‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 34 sur 63 · CHAPITRE XVÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVÏ

Nous avons vu que le travail, l'étude, la vertu, la philosophie et la religion sont des biens [inestimables ! pour l'homme, et ses meilleurs guides dans la recherche ) du bonheur. Us doivent être considérés encore, comme « le plus ferme rempart qu'on puisse opposer aux coups \ de l'adversité, et la source des consolations les plus I douces et les plus certaines dans les malheurs qui le I frappent. Toutefois le travail si fécond et si moralisa- I teur qu'il soit, l'élude avec ses splendeurs et ses jouis- 1 sances, la philosophie et la religion avec leurs doctrines i si nobles et si puissantes, ne mettent pas Thomme à [ l'abri des revers, et surtout des pertes qui, en déchirant 1 les cœurs, les abreuvent parfois de tristesses inconsolables. Telle est, en effet, la condition humaine dont les joies sont rares, et dont la souffrance est le partage. Bons et méchants éprouvent des chagrins souvent sans remède; souffrir, pleurer est la loi commune. On ne guérit pas les maux de l'âme en les niant; on les soulage toujours quand lecœur, armé de vertu, se réfugie dans les régions sereines de la philosophie et de la religion.

La perte ou la privation de tout bien véritable est un mal réel, Nous savons que les rïchesses; quoique désira^

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(I) Caraettret; des biem de la fàfime.

croître, de Descartes, du Poussin, de d'Alembert, qui u'acceptèrent aucune des offres brillantes qui leur furent sulressées, et de notre contemporain Béranger, qui vécut ians la médiocrité, qui l'honora par sa modération et refusa constamment d'en sortir.

Si Phomme possède un riche patrimoine, ou s'il a icquis par des voies honnêtes des biens considérables, 1 peut en faire usage pour l'utilité de sa famille ou pour BDCourager les gens vertueux. Mais en même temps, la fortune, aussi bien que la justice et le pouvoir, doit Être considérée comme une charge, et à ce titre exercée avec équité, suivant l'inspiration d'une conscience timorée et les intentions de celui qui nous les a confiées. Au milieu de ses richesses, il saura toutefois comme Caton dTtique, qui avait àO millions de sesterces (8 millions de notre monnaie), vivre sobrement et sans faste, ne pas rechercher les mets délicats, ne point se laisser amollir et corrompre par le luxe. S'il use de tout avec modération, s'il récite quelquefois, comme Socrate, ces vers où il est dit : L'argent et la pourpre sont plutôt des ornements pour le théâtre que des choses nécessaires à la vie, il ne pourra jamais rien perdre. L'adversité ne lui enlèvera que l'embarras que donnent l'emploi des richesses et la responsabilité de leur équitable distribution.

Tel est le premier enseignement à donner à ceux qui possèdent des biens considérables. Le second consiste à avoir toujours présente à l'esprit l'instabilité de la fortune, et, pour se prémunir contre ses caprices, à nourrir l'habitude du travail, à se mettre en état d'exercer un W ou une profession qui, en quelque lieu que le sort nous jette, puisse nous procurer les indispensables né-

293 DBS ADVERSITÉS ET DES DOULBUHS MORAL».

cessités de Texistence, non pas otium cum dignitate, mais bien le travail avec dignité.

Ce n'est pas que nous répétions avec le comique du Fresny que la pauvreté est non-seulement un grand md^ mais qu'elle est pis encore. Nous blâmons avec énergie toutes les exagérations. L'homme sage peut certainement considérer la misère comme un malheur ; pour éviter d'y tomber, il s'accoutume à l'ordre et à la modération au sein même de l'opulence, et, comme nous l'avons dit, nous regardons l'habitude d'un travail utile comme le complément de cette sagesse. Pierre le Grand se dérobait parfois aux soucis des grandes a£Faires, et, vêtu d'h&bits grossiers, il s'employait comme ouvrier dans la boutique d'un forgeron. Le soir, excédé de fatigue, il recevait le salaire de sa journée avec plus de joie, que l'impôt prélevé sur les sueurs du peuple. Pendant la guerre de Sept ans, Frédéric II, assailli par les armées coalisées de la France, de la Russie, de la Saxe et de la Suède, se vit un instant dépouillé de la plus grande partie de son royaume. Avant de livrer sa dernière bataille à Rosbach, il dit au général Quintus Icilius^ que s'il la perdait, il se retirerait à Venise, pour y vivre en exerçant la profession de médecin. Mais la fortune de ce grand homme se releva plus brillante que jamais dans cette bataille, où il anéantit l'armée franco-autrichienne, commandée par le maréchal de Soubise.

