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CHAPITRE VIII

Aucune science ne saurait disputer à l'imagination ses prodiges; elle sait par elle seule, faire des orateurs, des poètes, des artistes, des spirites, des somnambules, même des thaumaturges. (P. J.)

Nous avons déjà défini cette faculté qui, sous le nom d'imagination, donne un corps à la pensée humaine, en lui prêtant ses figures, ses images, ses couleurs, tout ce qui peut la féconder, la grandir et l'embellir; faculté qui a des ailes pour franchir les mers et les vallées, pour planer dans les airs et les espaces, s'élever au-delà des firmaments; qui a des yeux pour explorer les régions occultes, en dévoiler les mystères, une voix même pour en

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raconter les merveilles, sans jamais craindre de trouver des contradicteurs; sorte de fée enchanteresse qui sait créer des beautés, des vertus, des sentiments, des passions, des misères, des richesses, des maladies et des remèdes, aussi bien que des chimères et des fantômes, et qui a su faire des illuminés, des spirites, des somnambules, même des thaumaturges, aussi bien que des poètes, des orateurs, des philosophes, des artistes.

L'imagination ! qui pourrait nous donner la mesure de son étendue et de sa puissance? Le monde entier, ainsi qu'on a pu le dire, n'est qu'un atome dans l'immensité de son domaine.

Nous ne demanderons à personne sa nature ni son origine, nul ne saurait nous répondre. Comme l'instinct, comme l'imitation, comme l'habitude, l'imagination est aussi l'œuvre de la Providence, elle est la science de Dieu et non la science des hommes. Gomme faculté primordiale de l'organisme, aucune autre ne saurait lui disputer sa prééminence dans l'exercice de la vie morale et intellectuelle; elle les domine toutes, elle les tient toutes sous sa dépendance.

Plus vigilante que l'instinct même, quoique moins prudente, elle n'a ni repos ni trêve dans le cours de la vie ; elle veille également la nuit et le jour, dans le sommeil et la veille, dans l'état de santé et de maladie ; et elle n'est jamais plus éveillée, jamais plus active que quand tout sommeille autour d'elle, et quand tout repose dans la nature.

Plus libre et plus noble que l'habitude, elle sait s'affranchir de ses entraînements et n'a point à redouter ses effets ; elle n'en connaît ni les faiblesses, ni les servitudes, ni la tyrannie.

Plus grande aussi, plus virtuelle et plus habile que l'imitation, elle dédaigne le plagiat et les plagiaires; elle sait concevoir elle-même ses types et ses modèles; elle sait inventer ses plans et trouver ses exemples pour les imposer à d'autres, ou pour les accomplir elle-même.

Je n'ai nullement la prétention d'embrasser dans cette étude tout le domaine de l'imagination, de la poursuivre dans ses poétiques migrations et jusques dans les régions célestes; je laisse volontiers cette tâche à de plus savants et de plus habiles; mais l'imagination a aussi son côté prosaïque ; elle a

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aussi des faits accessibles à nos sens, des faits saisissables aux yeux de la conscience ou de l'observation morale, et ceux-là seuls doivent être l'objet de nos études, comme pouvant, seuls aussi, nous conduire à un but d'application, à une fin pratique.

Ainsi réduite à sa plus simple expression, l'imagination s'offre encore dans deux conditions bien distinctes, et qu'il convient pour cela d'étudier séparément :

Ou bien, elle s'exerce instinctivement et spontanément, en dehors de toute participation des sens et de la volonté, sans autre guide que l'instinct de conservation, c'est l'imagination instinctive, que d'autres ont appelée passive ;

Ou bien, elle s'éclaire tout à la fois de ses propres conceptions, du témoignage des sens, des impressions du moment, des souvenirs du passé, des éventualités de l'avenir, c'est l'imagination intellective ou active.

P. Jolly, Hygiène. 12

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La première, l'imagination instinctive, est, comme nous l'avons dit, de tous les instants de la vie, de toutes les conditions physiologiques et pathologiques. Aucun âge n'en est exempt : l'enfant qui vient de naître est passible d'imagination, il aperçoit déjà des figures, des fantômes, des visions, qui le font tressaillir dans son berceau, et la sollicitude maternelle n'en saurait douter; chaque jour d'ailleurs permet de voir se manifester davantage l'exercice de cette faculté, et bientôt on la voit survivre au sommeil de l'enfant, comme si elle laissait alors sur son cerveau i'impression de l'image qu'elle y a gravée dans le sommeil. Tout praticien attentif a pu facilement constater ce fait, qui n'est déjà plus indifférent au diagnostic de la pathologie de l'enfance.

