‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 21 sur 63 · DB LA PHILOSOPHIE ET DE LA REUGIOK · texte numérisé non relu

DB LA PHILOSOPHIE ET DE LA REUGIOK

» sed omnis vita hominum sine te esse potuisset (1)? » Quel magnifique éloge de la philosophie nous offre encore le passage suivant du même écrivain : «Medetur » animis, inanes sollicitudines detrahit j cupiditatibus » libérât, pellit timorés (2) ! »

On ne peut toutefois passer sous silence une objection que les ignorants et les envieux adressent à la philosophie. Est-il beaucoup de ces prétendus sages, disent-ils, qui conforment leur conduite et leurs mœurs à leur doctrine, commandent à leurs passions et suivent la raison et la sagesse comme règle de leur vie 7 Chrjsippe, Brutus, Caton, étaient-ils exempts d'orgueil? Sénèque a-t-il donné l'exemple du désintéressement et Lucain du courage? Quelle vanité et quelle lég^eté chez plusieurs disciples de TÂcadémie ! « Je ne sais ce qu'on entend par l'austérité des philosophes, disait Laïs; mais avec ce beau nom, ils ne sont pas moins souvent à ma porte que les autres Athéniens. » <x Nous écrivons de belles maximes, fait observer de son côté Epictète, mais en sommes-nous bien pénétrésetles mettons-nousen pratique? Et ce qu'on disait des Lacédémoniens qu'ils étaient des lions chez eux et des singes à Éphèse, ne nous conviendrait-il pas à la plupart de nous autres philosophes? Nous sommes des lions dans notre auditoire et des singes dans le public (5) . »

(1) Philosophie, guide de la vie, toi qui nous enseignes la Tenu, et nous dépouilles de tout vice, je ne dis pas, qu*aurais-Je été sans toi 7 mais sans toi que serait Texistence de Thomme?

(2) Voilà ce qu*opère la philosophie : elle guérit les âmes, dissipe le$ vaines ulsiesses, délivre des passions et bannit les craintes. {QuœsU TuscuL lit. II, chap. iv.)

(3) Nouveau manuel^ 11 v. IV, xxit.

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 quelque degré de perfection que ce sage fût parvenu, il n'avait pu arriver au détachement entier des choses qu'il regardait comme dépendant de la fortune : a Je ne suis pas encore libre, disait-il, mais je travaille à le devenir; je suis moins attaché à mon corps, cependant j'avoue mon faible, tout estropié qu'il est, je désire le conserver. » Êpictète ne pouvait citer que deux hommes véritablement libres, détachés de tout, mais fermement soumis à la loi et aux dieux : c était Diogène et Socrate. Pourquoi le dissimuler ? La vie d'un certain nombre de philosophes fut un éclatant démenti donné à leurs préceptes, et quelques-uns même ont cherché à cacher la honte de leurs mœurs sous une vaine ostentation de science. Certains philosophes recommandables ont failli à leur doctrine au moment solennel, qui devait en être la consécration et le couronnement. Telle fut la fin du disciple favori d'Âristote. On sait que Théophraste disait continuellement que Thomme n'a rien de plus précieux que le temps, et par suite de cette application continuelle, il avait pu composer un nombre prodigieux d'ouvrages. Mais pourquoi se plaindre de la brièveté de la vie, si on la considère comme un passage et une préparation ? Parvenu au terme de sa longue carrière, à l'âge de quatrevingt-cinq ans, ses disciples lui ayant demandé s'il n'avait rien à leur recommander, il leur fit cette réponse, peu digne d'un vrai philosophe : « Je n'ai rien à vous ordonner, sinon de vous souvenir que la vie nous trompe en nous promettant des jouissances dans la recherche de la gloire ; car, lorsque nous commençons à vivre, nous devons mourir ; rien n'est donc plus faux que cette poursuite ; tâchez de vivre heureusement. D'ailleurs, le

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