‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 44 sur 63 · A16 DES CONSOLATIONS DANS LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

A16 DES CONSOLATIONS DANS LA VIEILLESSE

aux vieillards qu'aux jeunes gens, c'est incontestable. Mais l'ivresse, les indigestions, les insomnies sont-elles donc des jouissances, et doivent-elles être réputées des biens qu'il faut envier? Jeune ou vieux, tout homme qui se respecte doit se garantir d'une passion qui ravale audessous de la brute ; en effet, celle-ci se contente de ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie et des forces ; l'abus en tout est le privilège de l'homme, et le pailage des insensés.

Chez les anciens, les repas avaient une tout autre importance que chez les modernes. Des festins homériques réunissaient autour de la table commune les rois, les héros et les sages; c'était là qu'on recevait l'étranger envoyé par les dieux, et le nom seul de convive désignait des amis faits pour vivre ensemble. Les fils de ceux qui avaient donné ou reçu l'hospitalité ne pouvaient se battre les uns contre les autres, quoique dans des rangs ennemis. Les anciens nommaient à chaque repas de quelque importance un roi du festin, qui réglait le nombre des verres qu'on pouvait boire, et qui était chargé de prononcer un discours la coupe à la main. Us aimaient les longs repas assaisonnés de propos joyeux, et parfois de discussions animées sur la philosophie ou la littérature.

A part la douce hospitalité dont il ne reste aucune trace chez les nations civilisées, les modernes ont retenu des anciens festins ce qui était bon, agréable, utile, et ils eu ont banni les extravagantes profusions des LucuUus, des Cléopatre, des Apicius, des Héliogabale. Lorsque le spirituel magistrat, Brillât Savarin, a écrit cet aphorisme: La table est le ^eul endroit où l'on ne s'ennuie jamais,

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pendant la première heurcj n'a-t-il pas voulu faire entendre au lecteur qu'une heure suffit à un bon repas, et qu'après ce terme l'ennui ou l'intempérance vient s'asseoir au niilieu des convives?

On se fait ordinairement les opinions les plus fausses sur le régime ; il faut rejeter, à peu de chose près, tout ce qui a été écrit depuis deux mille ans sur cette branche de l'hygiène, comme autant d'erreurs préjudiciables. Nous pouvons déjà inviter le vieillard à s'abandonner sans scrupule sait douces excitations d'un repas délicat; sa santé n'en souffrira aucune atteinte. Changez un seul mot aux vers charmants d'Horace dans son épître à Torquatus, et vous y trouverez dépeints, sous les couleurs les plus fidèles, les effets d'un vin généreux et l'influence salutaire qu'un repas agréable exerce sur tous les esprits et sur tous les cœurs. La vieillesse exige à la vérité plus de ménagements et de précautions, pour la conservation de la santé, que la jeunesse exubérante de vie. Mais pourquoi se plaindre d'une nécessité qui fait éviter plus sûrement un écueil et un mal? La modération convient à tous les âges, et le vieillard en la mettant en pratique devient un exemple et un guide pour la jeunesse inexpérimentée.

« La vieillesse^ a dit Marivaux, est un combat où l'on est battu sur tous les champs de bataille, »0n doit au contraire . considérer la vieillesse, non comme un temps de lutte, mais plutôt comme l'âge où l'homme jouit en paix des fruits de la victoire. Si nous tenions ouvert le livre de l'histoire, nous y lirions qu'en troublant les cœurs, en égarant les esprits, en faisant taire les inspirations de l'honneur et de la délicatesse, la volupté est devenue

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pour les nations le fléau le plus redoutable. Une fois maîtres des cœurs, les désirs impétueux ne laissent plus de place à la raison ; hommes et peuples se précipitent dans les abtmes. L'un attire sur sa patrie la vengeance et la ruine, Tautre perd honteusement l'empire du monde. Que manquait-il à Âlcibiade pour égaler Périclès, Thémistocle, Agésilas? Il lui manquait de savoir commander à ses passions. L'insensé abandonne son honneur à celle qui n'attend qu'une occasion pour le trahir. Enfin, le mépris des lois, la violation des devoirs sacrés de l'amitié, le trouble du foyer domestique ne sont-ils pas dus souvent à cette fiévreuse recherche de plaisirs, dont on voudrait rc^rder la privation comme regrettable et funeste? Est-ce donc un malheur d'être affranchi d^une tyrannie qui enlève à l'homme ce qu'il a de {dus précieux : la raison, la liberté, souvent même Thonneur ?

