‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 31 sur 63 · DES REMÈDES A APPORTER · texte numérisé non relu

DES REMÈDES A APPORTER

ports étroits du physique et du moral. Si udc disposition maladive excite certaines passions^ elle peut aussi en calmer d'autres. Quelques organes ont entre eux des relations évidentes, quoique les causes en soient ignorées. Ne voit-on pas des femmes ordinairement bonnes et d'humeur égale, devenir irascibles, capricieuses, méchantes et presque folles dans certaines conditions spéciales et passagères? Quelques maladies rendent Tesprit lourd et paresseux ; Carnéade se purgeait pour mieux combattre les arguments de Chrysippe. Ne demandez ni la netteté du jugement, ni la liberté de la raison, ni la fermeté de la conscience à celui qui est en proie à une névralgie aiguë, à un anévrysme du cœur, ou bien à une fièvre dévorante. Quand l'état mental se trouve évidemment sous la dépendance d'une lésion matérielle, comme on le voit dans certaines vésanies, c'est au médecin à accepter le rôle qui en d'autres circonstances appartient au moraliste. Et d'ailleurs, celui qui comprend dans toute son étendue sa mission élevée, sait au besoin agir comme médecin et parler comme philosophe ; on ne le verra point, de concert avec les Syracusains et les Abdéritains, traiter de visions absurdes les méditations abstraites d'Archimède, et de folie la sagesse de Démocrite. Si les maladies de l'âme n'exigent pas l'intervention d'une médecine agissante, néanmoins elles réclament parfois les secours d'une hygiène éclairée. La sobriété n'est-elle pas la mère de la retenue et de la modération? La gymnastique, les voyages, l'exercice, le travail et l'étude ne sont-ils pas les auxiliaires de la morale, les ennemis des vices, et môme le chemin qui mène à la sagesse ? En parlant de la nostalgie, nous avons montré

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rinanité des remèdes, et la toute-puissance du moral sur cette affection. Le médecin ayant en main le levier de Tespérance, dissipe les craintes^ ranime les courages; les chirurgiens militaires ont tous reconnu que les émotions et la terreur aggravent l'état des blessures, tandis que Pespérance en facilite la cicatrisation. Si Ton admet que les fortes commotions de l'âme sont capables d'engendrer plusieurs maladies et d'en dissiper d'autres, le médecin philosophe ne pourra-t-il pas rendre d'utiles services^ en opposant certaines passions à des passions contraires, avec l'autorité que donne la science et la confiance qu'il a su inspirer? Mais, quoiqu'on puisse au besoin s'aider de ses conseils, c'est ailleurs qu'on doit chercher des remèdes pour les maladies de l'âme.

On rapporte que Socrate, rencontrant le jeune Xénophon dans une rue d'Athènes, lui barra le chemin avec son bâton, et lui demanda où était le marché. Gelui<^ci s'empressa de le lui indiquer. Socrate lui demanda alors en quel endroit on formait les hommes à la vertu ; Xénophon hésitant à répondre, Socrate lui dit de le suivre et qu'il le lui enseignerait. La philosophie était chez les anciens la véritable école de la vertu. Aujourd'hui les philosophes écrivent et n'ont point d'écoles ; leurs livres doivent être considérés tout à la fois comme des précepteurs et des guides. Thucydide avait donné une grande leçon de sagesse, en plaçant sur le fronton de la biblio-* thèque d'Alexandrie cette belle inscription : Trésor des remèdes de Mme.

Toutefois ceux qui cherchent dans les philosophes des règles de conduite, et des conseils pour les aider à triompher de leurs passions et k étouffer leurs vices^ ne sont

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