au sentiment de justice. Il y a désordre alors, et ce désordre engendre le mal. Il faut savoir résister à ces impulsions de notre sensibilité , de notre bienveillance. Il n'est vraiment pas moral de favoriser la paresse et les vices par une aveugle charité ; il ne faut faire le bien qu'à celui qui le mérite ; alors il est beau de se dévouer au malheureux , et de le mettre en état de se suffire à lui-même , par le développement régulier de ses facultés. C'est alors l'esprit de justice qui vient en aide à la bienveillance pour en diriger l'emploi ; mais la circonspection doit souvent aussi exercer sur elle son droit de contrôle. Faire le bien actuellement et au premier venu, aux dépens de l'avenir et des autres , souvent de ceux

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qui le méritent le mieux , c'est manquer non seulement à la justice, mais à l'intelligence, à la raison ; c'est souvent se mettre clans le cas de ne pouvoir continuer un utile bienfait , c'est souvent , se priver des moyens de faire plus tard de bonnes actions. La bienveillance ne doit pas s'exercer au détriment des autres facultés , et , dans son développement , elle est tenue de respecter celles-ci , dans la sphère de leur activité.

C'est ce même sentiment qni nous porte à la philanthropie. Cette vertu , dont nous n'avons pas ici à faire l'histoire, est plus répandue qu'on ne le croit commimément; ceux qui vont presque jusqu'à en nier l'existence, n'arrivent à un tel paradoxe que parce qu'ils en font un être complexe, composé d'un grand nombre d'autres vertus. Pour eux, il n'y a de philanthrope que l'homme entièrement désintéressé, qui ne fait le bien ni par orgueil, ni par vanité, ni par ruse, ni par ostentation; qui se cache toujours pour accomplir ses bonnes œuvres et qui néglige entièrement le soin de sa fortune pour se consacrer aux pauvres. A ce portrait , on reconnaît sans doute un type de phikiuthropie, et le monde serait trop heureux si celte vertu ne se présentait que sous ces admirables traits et avec ce noble cortège; ou plutôt, il aurait trop souvent à souffrir de son absence, car l'imperfection est bien plus dans la nature humaine

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que la perfection; et la philanthropie, telle que nous la voyons tons les jours , n'est le plus souvent qu'une vertu incomplète. Prenons acte de ce fait, et, sansrefusertout mérite au philanthrope dont l'organisation péchera par le défaut de quelques organes, aides naturels de la bienveillance, ne le plaçons pas non plus trop haut dans l'échelle de la moralité. Ainsi nous voyons la bienveillance se montrer sous mille aspects divers : i'acquisivité , l'estime de soi et l'amour-propre peuvent être extrêmement prononcés en même temps que la bienveillance; voilà des faits incontestables d'organisation , et les facultés qui y correspondent poussent à acquérir pour soi , à rechercher l'approbation et les honneurs, à s'élever au-dessus de la foule et en même temps à faire le bien. Que ce contraste ne vous étonne pas; n'at-on pas vu des voleurs employer leur gain illicite à soulager le malheur? De tels hommes, dit-on, n'ont réellement pas l'amour du bien, et tout ce qu'ils font n'est c|ne ruse et calcul. Raisonnement faux : la ruse et le calcul peuvent exister avec le désir de faire le bien 5 ils viennent seulement se mêler à ce sentiment, et en modifient la manifestation; mais ils ne le détruisent pas, et l'homme, malgré ses défauts, malgré ses vices, éprouve encore le besoin de soulager son semblable. La bienveillance perce donc encore chez lui, et sa philanthropie n'est point de pure paratle. C'est

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ainsi qu'il faut juger l'homme, non pas comme s'il devait être ou tout bien ou tout mal, mais comme un mélange de l'un et de l'autre, heureux de trouver un peu de bien quand il y a beaucoup de mal, et nous gardant soigneusement de nier l'un parce que l'autre existe.

D'ailleurs, ainsi que nous l'avonsdit, trop debienveillance nuit à l'esprit de justice et à d'autres facultés, et introduit le de'sordre dans notre gouvernement intérieur. Il en est de même de son défaut; c'est avec juste raison qu'il excite l'aversion et la haine , tandis que l'excès ne réveille que la commisération. L'indiiférence, la sécheresse de cœur, l'insensibihléjla méchanceté même, en sont les résultats. Une telle organisation nous prive d'un des plus nobles privilèges de l'homme, celui de venir en aide à son semblable, et de ce bonheur de conscience qui nous donne tant de force et de courage et nous soutient si bien dans les circonstances difficiles. L'homme dépourvu de bienveillance pèche contre nos lois physiologiques, en privant les autres facultés de ce ton de douceur et d'aménité qui sert si puissamment leur activité et ajoute tant à leur influence; il fait plus , il nuit positivement à leur développement, en suscitant autour de lui autant d'ennemis qu'il aurait pu trouver d'amis. L'éducation phrénologique d'un tel être , homme ou enfant, devra s'attacher à prouver par

ESPERANCE. ai^

des faits, le poiivoir et l'influence de la bonté, son autorité, ses lienreux résultais, à montrer qu'elle est dans Tordre et aussi utile à 1 homme, aussi respectable que toute autre faculté ; et, pour cela, il suffira de faire l'histoire de la bienveillance , d'après l'esquisse que nous venons d'en tracer, et toujours en s'adressant de préférence aux facultés les plus développées chez le sujet qu'il s'agira de former.

8*^ Espérance.

Les facultés dont nous parlé jusqu'à présent font vivre l'homme dans le présent; le retour des impressions reçues lui donne la mémoire du passé où il semble revivre; mais il ne borne pas là son activité et nous le voyons tous les jours s'élancer jusque dans l'avenir. Il s'y transporte animé par le sentiment d'espérance, et là il jouit d'avance du tléveloppement de ses facultés. C'est grâce à ce sentiment qu'il peut introduire quelque ordre , quelque enchaînement dans les actes de sa vie ; car le présent, trop rapide, lui échappe au moment où il veut le saisir.

Voyez ce qui résulte de la privation de ce sentiment, et vous comprendrez à l'instant combien il était nécessaire à l'existence. Celui qui n'a point d'espérance, ne fait cas que du présent, n'estime la valeur des choses cjue d'après leur résultat im-

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médiat; si ce résultat doit se faire attendre , il est presque nul à son avis. Aussi ne voit-on un tel liomme concevoir aucun projet, se livrer à aucune spéculation, entreprendre aucun travail de longue haleine, méditer aucune de ces profondes conceptions qui, long-temps mûries, finissent par enfanter de ces grands résultats qui poussent l'humanité d'un pas en avant. Il y a plus même; c'est que n'ayant foi qu'au présent et n'y rencontrant souvent que misère et vanité, il s'en dégoûte, désespère de l'humanité, desespère de lui-même, et désire la tin de sa malheureuse existence, quandil ne va pas jusqu'à la provoquer par le suicide (i).

Par cet enchaînement de faits, par ce résultat dernier, la question est jugée du point de vue physiologique : l'espérance est nécessaire à l'exercice des fonctions de l'organisme, et l'économie souffre de son faible développement. On ne saurait trop ranimer la foi dans l'avenir chez celui qui ne sait pas la nourrir : c'est par progression qu'il faut l'amener de l'espérance du lendemain à celle du our suivant , de celle-là à une autre plus éloignée , jusqu'à ce qu'un calcul de probabilités vienne poser des bornes à cette propagation. Puis des exemples seront à votre disposition , l'histoire sera là pour confirmer vos instructions, et vous n'aurez

(î) Voyez p. i55, '

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