Plus tard, il suffira de s'observer soi-même pour surprendre l'exercice de l'imagination dans son passage du sommeil à la veille, car il est remarquable que cette faculté de recueillir ses rêves et de saisir

l'ordre d'enchaînement dans lequel ils s'accomplissent, s'acquiert d'autant plus facilement que l'on avance davantage dans la carrière de la vie; ce qui fait que les rêves s'offrent pour ainsi dire d'euxmêmes, au moment du réveil, quand, avec l'âge, le sommeil se traduisant en somnolence diurne et nocturne, les rêves du sommeil se rapprochent des rêveries de la veille ; quand l'homme , quoique éveillé, s'isole involontairement du monde extérieur pour s'abstraire dans le vague de son imagination, pour concevoir à perte de vue des plans, des projets, des combinaisons plus ou moins réalisables; quand, comme on le dit proverbialement, il bâtit des châteaux en Espagne ou ailleurs. C'est alors que toujours en présence de l'imagination, la fidèle et inséparable compagne de sa solitude , il peut facilement se convaincre de la réalité d'un fait psychologique qui, admis par Descartes, Leibnitz, Maine de Biran, Jouffroy, a pu être nié par le plus grand nombre, mais qui s'atteste facilement par la simple observation de soi-même, savoir : l'exercice continuel , non interrompu de l'imagination instinctive ou de la pensée brute, dans le sommeil

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même, aussi bien que dans tous les instants de la vie. Toute l'erreur des philosophes qui ont pensé le contraire, est de n'avoir pas assez compris que les actes instinctifs, qui s'exercent aveuglément dans le sommeil, et les actes intellectifs qui s'accomplissent avec le concours des sens dans la veille, représentent deux ordres de faits parfaitement distincts.

Ne nous enorgueillissons pas trop de cette faculté, comme d'un privilège réservé exclusivement à la condition humaine. Tous les animaux sont doués d'imagination, à un certain degré, et tous, pour quiconque les observe attentivement , ont leurs rêves dans le sommeil, leurs rêveries dans la veille, et peut-être même leurs idées que la Providence a su ajuster à leur nature, à leurs besoins, à leur destinée.

Ce qu'il faut regretter , c'est qu'ils ne puissent nous le dire , et que nous ne puissions le savoir, tant qu'ils n'auront point acquis le don de la parole, avec la conscience du moi, avec le sentiment

de leur personnalité, avec cette liberté morale qui les sépare encore de l'humanité, mais que leur fait espérer du moins pour l'avenir cette merveilleuse conception d'une philosophie moderne, la loi du poljr^oïsme ou de la transformation animale, que nous ne saurions encore prendre au sérieux.

En attendant, on sait déjà ce que peut inspirer aux animaux leur imagination, même dans le sommeil; on sait que le cheval hennit au rêve de sa ration; qu'il s'agite en sursaut sous la menace et à l'approche du cocher qu'il aperçoit et qu'il redoute jusque dans son sommeil. On sait que le chien de chasse rêve à sa proie et qu'il jappe tout endormi pour répondre au signal du chasseur qu'il voit aussi, qu'il entend aussi dans son sommeil; et l'on ne saurait mettre en doute l'exercice de l'imagination chez tous nos animaux domestiques, pour peu que l'on apporte d'attention à les observer , à suivre leurs habitudes et leurs mœurs.

Mais ce que l'on ne saurait non plus méconnaître, c'est que jusqu'à présent l'imagination ne soit restée, chez les animaux, à l'état de faculté purement instinctive, purement animale. Les plus

savants, les mieux éduqués, ceux mêmes qui vivent dans notre intimité, comme nos enfants, n'ont pu encore s'élever au-dessus de leur condition primitive ; ils n'ont encore acquis aucune des notions abstraites, ils n'ont pu encore être initiés aux destinées de l'humanité, à ses aspirations, à sa fin morale; ils sont encore athées, et sans le savoir; l'homme seul reste leur maître, leur providence, et ils sont unanimes, forts et faibles, pour lui faire hommage, comme à leur Dieu, de leur liberté, de leur crainte et de leur soumission.

Leurs sens même demeurent encore impassibles devant toutes les merveilles de la nature et de l'art; mettez-les en présence du plus imposant spectacle de la création, conduisez-les dans le plus riche musée du monde , vous aurez beau appeler leur attention, solliciter leurs regards sur tout ce qui fait votre admiration, ils y seront complètement indifférents; leurs yeux resteront attachés sur vous, comme pour vous dire qu'ils ne vous comprennent pas, ou pour vous demander leur nourriture, peutêtre aussi une caresse, mais rien de plus; et cela, après des siècles d'éducation et de civilisation.

