LA MEMOIRE INTELLECTIVE I
de leur âme avec celui des fleurs que nous déposons sur leur tombe.
Toutes les douleurs de cœur, toutes les tristesses de l'âme appartiennent à la mémoire affective, et c'est dans cette vallée de larmes qu'elle se complaît pour en voir naître toutes les formes de délire qui figurent dans les cadres de la pathologie mentale et qui encombrent de plus en plus nos asiles de misère.
On se demande devant le nombre et l'infinie variété d'effets de la mémoire comment l'on a pu assigner un siège fixe, un organe exclusif à une faculté si multiple, si complexe ; comment l'on a pu matérialiser une faculté si mobile, si incoercible^ une faculté qui sait s'affranchir de toute dépendance et de toute contrainte; une faculté qui, comme par ironie, nous fuit quand nous l'appelons, et qui nous revient quand nous avons su nous passer d'elle, même pour nous obséder de ses importunités.
Et comment comprendre aussi que pour localiser la mémoire, si tant est qu'il faille un organe à la mémoire , l'on n'ait pu trouver que le côté gauche dans un organe aussi parfaitement symétrique que le cerveau. Quelle que soit l'autorité des savants à qui
l'on doit un tel résultat d'études, nous sommes peu disposé à nous y associer, et nous l'abandonnerons volontiers à la responsabilité de ses auteurs pour nous en tenir au côté pratique du sujet.
La dysmnésie.ou la mémoire défaillante, comme effet des progrès de l'âge, n'est point une maladie proprement dite. Bien souvent même elle semble n'accuser qu'une distraction de caractère, une préoccupation du moment ou une simple paresse d'esprit, et l'on ne saurait, dans aucun de ces cas, la considérer comme absolument réfractaire aux conseils de l'hygiène morale, aux effets d'une observation plus attentive de soi-même dans l'intervention opportune de la puissance volitive.
Quant à cette dysmnésie prématurée dont on observe aujourd'hui de si fréquents exemples, même dans l'âge adulte, et comme fruit de l'abus simultanée du tabac et de tous les genres de spiritueux, l'indication de traitement s'offre d'elle-même et l'hygiène morale ou la simple raison pourrait à plus juste titre s'en promettre la guérison, dans le sacrifice d'habitudes qui ont pu lui donner naissance. Mais ici encore l'hygiène comme la raison