« Quel inappréciable bonheur, dit Cioéron, d'avoir achevé son temps de service à l'égard de la débauche, de l'ambition, des inimitiés, des passions de toute espèce, de s'appartenir et de vivre avec soi-même ! » Quelqu'un demandait à Agésilas ce que les lois de Lycurgue avaient apporté de bon à Sparte : « Elles lui ont appris à ne tenir aucun compte des voluptés, » répondit-il. « D me semble meilleur, disait ce grand roi, de garder sa liberté que de l'ôter à autrui, et phis noble de demeurer vainqueur de la volupté que d'emporter de vive force une place ennemie. »

Caton le Censeur raya du sénat un ancien consul qui, étant en Gaule, avait, dans l'enivrement d'un festin, accordé à uneconrtisane l'exécution d'un criminel déteou pour crime capital. Quelle honte, en effet, d^ètre sdatlre

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du monde, de commander aux autres, d*être le dispensateur de la justice, le tuteur des faibles, et de rester Tesclave de ses sens ! Sous ce rapport on ne doit pas plaindre le vieillard, il faut le féliciter même d'être arrivé à rage qui lui assure le triomphe de la s^^esse et de la raison. Une victoire plus belle encore, c'est d'avoir sa dominer ses passions à toutes les époques de la vie, et d*avoir résisté aux sollicitations de ces conseillers perfides de la jeunesse. Par là on se prépare une vieillesse robuste et honorée. Léonicénus, médecin de Ferrare, le premier qui traduisit en latin les œuvres deGalien, vécut exempt d'infirmités jusqu'à quatre-vingt-seize ans; i! attribuait la vigoureuse santé dont il jouit à sa sobriété et à la pureté de ses mœurs. Il y a quelques années, l'évêque du Mans demandait au curé du village de Loué, l'abbé Malotrin, mort au mois de juin 1846, presque centenaire, quel» moyens il avait employés pour parvenir à cette heureuse vieillesse ; le bon prêtre répondit avec sîmpïîcîté : « Caritas^ pietas^ casHtas^ sobrtetas. »

Ainsi quenous Favons déjà indiqué, raffaîbfîssement du corps est ïe pïus notable des changements opérés en nous par fe pords des ans. Que rhygiéniste fasse commencer la vieillesse à soixante et dfx ans, ou à quatre-vingts seulement, Phonrare a fe pfl» ordinairement, même avant cet âge, perdu âéjk une partie de sa force muscuîaire, souvent aussi de son activité. On doit faire observer néanmoins, qu'on rencontre parfois une mâle vigueur chez ïe vieiffarrf dont la jeunesse fiit vertueuse et fa vie régulière. La force est un don sans doute; certaines professions raécaiiiques ne peuvent s'en passer, elle est in dispensabte à f agriculteur, an soldât et au matelot. Sous

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taire en Hollande, sous le prince Maurice. Si la nature avait donné à ce grand philosophe une constitution robuste, la science de la guerre et des sièges aurait eu peutêtre un nouvel Archiniède, mais l'univers eût perdu le fondateur de la physique et de la philosophie moderne, celui que, parmi les grands hommes de tous les siècles, Aristote et Newton ont seuls égalé.

L'affaiblissement des organes chez le vieillard devient certainement un obstacle pour celui qui a consacré sa vie au métier des armes, et ordinairement il n'attend pas, pour rentrer dans la vie privée ou dans une carrière moins tumultueuse, que l'âge ait sonné pour lui l'heure de la retraite. Il est inutile de faire observer, toutefois, que la vieillesse n'a pas toujours empêché de grands capitaines de conduire leurs soldats à la victoire. Si Alexandre, Don Juan d'Autriche, le grand Condé, Napoléon ont gagné des batailles mémorables dans leur jeunesse, d'un autre côté l'histoire nous offre de nombreux exemples de capitaines célèbres qui restèrent à la tête de leurs armées jusque dans un âge avancé. En â/iO, un prince fier et belliqueux, Athéas, roi des Scythes, fut tué à l'âge de quatre-vingt-dix ans dans un combat contre Philippe. Phocion commandait encore les Athéniens à quatre-vingts ans. Après la mort de Darius, qu'il avait servi avec bravoure, Artabaze, gendre d'Artaxerce Mnémon, vint trouver Alexandre, qui le combla de caresses. Les Macédoniens ne pouvaient assez admirer ce beau vieillard âge de quatre-vingt-quinze ans, ayant à ses côtés neuf fils, tous braves et bien faits, qui avaient vaillamment combattu à Arbelles, sous les yeux de leur père. Séleucus, Ptolémée, Cassandre, Lysimaque et Antigène n'avaient

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pas moins de quatre-vingts ans quand ils se battirent avec tant de bravoure à la bataille d'Ipsus. Masinissa se livra jusqu a la plus extrême vieillesse à tous les soins de la royauté, et, suivant Polybe, il remporta une grande victoire sur les Carthaginois à l'âge de quatre-vingt-douze ans. Le lendemain, les ambassadeurs du peuple vaincu, venant lui demander la paix, trouvèrent le noble vieillard faisant un frugal repas devant sa tente.