Les révolutions qui se sont accomplies sous cos yeux depuis moins d'un siècle, en bouleversant les sociétés, en brisant les existences particulières et renversant même les hautes fortunes, ont donné encore une fois à l'homme une grande et importante leçon. Placer son bonheur.

DBS ADVERSITÉS ET DES DOULEURS MORALB^. 293

son attachement et ses espérances sur des biens aléatoires, c'est s'exposera de cruels mécomptes, et, suivant une expression de saint Augustin, c'est répandre son âme sur le sable. Un coup de vent emporte tout. Heureux celui qui a prévu la tempête, ou qui, dans le naufrage, abandonne aux flots, comme Zenon, sa cargaison de pourpre de Tyr, mais en sauvant la sagesse ! On ne saurait citer avec trop d'éloges l'exemple du duc d'Orléans, depuis Louis-Philippe, qui, pendant son exil en Suisse et aux Ëtat-Unis, enseigna les mathématiques, et celui plus récent encore de l'austère Manin ; après avoir gouverné glorieusement Venise, en 1849, il refusa en exil tout don gratuit, et vécut à Paris modeste et retiré, avec sa malheureuse famille, en donnant des leçons d'italien. C'est en faisant allusion à de telles catastrophes que, suivant Suétone, Néron disait que toute terre nourrit l'artiste.

Nous avons montré, par quelques exemples, comment certains hommes avaient noblement supporté la perte des honneurs et du pouvoir, avec le seul secours de l'étude et de la philosophie. La mauvaise fortune, d'ailleurs, n'est pas toujours sans utilité. Combien d'hommes ne sont devenus sages qu'à l'école du malheur! Quelles métamorphoses n'opère-t-elle pas dans une âme qui s'ignorait elle-même! Cependant on ne doit pas se dissimuler que certaines infortunes ne peuvent être jugées d'après la règle commune. Quel conseil donner à Ânnibal, cherchant par toute la terre des ennemis au peuple romain, et poursuivi par la haine de ses vainqueurs, lutte grande et glorieuse de la part du noble prosent, vile et infâme de la part d'un peuple ameutant toutes les nations contre un seul homme» et ne se croyant

'^riÊàuikt ÎHS idiuair? Thïoues^ ^jneâie aaKitane die ré- MuiL :àir ik^ji . ^juA îÈ^iïuxaDaïL fisz Vàmt qui seToil ^mr^tr itur xmi««*âr» .'-»7^ iur mi ^tenl concentrées xuTHs .t"î j.kti^ iimts^ M^ i&ccè}s&. kofas les espé* nac^. ^i.'yj A puiiiiâioiiie A:ûç2«f. €ûM|wenant que âeQ^ iifiicutja teJTiiâiLL riiLsiiLsi^aau^iielatniiquilia^^ tgaeiiTTît^-^tf me :>îâipîiLjca ^uL à eiîeêtaût mise a^niaiuftf. rîfLiiifidriLCiiie îe^3as5iLQ&Iefr[i4GsnoUesdu csur liuiLun. 3i:u5 le xii's^inzï itfgfcrg jcs mères qai, eu :i',:;f^ijj: jl j^LT-fiIe *tt îl iîlcï ije ^eus £&$ tMnbés i^e: p-uri iaj:^ m muliiiî: -iu Sc«l:%^ 4vaît triomphé; K -r.ai'tcc pa:^ iixe iLnkf îe rî^rrt ri Pùcit rendre fThi^ li^n ijeu:\: 3»:«£s k jiuifinicis pis» aiaatage Amuir.L^ jiL. i^çrf!iiia£ îk !&:« lâe scn fik. lepocd suis s^tmiû'S'rir: « ]»^3a.l^2^t^ je TAïKaseiifemirê mortel.! LAJe puii»;ur. :a piisaùc d»( ÎKaasïLtlîle^ est cmh trL:r>^ x ii iui^j:^. -et i^^r^^fttsse ee «|ft*ex%e le devoir. T.û''^:'.!:^. :cL vç-g^a j^ x-ria!L<s tâe ivsignation et c^Êt-TÂiSiiit '^1 :ci i£:iiz:c< "xnc^sr «îe ia pitrie et de h pLiTv, ié Siczz.zjzz'. Ti^r^r .>^ 1 bocL^ecT et lA fidélité î SI ix. Ui p;L=c i*:GL:oe ie Ik-ciï.LÎrs cieùeu^âs. nous pour-