Les rêveries de la veille ont cela de commun avec les rêves du sommeil, qu'elles sont également spontanées, également soustraites à l'intervention active des sens et de la volonté, en sorte que, dans les deux cas, l'imagination n'a plus de règle pour se conduire ; elle court au hasard, en vagabonde, tout échevelée; et c'est bien alors la folle du logis, qui, livrée à elle-même, sans guide, sans frein, s'égare de tous côtés comme le véhicule déraillé, et de là, plus encore dans les rêves du sommeil que dans les rêveries de la veille, ces conceptions délirantes et fantastiques, ces incroyables pérégrinations dans des régions mystérieuses et inconnues, à travers les mers, au delà des mondes et des siècles ; de là , ces apparitions d'objets bizarres, de figures insolites, de personnages excentriques, qui n'ont jamais existé ou qui n'existent plus; de là, l'étrange spectacle de tout un nouveau monde , qui a pu s'improviser comme par enchantement , au seul passage de- la

veille au sommeil, comme s'il avait suffi de s'endormir pour passer de la raison à la folie!

La folie ! Qu'est-ce donc, en effet, si ce n'est le rêve de l'homme éveillé, si ce n'est le délire d'une imagination déviée, déréglée, s'exerçant aveuglément, sans la lumière normale des sens, sans le concours de la volonté ? La folie, comme a pu le dire un savant aliéniste, Moreau (de Tours), la folie est dans la veille ce que les rêves sont dans le sommeil, et l'analogie, je n'oserais dire l'identité, mais l'analogie est du moins si frappante que l'on se demande si ce n'est pas là qu'il faudrait chercher toute la science de la pathologie mentale , plutôt que dans les élucubrations anatomiques du scalpel et des vivisections; plutôt même que dans le dogme au moins illogique des maladies de l'âme; car on ne conçoit guère la maladie dans une substance immatérielle, dans une essence, dans un esprit pur, dans une émanation divine.

Si je ne me trompe, la plus grande erreur des

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aliénistes est encore de n'avoir pas su rattacher les déviations de la raison aux anomalies des sens, comme instruments nécessaires de l'exercice de l'intelligence ; c'est de n'avoir pas su distinguer les sensations actives des sensations passives, les mouvements volitifs des mouvements automatiques ; c'est d'avoir trop souvent confondu la folie proprement dite, qui peut n'être que l'aberration de l'imagination, en l'absence du contrôle actif des sens, avec la démence, qui implique l'impuissance anatomique et physiologique des organes affectés à l'exercice de la pensée.

Il est du moins certain que, pour se livrer à des actes de folie , il faut encore des instruments de raison, car le fou raisonne tout aussi bien que le rêveur, et, comme lui aussi, il combine des plans et des projets, poursuit la solution de problèmes plus ou moins difficiles. Il médite des plans d'étude, des oeuvres d'art qu'il accomplit souvent d'une façon merveilleuse, dans l'exercice d'une imagination toute délirante et avec toute l'intégrité anatomique des organes de sens; tandis que l'homme en démence est nécessairement frappé d'impuissance jusque dans

son organisme intime, jusque dans les sources mêmes de sa vie.

Dire qu'il y a une corrélation intime, nécessaire, entre les diverses formes de folie et telles modifications organiques plus ou moins appréciables du cerveau, n'est nullement résoudre la question. Pour établir une doctrine positive, il faudrait, ce semble, ■l'édifier avant tout sur des bases positives, et l'école anatomique ou phrénologique convient elle-même qu'elle n'en a pas, ou du moins qu'il n'y a rien de constant à cet égard. Elle ne fait donc que substituer une abstraction de l'esprit, une véritable hypothèse à celle qu'elle a la prétention de renverser. Or, hypothèse pour hypothèse, nous aimons autant celle qui se réalise pour ainsi dire dans les déductions rigoureuses de la logique, que celle qui n'a pour elle ni le témoignage des preuves ni l'autorité de la raison; faits pour faits, nous préférons aussi un fait moral qui tombe sous l'œil de la conscience universelle, et qui est avoué de tous, à un prétendu fait positif qui échappe à tous les sens comme à tous les instruments d'investigation.

L'intelligence, dites-vous, ne peut s'égarer sans

modification matérielle du cerveau. Où est donc, nous vous le demandons, cette modification matérielle du cerveau dans les rêves du sommeil, dans les rêveries de la veille, dans les mille situations de l'esprit où l'intelligence de l'homme le plus sensé s'égare plus encore que dans la folie la mieux constatée; où l'imagination, en l'absence de l'exercice des sens et de la volonté, peut subjuguer, aliéner l'homme moral et intellectuel tout entier, le soumettre à la domination des songes et des fantômes, le conduire dans les espaces, au-delà des mondes, à la poursuite d'illusions et de chimères, lui faire subir toutes les métamorphoses de la fable ou le faire passer par toutes les conditions humaines, depuis celle de simple mortel jusqu'à celle de maître ou de souverain de la terre? Où est donc alors, nous le demandons encore, la modification matérielle qui se prête si docilement ou qui préside si merveilleusement à tant de phénomènes si étranges et si divers?

