CONDITIONS DE LA FORCE VITALE D I
d'un moteur ne souffrant aucune minute de relâche dans tout le cours d'une carrière qui peut dépasser un siècle. Une fois implantée dans l'organisme, cette puissance y règne d'une manière absolue; elle y exerce partout la même souveraineté et elle en dirige tous les mouvements avec la même intelligence, la même sagesse ; elle veille à tous ses besoins avec la même sollicitude et la même prévoyance, sachant tout gouverner par elle seule, affranchie qu'elle est de toute contrainte , de toute intervention du dehors.
Rien ne manquait d'ailleurs à l'exercice de son autocratie ; elle trouvait partout des instruments ingénieusement conçus , des appareils admirablement disposés, divinement préparés pour se prêter à sa loi, comme pour se prémunir contre les agressions du dehors.
Elle trouvait, pour les sens, de merveilleux appareils d'optique et d'acoustique placés, comme dans une citadelle, en tête de l'édifice, pour veiller à sa défense.
Elle trouvait dans la configuration des membres, dans la disposition des mains et des doigts,
des combinaisons défiant également le génie de l'homme pour exécuter tous les mouvements, pour rectifier tout ce que l'esprit peut inventer.
Elle trouvait, pour se faire entendre, un organe spécial, avec des dispositions physiques non moims ingénieuses, non moins dignes d'admiration, se prêtant à tous les tons de la gamme, à toutes les modulations de la voix, à tous les besoins de la parole.
Et de même, pour les fonctions de la vie intérieure tout était encore prêt, et rien ne manquait pour l'exercice de la force vitale. Elle trouvait pour la digestion des laboratoires de produits chimiques nécessaires à son accomplissement; pour la respiration un admirable appareil de pneumatique chargé tout à la fois d'opérer librement et naturellement le renouvellement d'un air devenu impur, en échange d'un air vital, et d'accomplir la conversion d'un sang noir en un sang rouge et revivifiant.
Elle trouvait pour la circulation un autre appareil de physique non moins ingénieux, un appareil hydraulique destiné à porter le sang devenu, comme on l'a dit, chair coulante, dans toutes les parties du corps, jusque dans ses régions inconnues, et inacces-
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sibles à tous moyens d'investigation ; là où se trouvent encore de mystérieux laboratoires de chimie vivante, où s'opèrent les phénomènes de composition, de décomposition et de sélection, en vue de réparation qu'elle sait approprier, assimiler à la substance organique, pour en éliminer par voie d'excrétion tout ce qui peut lui être nuisible.
Et c'est ainsi que partout la force vitale témoigne à la fois d'une prévoyance et d'une sagesse qui attestent une science divine.
On ne peut donc s'étonner que de pieux philosophes, tout épris d'une telle puissance dans l'exercice de l'organisme , se soient trouvés conduits à l'élever à la hauteur d'une puissance morale, de l'âme rationnelle, en lui consacrant le même culte.