‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 25 sur 63 · DIS LA PHILOSOPHIE ET DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DIS LA PHILOSOPHIE ET DE LA RELIGION

nisme a rendu à la fcmnie sa première dignité, en proclamant rindissolubilito du mariage ; par lui, la chasteté a été regardée comme une perfection, et la virginité honorée comme sainte. Dans les guerres des Israélites, on épargnait les vierges, alors môme que tous les habitants d'une ville emportée d'assaut étaient passés au fil de l'épée.

Dans toutes les écoles de philosophie la vengeance a été défendue ; Pittacus renvoie sans le punir le meurtrier de son fils. Achille, dans Homère, s'écrie : «Périsse la colère ! » En triomphant de cette passion, les pythagoriciens ont laissé de' nobles exemples à suivre. La loi chrétienne ne se contente pas de défendre la haine et la vengeance, mais encore elle fait à Toflensé un devoir du pardon et de la réconciliation avec son ennemi. Tertu* lien reprochait aux philosophes de son temps de se vanter d'enseigner la vérité et de n'avoir pourtant d'autre but que la gloire (1). Aucun, sans doute, n'a exalté l'orgueil ; mais quel est celui qui en était exempt, et que la science n'ait pas enflé ? On le découvrait à travere les trous du manteau des cyniques, de ceux-là même dont la philosophie enseignait le détachement et la pauvreté. Quel contraste de ces sentimens avec ceux qu'inspire la foi chrétienne ! « Là où est l'humilité, dit Salomon, là est la sagesse. La prière humble perce les nues (2). » Suivant Isaïe, Dieu se glorifie même dans les humbles (3).

Xénocrate, Épictète, et un grand nombre de sages ont méprisé les richesses qu'ils ont considérées, les uns comme

(1) Apologétique^ chap. XLIV.

(2) EclésiasUy chap. xxxv, 21.

(3) LTll, 3.

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les ornements du vice, à Texemple de Diogène, les autres comme un hôte dangereux sans la vertu, suivanl une expression de Sapho. Cependant Sénèque pense que le sage montre pi us aisément la grandeur de sou âme au sein de l'opulenceque dans la pauvreté ; celle-ci, en effet, comporte un seul genre de vertu, c'est de ne pas être abaissée ; mais dans les richesses la tempérance , la libéralité , la diligence, Téconomie, la magnificence ont le champ libre. Le sage ne se croit indigne d'aucun présent de la fortune; il n'est sensible ni à son arrivée ni à sa retraite (i). Les richesses sortiront de chez lui aussi honnêtement qu'elles y sont entrées. Si elles se retirent, elles ne lui ôteront rien qu'elles-mêmes. « Chez moi, ajoute Sénèque, les richesses ont une place ; chez vous, elles ont la première : les richesses m'appartiennent et vous appartenez aux richesses,... On se trompe si l'on croit que donner soit chose facile ; je ne puis dans cette affaire être insouciant, jamais je ne suis plus occupé à faire des placements que lorsque je donne. Partout où il y a un homme, il y a place pour un bienfait. Qu'il soit profondément enfoui comme un trésor qu'on ne doit pas retirer, à moins de nécessité (2). » Si nous avons cité plusieurs pensées de Sénèque sur les richesses, c'est qu'elles s'accordent sur quelques points avec la doctrine chrétienne. £lle les a signalées comme un grand danger, et a même considéré les avares conmie homicides d'eux-mêmes et des pauvres. Mais heureux celui qui possède honnête-

(1) Ego fortunam nec venientem sentiam née recedeolem {De vita ^ata, XX).

(2)Benefiduai coUocetur, quemaduiodum thésaurus alleobrulus; quem non eroas nisi fucrit tteccisc {De vita beata, XXIV).