On ne saurait donc nier que l'imagination ne puisse se suffire à elle seule; on voit, on entend ce que l'on imagine; on croit même à ce que l'on ima-

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gine, tout comme on éprouve, sans cause physique et par de purs actes de perception, les sensations du froid, de la chaleur, de la faim, de la soif, etc.; la douleur même peut se réaliser sans aucune impression externe; et c'est ainsi que, dans les rêves, elle peut se faire sentir assez vivement pour réveiller la personne qui l'éprouve; que, dans l'état de veille, elle peut se manifester comme effet d'impressions commémoratives ou d'exaltation maniaque actuelle, en l'absence des causes physiques quelconques. Tel individu rapporte à un membre, dont il est privé depuis longtemps, la même douleur qu'il y ressentait avant d'avoir subi aucune mutilation; tel autre se plaint de sévices et de cruautés exercés sur lui par la haine et la vengeance, et offre aux regards des personnes qui l'entourent des traces de blessures que lui seul aperçoit; ce qui prouve jusqu'à l'évidence que toutes les sensations naturelles ou accidentelles, physiologiques ou pathologiques , peuvent naître spontanément ou sans le concours d'aucun agent externe; et nous ne doutons pas qu'il ne puisse exister, indépendamment des anomalies nerveuses aussi nom-

breuses que variées qui accompagnent l'hypocondrie, beaucoup de névralgies externes, de rhumatismes musculaires ou autres affections douloureuses, qui n'ont d'autres causes que des perceptions spontanées, imaginaires, dues à une surexcitation plus ou moins vive des centres nerveux, à une exaltation maniaque.

Si donc il est vrai que l'imagination puisse à elle seule faire tous les frais de la folie, aussi bien que des rêves, en l'absence de tout contrôle actif des sens et de la volonté, on ne s'étonnera pas qu'elle puisse aussi nous donner tout le mystère de cette autre forme de délire somnolent connu sous le nom de somnambulisme.

Qu'est-ce donc aussi que ce prétendu sixième sens, que cette .lumière surnaturelle, que cette science infuse qui a pu si souvent et si facilement faire des adeptes, aussi bien que des dupes?

Qu'est-ce donc que le somnambulisme, si ce n'est

encore un délire somnolent, le rêve d'une imagina- P. Jolly, Hygiène. I 3

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tion égarée, en l'absence de toute lumière active des sens, n'ayant plus d'autre guide que l'instinct de conservation pour diriger ses actes, ses déterminations, ses mouvements, toute sa science.

Et comment le somnambule pourrait-il être plus éclairé que le rêveur, tous deux étant également soustraits au contrôle des sens et à l'empire de la volonté, tous deux agissant également sans liberté de conscience, sans association d'idées, sans raisonnement? Ce qui veut bien dire que le somnambulisme n'est et ne peut être qu'un songe, un rêve qui s'accomplit dans l'exercice d'une imagination purement instinctive, s'il n'est le symptôme d'une exaltation maniaque, s'il n'est l'œuvre coupable d'un genre d'industrie qu'il serait bien temps de réprimer. Inutile de dire que si le somnambulisme a pu être un appât pour l'ignorance et la crédulité, il n'a pu éclairer la médecine, dans l'inanité de ses prétentions et de ses promesses.

Mais le somnambulisme n'est pas le seul fait physiologique ou pathologique qui puisse intéresser la médecine dans l'exercice de l'imagination somnolente. On sait que beaucoup d'enfants et même des

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adultes donnent des exemples de mictions involontaires et inconscientes pendant leur sommeil, sans que l'on puisse leur opposer aucun remède efficace, et, pour le comprendre, il suffira de savoir qu'elles n'ont souvent d'autre cause qu'un rêve où l'imagination aperçoit un lieu d'opportunité qu'elle cherchait pour donner satisfaction à un besoin naturel plus ou moins pressant.

Combien n'ai-je pas vu de mères qui n'avaient eu que des corrections bien imméritées à opposer à ce genre d'affection, et .combien de réformes toutes gratuites du service militaire ont eu lieu pour une prétendue infirmité, qui n'avait d'autre cause qu'un rêve d'imagination somnolente'!

On connaît aussi les effets du cauchemar, dont le nom seul est un effroi pour ceux qui en ont subi les redoutables effets; le cauchemar qui, pour n'être qu'un rêve, qu'un acte de l'imagination accompli dans le sommeil , n'en est pas moins un véritable état morbide donnant lieu à toutes

.les angoisses d'une suffocationet d'une mort imminente.