Est-il nécessaire de rappeler que le vieux Fabius sut arrêter Ânnibal, et faire respirer Rome, qui lui dut son salut? Il ne déploya pas moins d'activité que de prudence au siège de Tarente, dans les camps, au sénat, dans sa famille, toujours grand et supérieur aux coups de l'adversité. Écoutons enfin le jugement de Xénophon sur Âgésilas octogénaire, emporté en revenant d'Egypte au milieu de son armée victorieuse : « Quelle jeunesse, dit cet historien, fut plus verte que la vieillesse d'Âgésilas? Qui, à la fleur de l'âge et dans toute sa vigueur, se rendit plus redoutable aux ennemis qu'Agésilas sur les dernières limites de la vie? Quelle est la mort dont les ennemis se réjouirent tant, quoiqu'il fût alors très vieux ? Quel homme rassurait les alliés et confédérés autant qu'Agésilas, quoiqu'il eût un pied sur le bord de la fosse? Quel jeune homme fut regretté des siens aussi amèrement que lui à sa mort, quoiqu'il fût chargé d'ans?»

Si l'on trouve, suivant Texpression de Plutarque, beaucoup déjeunes hommes maladifs et beaucoup de vieux gaillards, on doit convenir pourtant, que les vieillards sont généralement moins propres au rude métier de la guerre que l'homme dans toute sa virilité. Mais il faut

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reconnaître en même temps, que leur prudence et leur expérience sont plus utiles, que leur faiblesse n'est préjudiciable. Aussi ne doit-on pas s'étonner d'entendre Âga^ memnon dire à Nestor^ dans le conseil des capitaines grecd, que si l'armée comptait dix hommes comme lui» Troie serait bientôt détruite. Le maréchal de Tâyannes était d'une telle hardiesse^ qu'il se plaisait à traverser à cheval un bûcher embrasé. On dit qu'étant à Fontaine^ bleau^ il fit la gageure de sauter ainsi d'un rocher à un autre distant de trente-troiâ pieds. Quoi qu'il en soit^ il prit la plus grande part à la bataille de Gérisoles, et dé» cida la victoire à Jarnac et à Moncontour. Il consei'vft dans sa vieillesse une activité alliée à un admirable cou- " n rage, et la prudence en s'y ajoutant vint mettre un freid à toute témérité blâmable* Lorsqu'on 1541 ^ Charles-^ Quint entreprit l'expédition d'Alger, le vieux André Doria désapprouva ce projet hasardeux : « Mon père^ lui dit l'empereur^ nous devons nous contenter^ vous de soixante et douze ans de vie^ et moi de vingt^deux ans d'empire. Si la victoire nous trahit, nous périrons du moins les armes à la main« » L'expédition fut entreprise et 0tit le sort qu'avait prévu le sage conseiller.

Que le vieillard renonce donc^ s'il le veut, aux lon< gués marches, aux grandes fatigues comme soldat | qu'il cesse mémC) si la nécessité l'y oblige^ de guider une armée comme capitaine* il ne perdra cependant pour cela rien de son prestige ; l'autorité des lumières, la sar gesse des décisions le feront consulter encore aveo utilitéi Le sénat romain inclinait à faire la pAix avec Pyrrhust Appiufl Glaudius^ vieux et aveugle^ se fait conduii'e au sénat, et^ dans un discours aussi sage que ferme^ il combat

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cette résolution pusillanime et ramène rassemblée à son opinion. « Il avait Tesprit continuellement tendu comme un arc, dit Cicéron, et il exerçait sur ses quatre fils, sur ses cinq filles et ses innombrables clients, non pas une simple autojité, mais un empire absolu qui le faisait vé* nérer et cbérir de tous. »

La prudence du vieillard est sans doute plus estimable et plus précieuse que la force et Fintrépidité des jeunes gens. On n'a pas constamment l'ennemi à repousser, mais il est nécessaire de veiller sans cesse pour qu'une justice impartiale soit rendue à chacun, pour que la société soit protégée et défendue contre les séditions, les usurpations, en un mot contre la violation des lois. Tel était le rôle du conseil des vieillards à Sparte, honoré au-dessus de toutes les classes des citoyens ; c'était ^lement celui de Taréopage à Athènes et du sénat à Rome. Ce mot même, senatus, est emprunté à senectus ou vieillesse, dont il conservait les privilèges, la prudence et l'autorité. Que de services quelques vieillards célèbres n'ont-ils pas rendus à leur pays! «Parcourez l'histoire, dit Cicéron, vous y verrez que les jeunes gens ont renversé les plus grandes républiques, et que les vieillards les ont soutenues et rétablies. » Pilotes expérimentés, ils voient de loin l'orage et signalent le danger. Heureux les peuples qui ne ferment pas l'oreille à ces voix prophétiques! Quoiqu'on ne puisse comparer Solon ni à Moïse, ni à Lycurgue, ni même à Numa Pompilius, il rendit cependant de grands services aux Athéniens; il pouvait usurper le pouvoir, mais il préféra leur donner des lois sages et en faire tm peuple libre ; il s' efforça vainement de les éclairer sur les menées de Pisistrate, et il

