‹ Hygiène moraleChapitre 54 sur 63 · LA MÉMOIRE INSTINCTIVE I · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE INSTINCTIVE I

î. — Delà mémoire instinctive.

Comme faculté primordiale de la vie instinctive, la mémoire n'est point le privilège exclusif de l'homme. Tous les animaux sont doués de cette faculté dans la mesure de leurs instincts de conservation, et pour s'en convaincre, il suffit du simple témoignage de l'observation; il suffit de voir que tous gardent fidèlemeut le souvenir des périls qu'ils ont encourus , comme celui des lieux où ils ont trouvé leur salut, comme celui des personnes qui veillent à leur nourriture. Le renard qui a été pris dans un piège , le lièvre qui a échappé au plomb du chasseur, ne l'oublient pas ; et nous ne pourrions douter de la mémoire de nos animaux domestiques, en les voyant craintifs ou défiants suivant les traitements qu'ils reçoivent de nous. La seule présence des personnes et des objets qui les leur rappellent, suffit pour nous donner la preuve de leur mémoire.

Non-seulement les animaux ont de la mémoire, mais ils ont, si je puis le dire, la logique instinctive de leur mémoire. Ils ont, pour la rendre bien évi-

dente à nos yeux, outre leur mimique d'expression, des calculs, des combinaisons, des prévoyances qui dépassent bien souvent toute intelligence humaine. Marphyse , la chienne bien-aimée de madame de ■Sévigné, que l'on a donnée pour exemple d'intelligence des animaux, Marphyse avait tout cela pour protester contre son automatisme, et elle avait plus que cela pour mériter toute l'affection de sa maîtresse; elle avait du chagrin de son absence, elle en calculait la durée avec une impatience visible, avec des yeux tout larmoyants et toujours fixés sur la voie du carrosse qui devait lui ramener sa chère maîtresse. Elle était indifférente aux caresses d'autres personnes, et c'est à peine si elle acceptait sa. nourriture d'autres mains que de celles de sa maîtresse. Il y avait bien là de quoi inspirer à madame de Sévigné cette vive exclamation qu'elle fait éclater dans une de ses lettres à madame de Grignan, l'ayant trouvée quelque peu disposée à défendre le cartésianisme. « Quoi, dit-elle, un animal qui pense, qui aime, qui recherche les caresses, qui est passible de chagrin et de tristesse, d'amour et de jalousie, en faire une machine ! en vérité, monsieur Des-

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