Et quelles épreuves aussi l'imagination n'inflige-t-elle pas au rêveur, quand elle se plaît à le hisser sur le sommet d'une tour ou sur la pointe d'un rocher, d'où il n'aperçoit plus que le fatal trépas; quand elle le retient enchaîné sur un sol mouvant qu'il sent s'effondrer sous ses pieds pour l'engloutir; quand elle le conduit perfidement dans une embarcation qui va se perdre inévitablement dans les flots de l'océan, et quand elle a su l'attirer dans un coupe-gorge, aux prises avec des assassins armés auxquels il n'échappe que par miracle, et dans un réveil d'effroi où le cœur est tout palpitant d'émotion, le corps tout baigné de sueur, tout brisé, tout anéanti !

Et comment douter que de telles épreuves ne puissent jeter dans l'organisme des troubles plus ou moins graves? et comment n'a-t-on pas su en tenir compte jusqu'à présent, comme lumière capable d'éclairer la physiologie pathologique ou même la médecine légale? Quant à nous, nous ne saurions mettre en doute que, dans maintes circonstances,

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l'imagination seule n'ait pu être cause de ces cas de mort subite restés inexpliqués, en l'absence de toute lésion apparente, chez des sujets qui ont été trouvés privés de vie, après une nuit où rien ne pouvait faire prévoir une telle fin.

Et pourquoi d'ailleurs tant s'en étonner, quand on sait que dans la veille et dans des conditions apparentes de santé, des individus ont pu être frappés de mort instantanée comme effet d'événements imprévus, d'espérances déçues, de toute passion violente, de toute commotion morale. Les exemples ne manquent ni dans l'histoire, ni dans nos annales, pour constater pareil fait : C'est ainsi que Diodore mourut subitement de honte pour n'avoir su répondre à un problème de Stilbon; que le sage et vertueux Chilon mourut de joie en couronnant son fils aux jeux olympiques; que l'ambassadeur Patkull est soudainement frappé de mort, à la vue des roues dressées pour son supplice; que nombre de condamnés sont restés foudroyés en entendant prononcer leur jugement.

Et combien d'exemples d'individus qui ont succombé à la seule appréhension d'une opération chi-

rurgicale! On a même cité le cas d'une personne qui mourut subitement en voyant les apprêts d'une simple saignée.

On conçoit plus facilement encore les effets de l'imagination dans le sommeil, quand on sait que les impressions morales des rêves sont incomparablement plus vives, plus terrifiantes que celles de la veille, car rien dans le sommeil ne vient en amoindrir l'effet, ni la lumière des sens, ni l'intervention de la volonté, ni la possibilité de se mouvoir, de réagir, de se débattre contre toute agression; ni même l'illusion de l'espérance qui, dans la veille, peut encore nous soutenir, jusqu'aux approches d'une mort fatale.

Après m'être arrêté assez longuement, peut-être trop longuement, à cette imagination qui, dans son aveugle exercice, n'a su enfanter que des rêves, des rêveries et tous les genres de délire, il est temps de parler aussi de cette imagination qui s'éclaire de toutes les lumières des sens et de l'intelligence,

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pour s'élever au-dessus d'elie-même et s'associer à tous les actes de la vie morale et sociale. Telle est, en effet, cette imagination que j'ai appelée întellective, comme plus nécessairement liée à la condition humaine , et telle est sa puissance que partout l'homme a besoin d'elle pour exprimer sa douleur et sa joie, son amour et sa haine, son admiration ou son mépris, pour faire éclater toutes ses impressions, toutes ses inspirations. Orateurs, poètes, artistes, écrivains, philosophes, moralistes, tous s'adressent à elle pour donner à leurs œuvres de l'animation et du prestige, et c'est ainsi que Fim agination a su inventer la fable avec ses fictions et sa morale, la mythologie avec ses dieux et ses allégories, le théâtre avec ses leçons vivantes, ses exemples saisissants sinon toujours édifiants; que l'éloquence lui doit ce qu'elle a de plus élevé, la poésie et la musique ce qu'elles ont de plus séduisant; et c'est par elle aussi que toutes les religions ont su entourer leurs cultes des plus imposantes solennités, que le christianisme marchant à leur tête, et dans son langage symbolique, a su faire entendre au monde entier les sublimes accents de sa

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morale évangélique, et pour tout dire en un mot, l'imagination a pu par elle seule réaliser le levier d'Archimède, elle a pu soulever tout l'univers.

