‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 24 sur 63 · DE LA PHILOSOPHIE ET DE LA RELIGION. 31 S · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE ET DE LA RELIGION. 31 S

lielles, et de laisser une lacune incompréhensible entre A création et notre destinée.

Le christianisme a perfectionné tous les bons et les sages enseignements; la raison s'appuyait sur la loi naturelle, le christianisme a Dieu mêuie pour législateur et pour modèle. «La nature des lois humaines, dit Montesquieu, est d'être soumise à tous les accidents qui arrivent, et de varier à mesure que les hommes changent : au contraire, la nature des lois de la religion est de ne changer jamais. Les lois humaines statuent sur le bien, la religion sur le meilleur (l). »

Pythagore, dans une seule de ses maximes,recommande d'aimer la divinité ; le christianisme a fait de Tamour de Dieu le plus grand et le suprême commandement. Dieu est amour : « Vis fugere a Deo? dit saint Augusl in , fuge ad Deum (2) . x> Au milieu des préceptes sur les vertus que l'homme doit pratiquer, quelques philosophes ont, il est vrai, enseigné l'abnégation personnelle, le dévouement à ses semblables, et Térence même a écrit cette admirable maxime, digne de Tapôtre saint Jean : « Je suis homme , rien de ce qui est humain ne m'est étranger. » Toutefois, il élait réservé à la religion chrétienne de faire de la charité, de l'amour du prochain un comman* dément presque égal à celui de l'amour de Dieu, et ces préceptes ne sont pas de vains mots ; ils se retrouvent à chaque page de l'enseignement apostolique.

La transformation morale opérée par le christianisme est un fait unique dans l'histoire du monde. Les stoïciens.

(1) Esprit des lois, Hv. XXVI, chap. ii.

(2) Avez-Toas pcar de DieuTSaavez^Tom dans ses bras.

illi DB LA PHILOSOPHIE ET DB LA RKLIGION.

par exemple, plaçaient au nombre des vertus primitives la prudence, la force, la justice, la tempérance, tandis que le christianisme élève au rang de vertus les dons les plus précieux du cœur humain, la foi qui le vivifie et centuple sa puissance, la charité qui ne laisse sans soutien ou sans consolation aucune misère, et Pespérance sans laquelle la vie serait une déception amère et un néant anticipé ! La loi nouvelle condamnant toutes les lois contraires, modifiant tous les codes et abaissant toutes les vanités, non-seulement proclame l'égalité des hommes dans le cours de la vie, mais accorde encore la prééminence, devant la mort et devant Dieu, aux humbles, aux pauvres, aux esclaves, à toutes les victimes de l'orgueil humain, à tous ceux qui soufirent la persécution pour la justice. «L'esprit religieux, dit Thomas, donne un maître à celui qui n'en a pas.... Sainte, sublime idée de Dieu! remplis donc l'âme des rois ou de ceux qui doivent le devenir, et, pour le bonheur de l'humanité, fftis qu'ils soient religieux, afin qu'ils soient justes (1). »

La philosophie étant surtout l'art de bien vivre, ses préceptes furent aussi utiles que les bonnes lois à la réforme des mœurs publiques. Mais dépouillée de sanction, si elle demeura toute-puissante sur les belles âmes, elle fut bientôt corrompue par les sophistes et dédaignée par les méchants et la masse du peuple ; aussi l'établissement du christianisme est-il l'avènement d'une nouvelle loi et d'une nouvelle morale. A de rares exceptions près, les philosophes avaient fait l'éloge de la continence. Bacchylide , le dernier des poètes lyriques de l'an-

(1) Thomas, Ékge du daupkitu

DS Lk FKILOSOPHIE ET DB LA HBLIOIOlf. 945

cienne Grèce, dont il ne nous reste que des fnqiçinents, était surtout estimé à cause de rexcellence de maximes telles que celle-ci : la chasteté est le plus bel ornement d'une belle vie. Et cependant, pour ne parler que des Romains, ne doit-on pas gémir de voir Caton, d'Utique, le plus vertueux citoyen de son siècle, céder sa femme à Hortensius, qui l'épousa, et puis la reprendre après la mort d'Hortensius? Socrate avait donné le même exemple à Athènes. Les Romains avaient placé entre Gérés et Diane la statue de Larentia, courtisane effrontée. Montesquieu fait observer que la loi Julia contre l'adultère fut moins une preuve de la bonté des mœurs que de leur épouvantable dépravation (1). 11 su£St, pour se renseigner, de lire Suétone, Juvénal et Tacite. On sait que, l'an 112 avant Jésu^hrist, les vestales Licinia, Emi« lia et Marcia furent enterrées vives à cause de leurs dé* sordres; on en punit également plusieurs autres pour avoir enfreint le vœu de virginité , et si toutes ne l'ont pas été, suivant Minucius Félix, c'est qu'elles furent plus heureuses dans leur libertinage (2). Écoutons Tertulien, il nous donnera des notions plus exactes encore sur les pratiques des anciennes religions : « C'est dans vos tem-* pies, dit l'éloquent adversaire du paganisme, c'est aux pieds des autels que se traitent les adultères, les plus infâmes commerces ; c'est pour l'ordinaire chez les prêtres et les ministres des dieux, sous les bandelettes, sous la pourpre et les ornements sacrés, tandis que l'encens fume encore, que la passion s'assouvit (d). x» Le christia-

(1) Esprit des lois^ t. VI, chap. xiii.

(2) Octavius, ch. XXV.

(3) Apologétique, chap. XIV.

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