L IMITATION AVEC LA MEDECINE
cause, de même aussi il est en nous des passions qui restent muettes dans l'exercice de la raison, et qui peuvent s'éveiller et se prononcer par le seul effet de l'imitation. C'est encore dire qu'il est des individus et des objets qu'il faut fuir, des récits et des actions qu'il faut craindre; car dans la fragilité humaine, on ne peut prévoir les effets des impressions fortes ou insolites sur certaines organisations plus ou moins aptes à les subir. C'est en cela que l'expression de contagion morale n'est plus seulement une vaine image, mais la représentation d'un fait physiologique de la plus haute importance dans l'étiologie de certaines maladies.
La vue, comme l'a dit Buffon, est le toucher des astres, il aurait pu dire le toucher de i'univers; elle touche la personne qu'elle observe jusque dans son organisation la plus intime; elle touche le cerveau même de l'épileptique sur lequel s'arrête son attention, au moment de l'attaque; elle perçoit ainsi ses impressions actuelles et ses souffrances; elle subit
ainsi la loi physiologique et toutes les conséquences pathologiques d'une véritable contagion; et de là, sans doute, cette fatigue musculaire, ce brisement du corps que ressent la personne qui assiste à tout acte convulsif; de là même ces attaques de nerfs si fréquentes, qui éclatent en présence de la même affection; de là enfin, ces mille formes de maladies nerveuses qui naissent, se développent et se multiplient sous la seule influence de l'imitation. 'Et faut-il en citer des exemples?
L'histoire si connue des épidémies convulsives de Loudun, de Saint-Médard, de Harlem, où la maladie se propageait avec la rapidité de l'éclair sur des centaines de personnes; celle plus récente de Saint-Roch, où plus de soixante jeunes filles, appelées à leur première communion, furent atteintes pendant l'office et en moins d'une demi-heure de violentes convulsions dues au seul effet de l'imitation; les exemples de hoquet et de bégaiement rapportés par Désormeaux; 'les cas de coqueluche, de vomissement, d'hystérie et d'épîlepsie racontes par Sauvages et Van Swiéten ; et enfin cette épidémie toute récente d'extase observée dans une
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partie de la Norwége, par suite des prédications exagérées des fanatiques apôtres du méthodisme, sont autant de témoignages bien propres à confirmer cette vérité.
Des médecins et autres personnes attachées à des établissements d'aliénés, ont dû à cette même influence des hallucinations des sens «et toutes les formes d'affections mentales qu'ils étaient appelés à observer. Et combien d'hyp'ochondries ne sont que la conséquence de la société intime de personnes habituellement tristes et moroses! Et combien de monomanies suicides qui se sont transmises par imitation, depuis l'exemple si connu des filles de Milet, qui se pendaient ou s'étranglaient sous les yeux mêmes de leurs gardiens, et l'exemple non moins célèbre des femmes de Lyon, qui trouvaient également moyen d'échapper à toute surveillance pour se noyer par centaines dans le Rhône! et combien enfin de monomanies homicides, de crimes de tous genres ont été inspirés par le récit des actes criminels, par la publicité donnée aux drames des assises !
Triste et déplorable vérité qu'il faut bien recon-
naître! l'idée d'imitation peut naître à la seule pensée du fait qui l'inspire, et quiconque pénètre dans la conscience de l'homme le plus pur se confond d'épouvante, en présence de toutes les mauvaises pensées qui sont venues l'obséder, de tous les crimes qu'il aurait pu commettre, s'il n'eût invoqué tous les secours de sa raison et de sa vertu.
Craignez donc les effets de l'imitation sur ces esprits faibles que l'exemple seul peut entraîner dans le torrent des passions, aussi bien que dans le développement des maladies qui en sont un si fréquent résultat.
Craignez-les chez les enfants dont l'organisation est si flexible, si docile à toutes les influences extérieures, dont le caractère se plaît si facilement à suivre tous les penchants vicieux, à copier fidèlement tous les actes physiques et moraux, même les actes morbides qui s'offrent à leur imitation!
Craignez-les aussi chez les femmes dont la sensibilité est si active, si mobile, si avide d'impressions ; dont l'âme s'ouvre si volontiers à toutes les scènes, à tous les drames que lui offre le théâtre de la viel