Sans l'imagination, en effet, tout sur cette terre serait resté sans mouvement, sans couleur et sans vie. Il est pourtant vrai de dire que, si l'imagination sait jeter tant d'éclat sur la pensée humaine, sur toutes les productions de l'art et du génie, elle perd une partie de sa puissance devant les œuvres de la science; tous les arts peuvent bien vivre de fictions, d'illusions, même d'erreurs; mais les sciences ne peuvent vivre que de vérités; or, loin de rechercher les faits qui les éclairent et les principes qui les gouvernent, l'imagination les sacrifie facilement à l'abstrait et à l'inconnu, et dans son indifférence pour tout ce qui est positif, visible, palpable et tangible, elle fuit volontiers la clarté du jour pour se livrer à l'étude et à la méditation.

Elle recherche l'isolement et l'obscurité ; elle ferme les yeux pour mieux voir, pour mieux contempler l'objet qui l'inspire; et c'est la nuit surtout qu'elle a pu concevoir les plus magnifiques chefsd'œuvre de génie littéraire, et c'est en l'absence de

toute lumière qu'elle a su faire un Homère, un Milton, un Delille; de même que c'est dans les nuits de veille, en présence de douloureux souvenirs ou sous l'impression actuelle du malheur, qu'elle sait pénétrer plus avant dans les abîmes du cœur pour y trouver ses plus amers regrets, pour en faire sortir des torrents de larmes.

Il faut dire aussi qu'à défaut de tristesses réelles et de préoccupations légitimes, l'imagination aime à en chercher de vaines et gratuites, sachant toujours en découvrir dans toutes les situations de la vie. On sait combien elle est ingénieuse à trouver des besoins dans l'abondance , des misères dans l'opulence, des souffrances même dans la santé, et l'on sait aussi combien elle est habile à concevoir et à s'attribuer toutes les maladies qu'elle a pu voir figurer dans nos vocabulaires, à inventer contre elles plus de spécifiques que ne sauraient en compter toutes nos pharmacopées.

L'imagination, personne n'en saurait douter, a

pourtant su compter de nombreux succès et des

succès souvent bien imprévus. Combien de remèdes,

combien de médications nouvelles ont pu être sui-

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vis de prétendus miracles, le plus ordinairement éphémères, mais qui ont du moins causé au malade quelques instants de calme, à la famille de douces espérances, au médecin une fortune toute gratuite, et le tout comme simple effet d'imagination.

On se demande comment, avec toute sa science, avec ses goûts, son caractère, l'imagination pourrait faire des savants, des esprits sérieux, des hommes positifs? Comment elle peut servir la médecine? Comment elle pourrait à elle seule faire des médecins?

Ce n'est pourtant pas que rien lui ait jamais manqué pour cela, car elle a eu de tous temps ses oracles, ses utopistes, ses illuminés, même ses thaumaturges, dont nous ne dirons rien. Et pour ne parler ici que de ses conceptions théoriques plus ou moins spécieuses, qui sont venues tour à tour se disputer un vain triomphe dans nos écoles, qu'en reste-t-il aujourd'hui pour l'édification de la science et de la pratique de la médecine? Que reste-t-il même de cette doctrine contemporaine que nous avons vue imposant sa loi à toute notre génération

médicale? qu'en reste-t-il, si ce n'est le nom justement célèbre de son auteur, qui avait su l'entourer de tout l'éclat du prestige; si ce n'est encore le souvenir des sanglants débats, des luttes ardentes qu'elle a soulevés dans nos écoles et nos académies, et qui ont pu retentir dans le monde entier.

Sachons du moins reconnaître que si l'imagination et la science ne sont point absolument incompatibles , c'est à la condition que l'imagination subira devant la science la loi du contrôle, le témoignage des sens, l'arrêt de l'expérience et du jugement; autrement, elle ne pourrait que l'égarer, sans jamais l'éclairer.

Malheur donc au médecin qui ne saurait prendre d'autre guide que son imagination pour régler sa conduite pratique, et malheur aussi au malade qui n'attendrait d'autres secours de la médecine que ceux qui peuvent naître d'une imagination poétique.

Mais j'ai pourtant hâte de le dire : la médecine n'est pas seulement une science, elle est aussi un art, et un art difficile autant que précieux ; art difficile, en effet, car si la science a ses principes écrits,

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si elle a ses règles de conduite tracées à l'avance, l'art ne peut en avoir d'autres que celles du moment, celles qui lui sont inspirées devant le malade et en présence de cette grande maxime de physiologie et de morale : Tôt capita, tôt sensus; art précieux aussi, car trop souvent il reste l'unique ressource, la seule lumière qui puisse éclairer le médecin dans sa pratique. Ah ! combien il lui serait plus facile, dans maintes circonstances, de prescrire de spécieuses médications, de formuler de vaines ordonnances, en l'absence de toute indication rationnelle, que de trouver un remède moral à l'adresse d'un mal qui ne saurait en comporter d'autre.

