ÉTUDE PHILOSOPHIQUE DE L'HOMME
formations que l'art a dû lui faire subir pour le rendre purement illusoire.
Et mieux encore, voilà que d'après la même loi d'assimilation physiologique , on vient de mettre les dyspeptiques au régime de la viande crue , comme si l'homme était organisé pour disputer aux carnivores leur nourriture ; comme si la cuisson des viandes n'était pas la première loi d'hygiène instituée, dès l'origine du monde, pour l'alimentation de l'homme, une loi que l'expérience des siècles a consacrée aussi bien que l'instinct, la raison et le simple bon sens; comme si la cuisson des viandes n'était pas le moyen de leur donner un parfum qui est le premier attrait, le premier guide de l'homme et des animaux dans leur commun instinct ; comme si encore la cuisson des viandes n'était pas le seul moyen d'en dégager l'osmazône, ce principe si naturel, si salutaire d'assaisonnement, de saveur nécessaire, en même temps que de puissance digestive que ne peuvent avoir les viandes crues; et comme si enfin, la cuisson des viandes, d'après les premières lois d'hygiène, ne devait pas avoir pour
effet de nous préserver d'hôtes pour le moins impor-
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tuns que recèlent les viandes crues, avant de prendre en nous leur droit de cité, ainsi que le constate de toutes parts, l'observation du moment.
Il est triste, et j'allais dire presque humiliant pour la science, d'avoir à signaler aujourd'hui, au nom du simple bon sens, de telles conceptions hygiéniques et thérapeutiques.
VI. — V homme ne diffère pas seulement des animaux , mais de lui-même.
Il faut bien savoir aussi que l'homme ne diffère pas seulement des animaux pour son hygiène et sa thérapeutique, mais qu'il diffère de lui-même pour ses dispositions physiologiques individuelles, qui peuvent varier à l'infini, modifier à l'infini les indications et les moyens de traitement; et, si l'on a pu dire, en morale, tôt capita, tôt sensus, il n'est pas moins permis de dire, en médecine pratique : tôt morbosi, tôt medicinœ ; et pour le comprendre, il suffirait déjà,de voir les dissemblances physiques des malades , qui impliquent nécessairement, même à priori, autant de nuances physiologiques et patho-
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logiques, bien capables de modifier les indications thérapeutiques et de mettre à l'épreuve toute la science, toute la sagacité du praticien.
C'est au lit des malades qu'il apprendra que, dans tout état morbide, il n'y a pas seulement à traiter la maladie mais le malade lui-même, et c'est là qu'il comprendra surtout ce grand principe de thérapeutique que l'on ne saurait méconnaître , à savoir , qu'il n'y a pas, en médecine pratique, de remèdes spécifiques ou absolus, qu'il n'y a que des méthodes de traitement.
Pour conclure de tout ce qui précède sur la nature et la destinée de l'homme et des animaux, il est facile de comprendre que s'ils ont dû naître et vivre dans des conditions si différentes, ils ne devaient pas finir de la même manière.
L'animal meurt, en effet, comme il a vécu, sans le savoir, sans avoir eu le sentiment de son existence et de sa fin ; il meurt sans souvenir, sans regret du passé, sans espérance de l'avenir; l'homme ne meurt pas ;
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il arrive au terme d'une carrière d'épreuves, avec les souvenirs et les regrets d'une vie temporelle, mais avec les consolations, les espérances d'une vie posthume; il ne meurt pas, il se dépouille de son enveloppe matérielle, en quittant cette terre, pour entrer dans la voie de l'éternité.