DBS MALADIES DE L*AME
profession qu'il avait exercée avec une distinction et une générosité admirables. A peine arrivé dans la retraite qu'il s'était choisie, une famille épîorée vient le supplier de voir un enfant de quinze ans qui avait eu la tète écrasée par une roue de charrette. Il hésite entre la résolution pris^^ et le devoir charitable ; celui-ci remporte. D trouve Tenfant sans connaissance, à demi-mort. Il le trépane et le guérit en quelques jours. Cette famille de bons paysans entoure Fabrizzi, arrose de larmes ses mains bienfaisantes, et prie Dieu de le récompenser. Ëmu de cette scène, Fabrizzi demeure quelque temps immobile et pensif. « Eh quoi ! se dit-il à lui-même, Dieu m'a donc permis de sauver un de mes semblables ; si ma vie n'est pas inutile, elle ne me sera pas de sitôt enlevée. n me la conservera pour que je puisse achever ma mission de charité et de dévouement envers les pauvres malades. » Pendant ces réflexions, il sent en lui une force inconnue. Pour la première fois depuis huit mois il dort la nuit suivante d'un sommeil réparateur. Rempli de confiance, il voit se dissiper rapidement les formidables symptômes de sa maladie, et quelques jours après il était entièrement rétabli.
n n'est pas de passion aussi haïssable que Torgueil, et l'on se demande si, à un degré quelconque, elle peut jamais devenir louable et avoir un but utile. L'orgueil est l'exagération insensée de l'estime de soi et du sentiment de la dignité personnelle. Créature noble et privilégiée entre toutes, l'homme ne pouvait point oublier qu'il a été formé à l'image de Dieu, et qu'il a été doué de liberté, d'intelligence et de raison pour s'élever à la connaissance des vérités éternelles. Mais qu'on remarque
la contradiction de l'orgueil humain. « Animal superbe, dit Bossuet, il veut s'attribuer à lui-même tout ce qu'il a d'excellent; il ne veut rien céder à son semblable, et il fait des efforts pour prouver que les bétes le valent bien et qu'il n'y a pas de différence entre lui et elles. »
L'estime de soi produit en l'homme l'amour de Tindépendance, et lui fait rechercher les formes de gouvernement où sa liberté n'a point d'autres entraves que celles du devoir, et où il n'a de mattre que la loi. Mais comment s'arrêter à la juste limite de la vérité? L'humilité vertueuse qui nous porte à faire un retour sur tiotre faiblesse, à estimer les autres plus que nous-mêmes, est une qualité bien rare, tandis que la plupart des hommes ont un sentiment exagéré de leur valeur, et ne reconnaissent aucun mérite au-dessus du leur.
«L'arrogant n'aime que soi, » dit Platon. Aucune nature n'est moins sympathique, aucune n'étouffe plus sûrement l'affection qui demandait à naître. Partout où il se présentait, le duc de Buckingham révoltait tous les cœurs par son insolence; il entraîna son pays dans des guerres injustes et désastreuses. L'orgueil de Louvois ne se courbait pas même devant la majesté de Louis XIV. Dans le paroxysme de sa vanité, Fouquet avait fait placer dans ses armes cette légende : Quo non ascendam. L'insapportable orgueil de Richard -Cœur-de-Lion lui faisait regarder tous les rois comme ses sujets, et ses sujets comme des esclaves. Le navire sur lequel il revenait, déguisé, de la Terre-Sainte, ayant échoué sur les côtes de Venise, Léopold, duc d'Autriche, qu'il avait offensé par ses hauteurs au siège de Saint-Jean-d'Acre, le reconnut, le fit arrêter et le livra chargé de fers au 4âche
260 DES MALAI>IES DE l'âME
Henri YI, qui le retint prisonnier, et exigea pour le mettre en liberté une rançon de 250,000 marcs d'argent.
Pourquoi le dissimuler ?Trop souvent la science inspire de Toi^eil; cependant Galilée, Descartes, Newton, furent des hommes simples et modestes, qui se sentaient confondus devant la majesté et la grandeur de la nature. On peut toutefois pardonner à certains hommes d'une supériorité incontestable, de ne point assez dissimuler Topinion avantageuse qu'ils ont de leur propre valeur. Et pourtant un sentiment contraire ne pourrait que rehausser encore leur mérite. «Je ne remarque en nous, dit Descartes, qu'une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l'usage de notre libre arbitre, et l'empire que nous avons sur nos volontés; car il n'y a que les seules actions, qui dépendent de ce libre arbitre, pour lesquelles nous puissions avec raison être loués et blâmés, et il nous rend en quelque façon semblables à Dieu, en nous faisant maîtres de nousmêmes, pourvu que nous ne perdions pas par lâcheté les biens qu'il nous donne (1). »
On doit remarquer, du reste, que les orgueilleux ne se glorifient jamais du mérite réel qu'ils peuvent avoir, tandis qu'ils sont fiers de qualités dont la valeur est pu-rement imaginaire. Ils parlent à tout propos de leurs aïeux et de leur naissance; poussés par le désir inquiet de s'élever, de dominer, ils s'offensent de toute supériorité, et ont besoin d'exercer leur despotisme sur tout ce qui les entoure; l'un n'accepte point de maître, l'autre ne veut pas d'égal. Us n'estiment ni la beauté, ni la jeu-
(1) Des pasBiofis de Pâme, IIP part., art, cui.