Et quelle tâche surtout, quand il s'agit de ces cas si nombreux, si variés, où l'imagination du malade sait s'approprier toutes les maladies qu'elle a conçues, où elle n'est jamais plus convaincue de la réalité du mal qui la préoccupe que quand elle est dans l'erreur, où toutes les ressources de la thérapeutique sont dans la seule puissance qui a pu la

faire naître, dans l'imagination même. Et pour le bien comprendre, souffrez que je vous conduise un instant dans ces tristes asiles de nos misères mentales. Qu'y verrons-nous? Ici, c'est un pauvre maniaque, qui, dans son délire, se croit tout transformé en cristal; immobile et attentif à tout ce qui se passe autour de lui, ses yeux demeurent fixés sur tout ce qui l'approche, et il redoute jusqu'au choc du vent qui pourrait le renverser, le briser tout entier. Vous n'essayerez pas de le raisonner pour le convaincre de son erreur, car jamais la raison n'a su triompher de la folie, jamais elle n'a pu enlever un monomane à l'idée fixe où le retient son imagination ; et ce qui semblera bien paradoxal, tout étant bien vrai, c'est qu'il sera toujours plus difficile d'ébranler la conviction d'un insensé devant la démonstration de son erreur, que de faire fléchir un homme sensé devant une vérité patente.

Le seul moyen d'être utile à ce malade, sinon de le guérir, c'est d'accueillir son erreur, avec tout l'intérêt que sa position inspire, en s'attachant à lui faire comprendre que sa maladie est bien connue; qu'elle n'est pas sans exemple, ni sans remède; que

la médecine possède contre elle de précieuses ressources de guérison, et pour mieux le convaincre, vous saurez en faire un semblant d'application, et vous en suivrez l'effet avec une sollicitude qui puisse du moins faire naître en lui i'espoir et la confiance.

Mais voici bien un autre malade tout aussi intéressant, tout aussi digne de pitié : c'est encore un hypocondriaque, dont le corps tout entier, au récit du malade, se trouve réduit au volume et à la forme d'un grain d'orge. Lui aussi, le malheureux, veille sans cesse autour de lui, prenant grand soin que tous les accès de sa chambre soient bien hermétiquement clos,, et surtout inaccessibles aux oiseaux et aux souris qui pourraient le dévorer.

Vous n'essayerez pas non plus de le dissuader, ni même de l'éclairer; ce serait encore peine inutile, mais vous l'écouterez avec un bienveillant intérêt, et vous chercherez aussi, dans les ingénieuses inspirations de votre art, un remède moral, un semblant de médication spécifique, qui puisse du moins apporter au malade quelque quiétude d'esprit ; ce sera probablement le seul soulagement que vous puis-

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siez espérer de toutes vos sollicitudes pour son sort, mais vous les lui devez; vous les devez à votre mission.

Ailleurs, et à une autre époque, nous avions vu aussi un hypocondriaque qui disait avoir avalé une araignée pendant son sommeil, et il ne pouvait en douter, car une somnambule le lui avait dit. Non-seulement elle avait pu constater sa présence dans une région bien déterminée de l'estomac, mais elle avait pu suivre tous ses mouvements, donner tous les détails de son signalement; elle avait pu compter ses six yeux, ses huit pattes.

En prenant droit de cité dans l'estomac, l'araignée y trouvait facilement sa nourriture , bien qu'elle la disputât à son hôte chaque fois qu'il en prenait; car chaque fois aussi l'araignée se présentait à l'entrée de l'œsophage pour aller au-devant de sa pâture, sachant toujours fuir avec adresse les doigts du malheureux patient qui essayait vainement de la saisir. Il avait cherché des remèdes de tous côtés contre son ennemi , sans avoir pu en trouver nulle part, pas même dans le somnambulisme, pas même dans l'homoeopathie. Il était tout

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désespéré, lorsqu'il se présenta un matin à la consultation de l'hôpital Saint-Louis.

Le médecin sut bientôt à quoi s'en tenir pour le diagnostic de la maladie, et proposa au malade un remède qui fut accepté avec empressement, savoir : l'usage de pilules qu'il formula en langue allemande, en y joignant l'adresse d'une pharmacie allemande, la seule qui possédât la spécialité de ces pilules, et en faisant d'ailleurs au malade les recommandations les plus expresses pour leur emploi. c< Ce remède, lui dit-il, est d'une efficacité certaine; il vous débarrassera infailliblement de votre ennemi; mais je ne dois pas vous dissimuler que, par sa violence même, il ne serait pas sans danger pour vous si vous n'apportiez dans son usage toute la prudence qu'exige sa puissance. Vous prendrez une seule de ces pilules demain matin, à jeun, une seule, entendez-le bien; et si, contre toute attente, elle n'avait pas opéré l'effet que j'en attends, vous en prendriez le lendemain matin la moitié seulement d'une seconde, rien de plus, car au delà de cette dose, je vous le répète, le remède pourrait vous être funeste. »