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de le frapper d'un coup terrible en lui enlevant deux de ses fils, sa voix se perdit au milieu des sanglots, et tous les yeux se mouillèrent de larmes.

-Xénophon offrait un sacrifice, quand on vint lui annoncer que son fils Gryllus était mort à la bataille de Mantinée ; alors il ôta de sa tète la couronne de fleurs qui l'ornait. Puis, apprenant que Gryllus avait péri en donnant la mort à Ëpaminondas, il remit sa couronne et acheva le sacrifice. Cependant, si les anciens blâmaient les aflSiictions sans mesure, ils réprouvaient également l'insensibilité du cœur au milieu des douleurs domestiques, et Eschine crut accabler Démosthènes en lui reprochant d'avoir fait un sacriflce sept jours après la mort de sa fille.

A quelles terribles épreuves le cœur d'un père ou d'une mère ne se trouve-t-il pas quelquefois soumis ! A quelle source, dans quel sentiment surhumain puisera-t-il ses inspirations 7 Qui ne serait pas attendri au récit des sacrifices cruels qu'imposent parfois le devoir et l'honneur ; par exemple, quand on voit Virginius, réduit au désespoir et enlacé dans un piège abominable, plonger un poignard dans le sein de sa fille pour la soustraire aux outrages de l'infâme Appius ; quand la mère des Macchabées exhorte ses fils à mourir plutôt que de renier le Dieu de leurs pères, et les voit immoler sous ses yeux par le lâche et cruel Antiochus ? En présence de ces héroïques courages notre cœur pleure, mais s'élève. Il admire à quelle hauteur de dévouement l'homme peut atteindre, quels trésors de force inconnue Dieu a mis en lui. n faut des résolutions fortes pour des circonstances étranges, exceptionnelles; le sang d'un seul peut alors

298 DES ADYERSITËS ET DES DOULEURS BfORALfô.

devenir le salut de tous, et rendre à un peuple asservi ses droits et ses libertés.

Les consolations adressées par Sénèque, Plutan^ue et lilalherbe a une mère ou à un ami qui pleuraient la mort d'un fils, ont-elles cicatrisé la plaie de leur cœur? Nous ne le pensons pas ; jamais Téloqueiice et là poésie n'ont opéré ce miracle ; elles serviraient plutôt d'aliment à nue souffrance sans remède. Inconsolable de là mort dëTullie, Cicéron s'efforce en vain de tromper sa douleur eii cherchant par quels raisonnements et quelle conduite ôh peut l'adoucir : «Puisque l'hottime est composé d'un côfps et d'une âme, dit ce philosophe, quelle contradictioû de donner tant d'alteiition à l'art de conserver le cbrps, et si peu de soin à guérir les maladies de l'âme ? Celles-ci be sont-elles pas les plus nombreuses et les pluiî funestes? Sans la santé de l'âme, il n'est pas de terme aux misères.» Oui, nous en convenons, la philosophie est là médecine de l'âme ; mais quelle valeur peut-on accorder aux motifs de consolation qu'il propose ? « On ne doit s'étonner de rien, poursuit Cicéron ; il faut, au sein même de la prospérité, méditer sur les catastrophes qui "peuvent nous frapper, la misère, les périls, l'exil, la mort des siens. La nature nous accorde un grand remède contre les douleurs invétérées, c'est te temps. Puis le courage nous donne la force de fouler aux pieds les événenients ; la justice nous apprend qu'on est mortel, et qu'il ne faut pas s'affliger de rendre à la nature ce qu'elle n'a voulu que nous prêter. ...» Nous doutons que de pareils raisonnements aient jamais consolé le cœur d'une mère.

