‹ Hygiène moraleChapitre 2 sur 63 · Art. Psychologie de I'Encyclopédie méthodique · texte numérisé non relu

Art. Psychologie de I'Encyclopédie méthodique

qui puisse se flatter d'avoir porté la moindre atteinte à ses fondements; je ne sais encore aucune science humaine qui puisse se prévaloir d'un seul fait capable d'infirmer une seule de ses vérités, et je n'ai encore vu aucune des révolutions périodiques dont j'ai pu être témoin, depuis près d'un siècle, qui ait pu mettre en péril sa morale.

J'aurais pu facilement donner plus de développement à mes études d'hygiène morale, avec les nombreux matériaux que je possède sur chaque sujet; mais j'ai préféré n'en prendre que la substance et laisser dormir le reste dans mes cartons, en attendant l'heure de Yauto-da-fê que je. leur ai réservé.

Nous ne sommes plus au temps des études de longue haleine, et les lecteurs patients sont devenus plus rares encore que les bénédictins; on ne lit plus qu'en courant et en fumant, et c'est à ce prix, sans autres frais, que l'on voudrait trouver la

lumière toute faite. J'ai dû, sous un tel régime, tenir compte de nos mœurs littéraires, demeurer, plus que jamais, fidèle à la règle que je me suis toujours imposée , savoir : la brièveté, la concision.

Pour plus d'édification, comme pour ne point embarrasser le texte de notes capables de détourner l'attention du lecteur, j'ai cru devoir, au besoin, mettre à sa disposition, sous le titre d'index bibliographique, un supplément où il trouvera l'énoncé des principaux travaux que j'ai publiés dans les courts instants de loisir que m'a laissés une longue pratique.

Je n'ai donc plus qu'à donner à mon petit livre, comme à un enfant égaré, les conseils paternels qu'Horace donnait au sien, et je lui dirai aussi :

.... fuge quô discedere gestis, Non erit enisso reditus tibi. . . .

va, cher enfant, où ton imprudence te conduit,

va vivre où tu peux, mourir où tu dois, mais une fois

sorti de mes mains,. ne compte plus sur moi pour

*te défendre contre les écueils de ton émancipation;

tu n'échapperas pas aux coups de la critique et ils pourront te venir de bien des côtés ; mais ne t'en inquiète pas; aujourd'hui, comme au temps du célèbre poète, la critique, même la plus acerbe, est encore le sort le plus heureux d'un livre. Peut-être trouveras-tu des censeurs assez peu charitables pour donner à ton expression un sens tout contraire à ta pensée; tu les plaindras et tu ne leur répondras pas.

Que si, pour des opinions personnelles, fruit de méditations solitaires dont la religion et la morale n'ont, j'espère, rien à craindre, on tenait à savoir quelle est ton origine et d'où viennent tes inspirations philosophiques, tu dirais sans détour que tu es aussi l'œuvre d'un affranchi,, d'un affranchi de tout esprit de parti, de toute école pédagogique, et plus encore de toute philosophie malsaine ou mensongers, n'ayant point à jurer sur la parole des maîtres qu'il a très-peu connus.

Que si, pour tout prévoir, et en raison d'un air de vétusté que tu ne saurais prétendre dissimuler,

Préface de l'auteur 23

on te demandait l'âge de ton auteur, tu pourrais encore l'avouer, sans plus de mystère ni de honte, dire que depuis trois mois (le 8 juin) il compte 86 anniversaires de saint Médard; ce qui n'excusera pas sa témérité d'auteur, mais ce qui pourra peut-être lui mériter quelque peu d'indulgence de la part de ses lecteurs.

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