DE LA PHILOSOPHIE ET DE LA &EU6I0N
vide de la vie l'emporte sur les avantages que procure la gloire. »
n serait désirable sans doute que la vie des philosophes ne présentât aucune de ces défaillances et de ces contradictions; mais quel argument pourrait-on néanmoins en tirer contre la philosophie elle-même ? « Pourquoi, dit Épictète, les hommes ne jugent-ils pas de la philosophie comme ils le font de tous les autres arts? Si un ouvrier fait mal son ouvrage, on ne s'en prend qu'à lui et l'on ne décrie pas son art. Un philosophe fait-il une faute, on ne dit pas que c'est un mauvais philosophe, mais on dit : Voyez ce que c'est que la philosophie; la philosophie n'est bonne à rien. D'où vient cette injustice? Elle provient de ce qu'il n'y a point d'art que les hommes ne cultivent et ne connaissent mieux que la philosophie ; de ce que les passions n'aveuglent point les hommes sur les arts qui amusent ou leur sont utiles, tandis qu'elles les aveuglent sur ce qui les gêne, les combat ou les condamne (1). »
Aucun philosophe n'a, autant que Sénèque, donné prétexte à la critique. Il ne cherche pas à dissimuler le nombre et la gravité des reproches que la malignité lui adresse ; on l'accuse de parler plus courageusement qu'il ne vit, de baisser le ton devant un supérieur, de regarder l'argent comme un meuble nécessaire, de posséder d'immenses domaines outre mer, une campagne plus soignée que ne le commande la nature, un mobilier plus somptueux que la loi ne l'autorise ; on demande pourquoi le luxe de sa table, où l'on boit un vin plus vieux
(1} Appendice au manuel, cbap. xxxi.