Les hommes sages ont conseillé de modérer les larmes sans j^rêcher l'insensibilité. On rapporte que Selon ,

voyant un de ses amis inconsolable , le conduisit sur la citadelle d'Athènes, et, l'engageant à promener ses regards sur la ville : « Figurez-vous , si vous le pouvez, lui dit-il, combien de deuils et de chagrins logèrent autrefois sous ces toits, combien il y en séjourne aujourd'hui, combien dans la suite des siècles il y en doit habiter encore. Cessez donc de pleurer si amèrement vos disgrâceâ comme si ielles vous étaient particulières, et âongez qu'elles vous sont communes avec tous les hommes. » Voilà le langage du philosophe; Voyons maintenant celui du père. Suivant Dioscoride, le même Selon déplorait amèrement la mort d'un fils ; un ami cherchait à le consoler en lui représentant que ses regrets étaient inutiles : « C'est précisément là le sujet de tues larmes, répondit Selon » .

n y a entre les âmes tristes des liens invisibles et puissants ; uhe douleur commune et partagée les rapproche ; Wi àe console mutuellement ; quel est, du reste, celui doit le cœur n'a pas souffert, dont les yeut n'ont pas versé de larmes? Aussi la vue de la tristesse réveille la hôtre. Lors inème que le malheur dont nous sommes témoins De nous a point frappés , notre tendresse s'àlàrme et redoute l'avenir. Suivant Plutarque , quand Mérôpe disait sUr la scène : a Je ne sui^ pas la seule mère à qui ses infante aient été ravis , lu seule épouse à qui la mort ûit enlevé sdri cher époux ; d'autres sans nombre ont eooisié iitànt moi dont là fortune s^est plu à bouleverser la vte, » tous les spectateurs étaient émus de compassion, et fondaient en larmes.

Les philosophes ont regardé l'étude et les lettres comme l'unique refuge dans l'adversité et les douleurs

inconsolables. Cependant , Texemple suivant montre combien est faible leur pouvoir sur Tàme qui cherche en elles seules sa consolation. Quintilien fut certaine* ment un des hommes les plus vertueux de son siècle; on ne peut lui reprocher que ses basses adulations envers l'infâme Domitien. Au milieu d'une vie honnête, studieuse et sereine, l'adversité vint le frapper à coups redoublés dans ses afiections, et assombrir ainsi le reste de ses jours. 11 perdit d'abord une femme charmante de dix-neuf ans, douée de toutes les vertus qui sont l'ornement de son sexe. Dans son inconsolable regret comme époux, il n'attendait plus de félicité sur la terre, et, fidèle au chaste culte de son amour, il ne trouvait d'autre diversion à ses peines que les deux gages de leur mutuelle tendresse. Eh bien, il vit s'éteindre ces deux lumières de sa vie, enfants privilégiés dont le naturel heureux, l'intelligence précoce et les sentiments élevés étaient à peine croyables à l'âge où ils moururent : l'un avait cinq ans, l'autre dix. Quintilien ne met aucun faste dans le récit de ses malheurs domestiques , mais il jure par les maux qu'il a soufferts] et par les mânas de ses chers enfants , que dans le cours de sa longue carrière il ne rencontra jamais rien de plus remarquable comme ardeur pour l'étude, attachement pieux au devoir , incUnations généreuses, «c Âh ! le coup de foudre qui m'a frappé, dit cet infortuné, doit faire trembler tous les pères, s'il est vrai, comme on l'a souvent observé, que ces génies précoces soient plus promptement moissonnés, et qu'un destin jaloux s'attache à détruire nos espérances, dans la crainte que nous nous élevions au-dessus du bonheur permis à l'homme. »