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ment de grandes richesses, et qui, semblable à un magistrat chargé de distribuer équitablement les dons de la Providence, sait en faire un vertueux emploi. L'aumône, disent les livres saints, est un grand trésor pour le jour de la nécessité ; celui qui a compassion du pauvre prête à intérêt au Seigneur. « Rappelez-vous, dit Bossuet, que de vos richesses vous n'emporterez en quittant la vie que ce que vous aurez donné aux pauvres. » Sur la question de la douleur, des afQictions et des adversités, il y a entre la philosophie et la religion une dissidence encore plus marquée que sur toutes les autres. Je laisse de côté les maximes du stoïcisme, malgré ma constante admiration pour cette doctrine. Si elle fut entachée d'exagération, c'est parce qu'elle ignora la véritable destinée de l'homme, et qu'elle ne rapporta pas à. Dieu le principe de la vertu. D'ailleurs les théories elles préceptes ne suffisent pas pour effacer la douleur; on no nie pas la lumière quand les yeux sont inondés de ses rayons, et la tranquillité d'âme qu'on affecte dans les plus cruels chagrins est de l'insensibilité ou bien un mensonge. La religion est loin de nier les maux innombrables qui assiègent l'humanité ; elle les sait, mais elle en fait connaître la cause et l'origine ; l'adversité, la douleur, la maladie sont la peine du péché. On espère vainement en affranchir l'homme ; partout et toujours il souffrira. Que serait la vie si elle n'était un temps d'épreuve? Mais, quoiqu'il arrive, le juste, éclairé par la foi, ne perd jamais courage. Il sait que nul n'a droit à la couronne avant d'avoir combattu, que l'affliction est une source de grâces, et que les adversités lui sont envoyées pour un plus grand avantage. Il les supporte

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donc patiemment, quelques-uns même avec une joie sainte. La religion ne trace pas le chemin de la félicité telle que le cherche et le rêve notre faiblesse ; elle apprend que les larmes, la pauvreté, la persécution et toutes les afflictions de la vie sont des préparations ai^ bonheur et à la gloire.

Si l'on en croit certains auteurs, dont les opinions sont malheureusement appuyées sur de nombreux et terribles exemples, Vhomme est par nature méchant, ^oïste, perfide, cruel, impudique, vaniteux, ingrat. L'éducation de la famille, le contact de la société, les enseignements de la science, l'empire des lois tempèrent ou masquent la fougue désordonnée de ses passions ; il suffît d'une occasion, un naufrage, une sédition, des guerres civiles pour les faire éclater avec fureur, et rendre toute sa férocité au tigre démuselé. La philosophie est parvenue, par de bons préceptes et par l'exemple, à dominer quelques natures privilégiées, et à leur faire préférer la tempérance, la justice et la sagesse, aux âpres instincts de l'animalité. Mais la philosophie, comme l'exprime parfaitement Cicéron, ne peut espérer avoir qu'un bien petit nombre de disciples. Il n'appartient qu'à la religion de parler aux masses, d'entraîner des popula-tioDs entières, de briser toutes les résistances, de s'emparer en sonveraine des cœurs^ même les plus pervers, de leur faire aimer les vertus qu'ils ont haïes, et détester les vices qu'ils ont adorés. On peut dire que par des routes diverses, mais à des degrés différents, la raison et l'autorité conduisent l'homme au même but, la sagesse, la science, la perfection et le bonheur. La vérité est une. Mais l'homme est assailli par tant de tempêtes, qu'il ne

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saurait trop se pourvoir d'ancres et de boussoles pour éviter les écueits, résister aux coups de vent, et se diriger à travers les mers orageuses ; la religion seule peut les lui fournir; elle est le chemin abrégé pour arriver aux vérités qu'enseigne la philosophie.

Suivant Plutarque, un gouvernement peut moins subsister sans religion qu'une ville sans Tondements. Parvenue '-'iKii au plus haut degré d'avancement qu'il soit donné à une secte philosopbique d'atteindre, jamais cependant elle n'a pu être considérée comme une religion, ni fonder un .-.^ culte. D'ailleurs, la plus parfaite comme morale, elle serait toujours défectueuse comme dogme, et laisserait planer une obscurité et des doutes sur l'origine et la fin de l'univers, c'est-à-dire sur les questions qu'il importe davantage à l'homme de connaître. Sous le rapport de l'utilité dans l'ordre politique, Montesquieu donne la préférence à la religion sur tout système philosopbique ', abstractioi) faîte des idées révélées, il ne trouve rien d'aussi grand, d'aussi noble que le stoïcisme : « Et si je pouvais un instant cesser de penser que je suis chrétien, dit cet homme célèbre, je ne pourrais m'empôcher de mettre Z^^"^ la destruction de la secte de Zénou au nombre des mal- '***f^ heurs du genre humain. » Enfin, aprèsavoir réfuté quel- ^^™** ques paradoxes de Bayle, Montesquieu ajoute : «I>es ^fv principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, jT** seraient infmimeut plus forts que ce faux boiiuear des ^^^^' monarchies, cesvertushumainesdesrépubliques etcelte '•''•cm crainte servile des Etals despotiques {(). » l.?^''

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DES MALADieS DE l'aME.

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