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Le conseil fut accueilli avec confiance, sinon sans un vif effroi, et il fut scrupuleusement suivi, si bien qu'en moins de deux heures, après l'ingestion de la première pilule, le malade avait eu plus de trente évacuations alvines. Il était épuisé, mais il était guéri, et pour cette fois, si vous ne l'avez déjà deviné, c'était l'imagination qui avait fait tous les frais du traitement et de la guérison; et l'ingénieux médecin qui avait conçu un si puissant remède sous forme de pilules- bien innocentes, c'était Biett, Biett de très-honorable et de très-regrettable mémoire; Biett qui fut l'un des membres fondateurs de notre Académie.

C'était aussi à l'hôpital Saint-Louis, et vers la même époque, que nous avons pu voir une pauvre fille qui, croyant avoir avalé une couleuvre en se désaltérant à l'eau d'un ruisseau, sentait l'animal s'agiter sans cesse dans ses entrailles comme pour y chercher une issue; c'était le supplice de tous les instants de sa vie, et il n'y avait plus à espérer de la dissuader de son erreur par aucun raisonnement; mais il y avait un moyen dont on pouvait attendre plus de succès, c'était de simuler la gastrotomie,

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en vue d'opérer fictivement l'extraction de la prétendue couleuvre, et de donner à cette double opération toute l'apparence de la vérité , en faisant assister la malade elle-même à tous les détails de l'opération, en exhibant à ses yeux, et aux yeux de tous les assistants, un innocent reptile, une petite anguille pleine de vie, qui avait été préparée à l'avance pour l'opération.

Bien que ce fait date de plus de cinquante ans, il peut encore trouver au milieu 'de nous le précieux et vivant témoignage de Fauteur même, qui a su concevoir et accomplir avec bonheur ce genre de traitement : c'était notre excellent collègue, notre vieil ami Gloquet,

Pour justifier par un dernier exemple les ressources de l'art, en présence des insuffisances de la science, voyez aussi ce malheureux nostalgique qui se meurt de chagrin et de regrets, loin de sa patrie, loin du foyer domestique, au souvenir déchirant de toutes ses joies de famille! Que faire encore contre un mal que l'imagination ne fait qu'accroître chaque jour? Si vous voulez le guérir, ne le heurtez pas du moins, car il fuirait quiconque ne compati-

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rait pas à ses souffrances; abstenez-vous de remèdes qui seraient sans effet ; n'essayez pas même de raisonner le malade, car la douleur a besoin de sympathie plus encore que de logique; ouvrez-lui la voie la plus salutaire de la confiance; écoutez avec intérêt, avec compassion, le récit de ses peines; prenez par la main son cœur défaillant pour le soutenir, le consoler, l'encourager; mais ne le conduisez pas dans ces réunions joyeuses et bruyantes où il ne trouverait que des contrastes de sentiments et d'émotions capables d'augmenter sa tristesse.

La joie ne se commande pas, pas plus que l'amour et la haine; maïs il y a des spectacles, des tableaux, de sombres images de la nature et de l'art, des lectures touchantes et sympathiques, qui porteront plus sûrement le calme dans son cœur; offrez-les-lui, et ne craignez pas de l'attendrir, ni même de lui arracher des larmes1. C'est l'exemple que nous donne Horace, quand, pour consoler Virgile de la douloureuse perte de son ami Quintilius, il lui dépeint en traits navrants toute l'étendue de son malheur.

i. Voy. Feuchtersleben, Hygiène de l'âme, traduit par Schlesinger Rahier. Paris, 1870.

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Médecins de l'âme! vous apprendrez pourtant aussi qu'il est des caractères qui se ferment à toutes vos sollicitudes et à toutes vos sympathies de cœur, des caractères qui ne se prêtent ni à la raison, ni à la compassion, ni à l'encouragement, et qui pourraient autoriser, dans certains cas, un tout autre plan de traitement moral, c'est-à-dire de la sévérité dans le langage, de la menace, de la pression, de l'intimidation; mais combien encore de difficultés pour les cas d'opportunité! combien encore de décevantes combinaisons, quand il s'agit de saisir dans ces natures exceptionnelles un côté que l'art puisse atteindre efficacement! et c'est bien alors que vous comprendrez toute la sagesse de l'école de Stahl, qui voulait que l'étude de la médecine commençât par celle du cœur humain; et c'est bien alors aussi que vous pourrez reconnaître cette vérité trop oubliée de nos jours, que la philosophie, la religion et la morale sont les sœurs inséparables de la médecine,

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