‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 37 sur 63 · X . ^ . -rr. ..:^.- so: cœur tau · texte numérisé non relu

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ordinairement um sentiment que personne n'avoue à

cause de sa bassesse, et qui est l'idole houleuse de bien

des âmes, nous voulons parler de Tégoïsme. Avec quel

juste mépris Pascal n'a-t-il pas traité ce moi haïssable,

' qui s'échappe de toutes les pages de certains livres?

Dans ses Essais de morale et de politique, M. le comte

Mole caractérise ainsi ce défaut : « C'est un amour de

L soi perverti et dénaturé que celui par lequel on s'aime

en soi-même ; on s'y cultive uniquement. Tous les goûts

de l'homme lui insinuent, et toutes les expériences lui

1 disent de se porter en les autres et de porter les autres

en lui...; belle nature d'un être qui ne s'aime jamais

I tant que lorsqu'il s'oublie. »

Voulez-vous juger un sentiment? demandez • vous ce qu'il a produit d'utile et de grand. Un homme est-il recommandable parce qu'il s'aime ? Non ; mais il le devient par son abnégation et par son dévouement pour ses semblables. À l'exemple d'Helvétius, de Bentham et de Williams David, n'admettre en morale, comme en politique, d'autres mobiles et d'autres règles que l'intérêt personnel et l'utilité, c'est vouloir créer une société^ . d'égoïstes, et étouffer dans le cœur de l'homme tout ce qui l'élève et l'honore, tout ce que la nature lui a donné de grandeur et d'héroïsme. Mais, quoique l'égoïsme soit l'idole de bien des cœurs, on a compris qu'il n'était propre à rien fonder de durable. Toutes les vertus morales ont un mobile désintéressé ; la patrie et la société n'ont de force que par le dévouement et le devoir.

L'égoïste, fermant son cœur aux peines des autres et n'aimant que lui seul, est-il du moins heureux, en supposant toutefois qu'on puisse l'être sans les affections ver-

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tueuses qui doublent le prix de Texistence? Une attention exagérée à tout ce qui regarde son bien-être et sa santé, devient pour lui une source de préoccupations et d'inquiétudes continuelles. « L'égoïste, dit M. le baron de Feuchtersleben, est plus que tout autre sensible aux atteintes du mal, parce qu'il reste emprisonné dans le plus étroit horizon ; il est puni par son égoïsme même. »

La vanité, Tamour-propre sont-ils autre chose qu'un égoïsme expansif à qui sa propre admiration ne suffit pas, et qui veut à tout prix celle des autres? Personne ne parlait de soi et ne faisait son propre éloge avec plus de bonne foi que M. le vicomte de ***. Tout autre sujet de conversation lui paraissait fade et ennuyeux. Il fallait se garder de troubler la sérénité d'un esprit toujours satisfait de lui-même. Si vous hasardiez, non pas même une critique, mais une simple observation, qui parût amoindrir la louange dont il était avide, il devenait votre ennemi, autant toutefois que pouvait l'être un auteur qui ne pensait qu'à lui. Quand un étudiant ou un praticien allait voir Garengeot, celui-ci lui demandait : « M'avezvous lu ? Avez- vous étudié votre René Croissant de Garengeot?» Si on lui répondait : « Non, pas encore, » « Vous ne savez donc rien, lui disait-il ; allez, et que je ne vous revoie que quand vous me saurez par cœur. »

Admirateurs de toutes leurs œuvres, poètes, musiciens, peintres manifestent parfois un redoublement de tendresse pour les productions que le public a accueillies avec indifférence. Une approbation sans partage leur est nécessaire, les éloges les plus plats et les plus grossiers ne les rebutent même pas. Un homme dit un jour

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à Fonteuelle : « Je voudrais vous louer, mais il me faudrait pour le ftiire toute la finesse de votre esprit. — N'importe, répondit Fontenelle, louez toujours. » Une critique légère apportant la moindre restriction à l'éloge est, pour la plupart, un trait acéré; d'autres, maison petit nombre, la méprisent, et pourraient répéter avec le célèbre Laplace : « Je suis une éponge pour la louange, une toile cirée pour la critique. »

Il est toutefois un égoïsme plus rafiSné qui ne se revêt ni de mauvaise humeur, ni de vanité, et se montre sous les formes d'une exquise urbanité, comme le plus sûr moyen de ne pas troubler la quiétude de ses impressions. Chez lui tout est calculé, tout est mesuré, sa conversation enjouée aussi bien que son silence, sa joie feinte, comme sa tristesse simulée. M. le comte de ***, ancien ministre plénipotentiaire, présentait un modèle accompli des hommes de salon aimables et spirituels ; il avait toujours le sourire sur les lèvres, jamais sou trait d'esprit ne blessait personne, et Ton prétend môme qu'il apprenait par cœur toutes les saillies et les anecdotes qu'il débitait en société. Mais de tous ceux qui ont exercé l'esprit des moralistes, aucun n'a égalé le prince de Kaunitz, le célèbre diplomate autrichien, en amour de soi et en insensibilité pour les maux de ses amis, et môme de ses proches parents. A l'exemple de Fontenelle, il observait religieusement le régime qu'il croyait le plus approprié à la conservation de sa santé. Gastronome accompli, il n'acceptait jamais d'invitation à dîner sans envoyer son cuisinier chez son hôte, afin qu'il préparât la nourriture spéciale à son maître, et lui apportât le pain, les vins et jusqu'à l'eau dont il faisait habituelle-

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ment usage. Les murs intérieurs de son hôtel étaient garnis de thermomètres pour régler la température; il la maintenait toujours égale ; il s'habillait et se déshabillait dix fois par jour, choisissant des étoffes plus ou moins chaudes, suivant les indications thermométriques. En lui tout était méthodique, repas, heures de travail et de repos, habillements, exercices, amusements. Il fuyait les émotions violentes, et recherchait avec avidité celles qui étaient douces et gaies. Toujours gracieux et d'une politesse recherchée, on assure que, nouveau Louis XIY, on ne le vit jamais rire.

On doit plaindre ces natures qui, de tant d'amours permis à l'homme, n'en recherchent qu'un seul, et le moins louable de tous, qui rient sans joie et pleurent sans tristesse, comédiens de la passion, hypocrites de sentiment, dont toute la vie n'est qu un mensonge. On dit que Sterne laissa mourir sa mère à l'hôpital; Gœthe avait également un cœur de glace ; aussi, malgré son génie prodigieux, il était sceptique et jamais un élan d'enthousiasme n'échauffa sa veine poétique. Comment la philosophie pourrait-elle faire pénétrer de généreuses inspirations dans l'àme d'un égoïste, et jaillir quelques étincelles du milieu de cendres refroidies? Comment pourrait-elle chasser la sombre humeur d'un caractère qui s'est fait une longue habitude de n'être content de rien ? Comment parler de modestie à l'esprit vain que tout conseil irrite, et qui se nourrit des fumées de la louange ? 11 faudrait, pour opérer ces prodiges, qu'elle pût dire aux yeux de l'aveugle-né : Ouvrez-vous ! et au paralytique : Lève-loi et marche !

PE l'btpoghondrie bt db là hélahgolib. 3/iâ

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