ET t^RtNGlPALEMBNT DES PASSIONS ET DES VICES. 26i
Desse, ni les inclinations vertueuses, mais bien le rang, la fortune, les dignités et le pouvoir; à leur gré, on ne rend jamais assez de justice à leur mérite, tandis que les faveurs s'accordent à des hommes de rien.
Mais Torgueil n'existe pas seulement chez les hommes distingués par la naissance, le talent, la fortune, les hauts emplois; on le trouve non moins arrogant, non moins présomptueux, peut-être plus insupportable, chez le pauvre et chez l'ignorant ; Tenvie les dévore, ils regardent tout travail comme indigne d'eux. Parfois le pauvre mendie, l'orgueil dans le cœur et l'insulte à la bouche ; avec ses pareils, il a besoin d'être le premier ; poussé au crime par la paresse, on l'a vu devenir chef de bande, et jamais sa morgue et son insolence ne l'abandonnent. L'orgueil se reconnaît au geste hautain, à la pose dédaigneuse, à la voix emphatique, à la démarche guindée. Ajoutez un degré de plus à cette passion, vous avez la folie. C'est une aliénation très commune de se croire prophète, pape, empereur, et même le Père éternel. L'orgueilleux, comme le fou, aspire sans doute à la suprême puissance, et la maladie révèle sa pensée. En voyant cette tête haute, ces mouvements raides, cet air de commandement, ces gestes de dédain, ne cherchez pas à donner des conseils qui seraient superflus. Gardezvous-en surtout si l'orgueilleux, dont l'aspect vous blesse, a en main le pouvoir; car si vous lui disiez, comme Camille Desmoulins à Robespierre : « // porte sa tête avec respect comme si elle était un Saint-Sacrement^ » il vous l'épondrait , ainsi que le fit Robespierre : « Je lui ferai porl^ la sienne comme à un saint Denis. » On peut considérer le l'egret, le remords et le repentir
• Uîriy . - . T a péris
. - •* I 11- *. r. -:reui a?i*i ti . . Ç'L. r J'aïK.^
• "Mr ! acirtrsse aoc;^
uni' existence.
. .- . iinuii-trs, alon
. . par les crê -> Il « sup-
^ . : ^-c : ries, eo
" . liU rcui^iile, ne
r - ..>ji-i«:\:e- San-
. T i ..e> :aiubours
... i. j.a X\X devint
^ . i -j tremblement
a. Suivant Pro-
cui Symmaqueet
. > .îMiiurds que rien »uit a table, l'em- . ,^1 ..a lit voirlaléte A Mi serrait. D se •u. ii'.iausle désespoir.
., itu:» nii^ doux que le ,^^ai «rtuiHK» que râma .^^^^^j^icuttHitefoiat lapas-
ET PRINCIPALEMENT DES PASSIONS ET DES VICES. ^6ê
sioD devient une vertu chrétienne, et la philosophie s'arrête où commence la religion.
Nous aurions dû peut-être regarder l'enthousiasme, non-seulement comme la première des passions, mais encore comme la plus noble dans son principe» la plus grande en résultats, et la seule louable dans ^ei exagérations mêmes. C'est elle qui frappe et élève l'âme à la vue des grands spectacles de la nature, des sites pittoresques, . du désert immense, de la mer sans limite, des cieux sans horizon. C'est elle qui la fait tressaillir devant tout ce \ qui est beau, tout ce qui est grand, au récit des vertus ; héroïques et des actions magnanimes. C'est elle, enfin, i qui l'agite et la pousse dans la voie des découvertes, et i la promène dans les régions de la fantaisie et de l'inspi- I ration. Sans enthousiasme, il n'y a ni progrès, ni gran*- \ deur, ni sublimité dans la science, dans la poésie, dans I les arts* Pythagore, Pascal, Lavoisier, Arago, n'étaient i pas moins animés par cette passion élevée, que Pindare, I Corneille, Schiller, Lamartine. Archimède était enthou- { siaste de la science et croyait tout possible par elle. Il I avait raison sans doute, et il prouva, au siège de Syra- I cuse, qu'un savant peut quelquefois valoir une armée. I Aucune pasiâon n'est aussi communicative : sur la plaoe
I publique, dans les rangs d'une armée, elle embrase les , eœurs comme l'étincelle électrique. N'estrce point à l'en^ I thousiasme, plutôt qu'à la chaleur brûlante, qu'on doit j attribuer le fait extraordinaire rapporté par Lucien? Les Abdéritains, ayant assisté par un soleil ardent et en (dein air à une représentation de la tragédie d'Andromède d'Euripide, furent saisis d'une sorte de délire poétique, et se répandirent dans la ville comme des fous, en réci-
SI H « «ÎT
an- tsm BD- VRC^"^