DES ADVERSITÉS ET DES DOULEURS MORALES» âOl

Quelles sont les réflexions, quels sont les sentiments quMDspire à Quintilien l'excès de sa douleur? écoutonsle : a 0 mes chères espérances si cruellement déçues, s^écrie le malheureux père faisant allusion à la mort de son dernier enfant, ô mon fils, j'ai donc vu tes yeux s^éteindre , ton âme s'exhaler, j'ai tenu dans mes bras ton corps froid et inanimé ; et j'ai pu recouvrer mes sens, j'ai pu consentir à vivre ! Àh ! j'ai trop mérité les tourments que j'endure et les angoisses auxquelles je suis en proie ! . . . C'est en vain que nous mettons nos maux sur le compte de la fortune ; personne ne souffre longtemps que par sa faute : nemo^ nisi sua culpa^ diu dolet. ï>

On voit par ces dernières paroles que Quintilien se reproche d'avoir vécu après la mort des siens, et regarde même la probngation de son existence comme une impiété : m neque hanc impiam vivacitatem novù insuper curis fatigare. » Quelle consolation l'étude lui ofirirat-elle? La perte de son dernier fils lui fit suspendre, après le cinquième livre, la publication de ses Institutiom ora-toires. Plus tard cependant, il consentit à les reprendre, mais non sans accuser sa faiblesse : « Que faire maintenant, poursuit Quintilien 7 Pourquoi m'adonner à des études que poursuit la réprobation des dieux? N'auraisje pas dû livrer aux flammes mes funestes ouvrages sur le bûcher même qui s'allumait ^prématurément pour consumer tout ce qui m'était cher ? Car, quel est le père tendre qui me pardonnera de me livrer désormais à l'étude, et qui ne détestera la lâcheté de mon âme si je fois un autre usage de la parole que pour accuser les dieux qui m'ont fait survivre à tous les miens î Ne suis-

303 Wâ AOYPISITÉS ET WS DQU^JSPQS MQmiVS.

JQ pas la preuvo qu'aucune providence ne veille sur les choses (le ce monde, non par mon propre sqrt, auquel cependant il ne peut être ajouté un plus gr^4 sitpplicej que celui de vivre, mais par le sort juiipérité de çea êtres ipnocents que la mort cruelle m'a ravis avant le temps? »

Ainsi se résume la sagesse antique ; ainsi le citoyen vertueux qui avait consacré ses veilles et sou génie à l'instructiop de la jeunesse et aux exercices du barreau, et qui dans un siècle si corroippu avait donné Texemple du désintéressemept, delà probité, de l'honneur, se voyant enlever tout ce qu'il regardait conime la réeompepse de ses sacriQces, de sa piété, de son amour pour ses semblables, tombe aussitôt dans le désespoir et se reproche cppifpe une lâcheté de n'avoir pas mis fin à ses jours par le suicide. Il fait plus; égaré par sa douleur et les sqphispies d'une philosophie impuissante, il nie la Providence, et, à l'aveqir, on ne trouve dans ses écrits ni une rétractatiop, ni mênie une seule pensée dont il soit permis d'augurer qu'il ne regarde point Vhqntme comme le jouet d'un aveugle destin.

La philosophie ancienne laissait planer trop de vague et trop d'incertitudes sur la destinée des âmes, pour offrir des consolations réelles s^ux douleurs d'un père et d'upe pière qui se voient enlever leurs enfants. Elle n'en procurait qu'aux égoïstes et aux indifférents, qui pouvaient se contenter de quelques frais d'éloquence sur la nécessité, la patience, la résignation. L'étude, les lettres, la philosophie rattachent sans doute à la vie, ou du moins présentent quelque diversion à des chagrins amers ; mais combien les livres qu'il compose perdent de prix à ses yeux, quand l'auteur n'espère pas les trans-

D^ ^qy^iTËs piT i>bs dqplçues mqrales. ^P3

mettre ^ ses enfants cppame un saint hérjtqge ; quapcj U pppsp qu'eq écrivant pour sp rendre utile, il le fait pqq}» des ipppnnus, des indifférents, des ipgrats peut-êtfe, qui néppc^ier^nl ce 1(^, dédaigneront Tceuvre de ses longues YQiUes, et çalpninieront mêpae la pensée généreuse quj r Inspira I

Ni les satisfactions de la gloire, ni les largesses dg 1^

fprtffne pp pepyent cicatriser cert^^ines pUies, et reiiçlfe

4 râ-ffle ^^^ sérépjté et jies espérances gui ppt fqi san^

rpjppf , On (lirait n^ênie que pes biens ajoutent pqcofe ^

1^ 4QUleur que |pi c^vsq une perte irréparable. A avio|

bon ce nom illustre qui ya s'étejpdre avec celui qh! \q

pqfte? Coflftbien es\ vaine cette gloire qui s'éy^npiijra

bipptôf pQuipae un peu de fuinée ? Pourquoi ces riq}^esses

auq pepspqne ne rec^eiller£^? Ces biens étaient cbers ^

cplpi qui espérait }es transmettre à un autre lui-njênien

et la mort * été doublement cruelle en les rq.vissant k ce

filspourqpi la vip se levait souriante et pleine (^'avenir.

