DE L'HTPOGHONDRIE ET DE LÀ MÉLANCOLIE
Une maladie morale plus déplorable encore que la mauvaise humeur, et souvent confondue avec elle, un amour de soi plus exclusif et plus invincible même que l'égoïsme, peut atteindre l'homme et en faire, aux yeux du philosophe, un objet de pitié plutôt que d'aversion ou de mépris, nous voulons parler de l'hypochondrie. Nous traiterons en même temps de la mélancolie triste que plusieurs médecins distinguent de Thypochondrie, mais qui est confondue avec cette dernière par les moralistes, en raison des caractères communs qu'elles offrent : la préoccupation constante du moi^ une tristesse insurmontable et une crainte perpétuelle.
Un médecin vraiment philosophe, M. le baron de Feuchtersleben, signale ces esprits malheureux, occupés avec un soin minutieux et incessant de leur existence physique, et la minant continuellement par une inquiétude continuelle. «Observez avec soin l'hypochondriaque, dit ce penseur, vous reconnaîtrez avec regret que son mal ne consiste, à proprement parler, que dans un sombre et triste égoïsme. »
Apprendre à se connaître fut, de tout temps, une des maximes favorites de la philosophie. Descartes pensait avec Séoèque qu'il est malheureux de mourir trop connu
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De l'hypoghondrië et de la mélancolie. â/l5
variés, se présentent avec un degré de gravité relatif à la période du mal. L'infortuné qui en est atteint manifeste une inquiétude perpétuelle sur tout, et tandis que l'espérance nous fait goûter par avance un bonheur que nous n'avons pas encore, et dont peut-être nous ne jouirons pas, cette appréhension du mal absent le fait souffrir de dangers imaginaires et de chagrins ou de périls dont il ne sera sans doute jamais atteint. Toutefois, une préoccupation exagérée et malheureuse de la santé est le symptôme qui domine tous les autres. Les sensations ordinaires sont transformées par l'imagination en signes de maladie, et presque toujours Thypochondre en désigne une dont il se croit affecté, Weikard a décrit sous le nom de phthisie imaginaire une affection mentale qui s'était présentée plusieurs fois à son observation , et il attribuait à l'influence morale quelques-uns des symptômes morbides qu'offrait cette sorte d'hypochondrie. Un grand nombre de jeunes médecins payent ce tribut à certaines maladies dont ils lisent l'effrayant tableau dans les auteurs, le cancer , la pierre, l'anévrysme du cœur, le mal vertébral de Pott, etc.
L'hypochondriaque recherche les livres de médecine pour éclairer ses doutes et confirmer ses craintes, et ces dangereuses lectures laissent dans son esprit des inquiétudes ineffaçables. Honteux de sa faiblesse, ou ne trouvant pas dans les médecins une attention suffisante pour ses maux imaginaires, il se traite quelquefois lui-même ; parfois aussi on le voit s'adresser à quelque empirique, et s'astreindre scrupuleusement à certaines règles d'hygiène ridicules ou extravagantes. C'est ainsi qu'il porte des atteintes successives à sa constitution, tantôt en
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