‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 14 sur 63 · DU TRAVAIL £T DB L'BMPLOI DU TEMPS · texte numérisé non relu

DU TRAVAIL £T DB L'BMPLOI DU TEMPS

La vie est la portion de temps que Dieu a mesurée à chaque homme; il doit le remplir et l'honorer par des actions vertueuses et des œuvres utiles qui marquent le passage de chacun sur la terre. « Tempus agermeus^ disait Cardan, tempus mea possessio : le temps est mon champ, le temps est mon héritage. » Suivant l'usage qu'il sait en faire, l'homme est heureux ou misérable; le riche qui l'emploie mal peut tomber dans un affreux dénûment, tandis que le pauvre qui sait le faire valoir peut parvenir à l'opulence.

Si le temps est précieux et cher, doit-on s'étonner que les savants et les philosophes s'en montrent avares et en regrettent la perte? « La plus forte dépense qu'on puisse faire, disait Théophraste, est celle du temps ; » Chilon pensait de même quand, interrogé sur ce qu'il y avait de plus difficile au monde, il répondit que c'était de taire un secret et de bien employer le temps. Et nonseulement le temps est une monnaie, comme Franklin a su le démontrer par l'exemple et par le raisonnement, mais il est encore une mine inépuisable qui devient d'autant plus féconde qu'on en retire plus de richesses. Dieu ne nous a accordé rien de plus précieux après la vertu. Combien peu d'hommes cependant en ont connu tout

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le prix ! CûoibieD jettent am épines du chemin, et laissent mourir iafeeooiies les heures précieuses qu'il nous donne, tandis que. recueillies avec soin et vivifiées par le traTaiL elles prc-duiraîent des trésors de science et de vertu dont le saze oompi:*strait une riche couronne ! Suivant Giampfort. Frédéric II qui^ cependant, avait su mettre le te:îips à profit, disait qu'il n'y avait peut-être pas d*homme qui eiU fait la moitié de €e qu'il aurait pu faire. Cest à l'emploi judicieux du temps, non moins qu'au génie, que les hommes d'études, les hommes d'affaires et les grands politiques ont dû la plus grande partie de leurs succès et de leur réputation. Dans les expéditions militaires, dans les grandes batailles, la perte de quelques heures, le retard d'une manœuvre au moment décisif peut élever ou renverser un empire, en faisant changer la fortune de drapeau.

L'assiduité dWi'elle pour le travail donna lieu à ce proverbe : Point de jour sans quelque irait. Michel-Ange conserva jusqu'à la plus extrême vieillesse une activité infatigable. On demandait à Newton comment il avait fait pour découvrir le système du monde : « En y pensant toujours, 1» répondit ce grand homme. Après sa condamnation par l'Aréopage, Socrate dit aux juges : € Quelle peine afQictive ou quelle amende mérité-je, moi, qui me suis fait une loi de ne connaître aucun repos pendant toute ma vie (1)?... »

Si les heures et les années sont les filles du temps, le travail et Tétude eu sont les ouvriers et les insliniments

(1) Œuvres de Platon, tr, par V. Cousin, 1. 1. Apologie de Socrate, p. 108,

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utiles ; on peut les considérer comme une préparation à

la vertu et un acheminement vers le bonheur. Cette

vérité nous semble prouvée par l'exemple de tous ceux

qui Brent de Vétude leur principale passion, et qui furent

dédommagés par elle seule, de toutes les douleurs, de

toutes les amertumes et de toutes les catastrophes d'une

vie tourmentée. Le travail ne mérite pas moins que

l'étude notre amour et nos prédilections; l'un et l'autre,

semblables à deux frères vertueux, unis pour l'utilité de

l'homme, lui procurent des trésors de contentement, en

même temps qu'ils améliorent Tàme et la fortifient

contre le vice et la tristesse. Le pythagoricien Ëpicharme,

poëte, médecin et philosophe tout ensemble, à qui

\ristote et Pline attribuent l'invention de deux lettres de

l'alphabet grec, disait que les dieux nous vendent tous les

biens pour du travail. Sans le travail, en effet, la vie est

triste, le vice envahit le cœur, la satiété et l'ennui

s'emparent de l'âme. « Oh ciel! disait Tronchin à

Grétry assailli par des crachements de sang répétés,

laissez là votre musique ou vous ne 'guérirez jamais : »

« Je le sens, répondit Grétry, mais aimeriez-vous mieux

me voir mourir d'ennui ou de chagrin? »

D' Alembert regardait l'amour de l'occupation et celui de la vie privée comme les barrières les plus sûres contre les mauvaises passions : « Il en est du travail de l'esprit comme de l'exercice, dit Condorcet, celui même qui n'a pas d'objet contribue à la santé et fortifie le corps ; il n'emploie pas nos forces, mais il nous apprend aies employer (1). » Quel est, dans la société, le rôle

(1) Gondoreet» Éloge de d'AlemberU

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