BauYfe çayaqf , pauvre ppëte, vous aviez tr^^vaillé pour

léguer le frifij; dp yps peipes à une famille aimée ; aujour-

4'ljui le t)Ut jju trayaj} maqque à yotre espoir, et la çpfî-

rqijpe lie vp|f e yie s'pst brisée I Grétry avait perdi| ses

trpjq jeftïjes filles, au mêipe âge, de la nialadje dont il

Ififir avait transmis le germe. Dans uq passage de ses

S^çiiSf récapitulant tous les honneurs que lui avaient

prqcujrés §es cbar][Qantes compositions, il laisse échapper

ce pri douloureux ; « Du pain et mes trois filles seraient

préférables à tout cela /»

]4i dogme de Vimmortalité, fondement solide de toute morale, est aussi le seul refuge et la véritable consolation de l'âme dans ses douleurs extrêmes et dans ses blés-

30& DBS ADYEHSITÊS ET DES DOULEURS MORALES.

sures désespérées. Le philosophe qui s^appuie fermement sur cette croyance ne souffre par moins que celui qui la nie^ au moment où il perd un être adoré ; mais la douleur du premier n'est jamais sans adoucissement, il sait qu'il retrouvera ceux qu'il pleure ; pour les seconds, la douleur est sans espérance, et la séparation éternelle. Heureuses les âmes qui s'élèvent jusqu'à la région ou régnent des croyances plus douces encore. Une amie offrait ses sentiments de condoléance à une jeune femme qui venait de perdre son fils : « Félicitez-moi, répondit la mère chrétienne, de ce que Dieu m'a jugée digne de lui faire un aussi grand sacrifice. »

Les anciens pensaient que la plus longue vie n'est pas la meilleure, et que la plupart des favoris de la divinité avaient été retirés de ce monde avant la vieillesse. Oui, quand on songe aux douleurs de l'existence, à cette longue carrière de maux à parcourir, on s'afflige moins pour ceux dont le temps d'épreuve a été abrégé. Combien le passage suivant de Massiilon n'offre-t-il pas à l'âme qui souffre d'espérances plus douces que les vagues consolations de la philosophie ancienne ! « Tout le monde visible, dit l'orateur chrétien, n'est fait que pour le siècle à venir : tout ce qui se passe a ses rapports secrets avec ce siècle éternel où rien ne passera plus : tout ce que nous voyons n'est que la figure et l'attente des choses invisibles Dieu n'agit dans le temps que pour l'éternité (1). » Enfin, comme on ne saurait apporter assez de remèdes aux maux sans mesure, nous engageons tout homme à qui la mort a ravi quelqu'un des siens, jeune

(1) Sermon 9ur les afflictions, UI* parlie»

DES ADYERSITËâ ET DES t)OULEUR$ MORALES. 305

encore, à méditer ces admirables versets du livre de la Sagesse : « Comme le juste a plu à Dieu, il en a été aimé; et Dieu l'a transféré d'entre les pécheurs parmi lesquels il vivait. 11 en a été enlevé, de peur que son esprit ne fût corrompu par la malice, et que les apparences trompeuses ne séduisissent son âme. Ayant peu vécu, il a rempli la carrière d'une longue vie. Les peuples voient cette conduite sans la comprendre, et il ne leur vient point dans la pensée que la grâce de Dieu et sa miséricorde sont sur les saints, et ses regards favorables sur ses élus. Mais le juste mort condamne les méchants qui lui survivent, et sa jeunesse sitôt finie est la condamnation de la longue vie de l'injuste. »

S06 DB LA GONDUITB A TDOE

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