‹ Hygiène moraleChapitre 41 sur 63 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'habitude émousse le sentiment, elle perfectionne le mouve* ment, elle . éclaire, elle fortifie l'entendement. P. J.

Aucun mot ne se répète plus souvent dans notre langue et aucun n'est moins défini que le mot habitude. Aucun fait n'est plus commun dans l'exercice de la vie, et aucun n'est encore moins connu que le fait d'habitude.

Qu'est-ce donc que l'habitude?

Avant de chercher à la définir, nous commencerons par l'étudier : car si nous parvenions à la faire connaître, elle saurait bien se définir elle-même.

Et d'abord, l'habitude, comme l'instinct, est dans la nature de l'homme et des animaux. Comme

l'imitation, elle est une loi de l'état social, et comme l'imitation aussi, elle est une nécessité de la vie humaine.

L'homme, en effet, ne naît pas, ne vit pas dans les conditions physiologiques des animaux. Il n'a point été jeté sur cette terre, à l'état de simple ébauche et de nudité, avec l'insuffisance de ses instincts primitifs, pour y être abandonné à lui-même, sans secours, sans protection, sans appui. Toutes ses imperfections même témoignent assez de sa nature perfectible, de sa destinée sociale, de sa fin morale. Et que deviendrait-il, si, tout en sortant des mains de la création, il n'était remis providentiellement aux soirts tutélaires de la famille et de la société; si l'éducation ne le prenait, au début de la vie, pour aller au-devant de ses premiers instincts, pour lui apprendre à sentir et à souffrir ; si une seconde nature, tout aussi puissante que la première, si l'habitude n'était là aussi pour l'aider à vivre, pour atténuer chaque jour la vivacité de ses premières impressions et les mettre en harmonie avec sa sensibilité, le prémunir, le défendre contre toutes les causes qui se disputent alors sa frêle existence?

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