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chercha même à détourner ce jeune ambitieux du désir qu'il manifestait d'être le premier et le maître à Athènes. Quelques amis, craignant pour sa vie, lui demandèrent ce qui lui inspirait tant d'audace : « Ma vieillesse^ » répondit Solon.

Dans les conseils du gouvernement, comme dans les circonstances suprêmes qui se présentent quelquefois pour les États, le vieillard éclairé par l'expérience, et puisant même un courage surhumain dans cet âge qui le rapproche de la tombe, donne souvent à tous l'exemple de la force, du dévouement et de l'héroïsme. Les sénateurs romains, en attendant les Gaulois sur leurs chaises curules, apprennent à la jeunesse que la mort est préférable à la servitude. Quel exemple de grandeur d'âme Mathieu Mole ne donna-t-il pas aux magistrats^ lorsqu'en 1648 il fit ouvrir les portes de son hôtel aux flots d'une populace menaçante, en disant que la maison du pre^ mier président devait être ouverte à tout le monde , et répondant à ceux qui cherchaient à l'effrayer, que six pieds de terre feraient toujours raison au plus grand homme du monde; conduite admirable qui fit dire au cardinal de Retz : «Si ce n'était pas une espèce de blasphème de prétendre qu'il y a quelqu'un dans notre siècle, plus intrépide que le grand Gustave et M. le Prince, je dirais que c'a été M. Mole. »

Dans les siècles modernes, la vieillesse n'est plus honorée comme elle l'était chez les anciens ; elle ne jouit d'aucun des privilèges qu'on lui attribuait à Rome et surtout à Sparte ; de nos jours même, on a fixé un âge inflexible après lequel soldats, 'administrateurs, magistrats sont déchus de leurs fonctions et condamnés à la

ftS6 DM CXMSMAtlOltS DAMS t^ YlËiLLfeSSi*

retraite. Cependant nous avons vu, parmi les hommes placés aux postes les plus élevés chez les grandes nations, plusieurs personnages qui, après avoir dépassé soixante et dix ans, se sont encore distingués par Télévation de rintelligence aussi bien que par la fermeté de caractère et la vigueur des résolutions. Les noms de Talleyrand, de Bliîcher, de Paskiewitsch, deRadetzky , de Mettemich et plusieurs autres, parmi ceux qui vivent encore, viennent se présenter à toutes les mémoires. L'illustre de Humboldt, survivant à Àrago, écrivait,,àràge de quatre^ vingt-trois ans , une préface pour les oeuvres de cet homme célèbre ; il vient de mourir âgé de quatre-^vingt^ sept ans, conservant encore la vigueur de ton génie à ce terme avancé de la vie. Le prince de Mettemich, né le 15 mai 1773, chancelier delà cour d'Autriche dans les temps les plus difficiles, est mort à Vienne le 11 juin 1859, âgé, par conséquent, de plus de quatre-vingt-six ans. «Son esprit supérieur, dit M. Thiers, a exercé pendant quarante ans une immense influence en Europe (1). » Cette influence, pareille à celle qu'exerçait Richelieu sur l'esprit de Louis Xin, était telle, que même sans l'aimer on la subissait. « Ne serai-je donc jamais empereur, disait l'archiduc Ferdinand, dans ses moments de mau^ vaise humeur, pour faire pendre Mettemich t » FevAinand ceignit la couronne impériale, et garda le prince de Mettemich pour premier ministre.

Tum eqnldem in »eneeu hoc depato miMirriiiiaiBy Sentire ea œtate esse se odiosum alterû

(!) BitMrêdu Conmlat et de l'Empire, t. XHI.

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L'opinion exprimée dans ces vers par Cécilius, est contraire à toute vérité. Non, il n'est pas vrai que le vieillard devienne odieux à tout le monde. Les gens fri^ voles, qui n'en attendent rien, ne le recherchent pas; on s'éloigne même de celui qui est chagrin, irritable, envieux, d'humeur di£Bcile, avare; mais ces vices tien-* nent plutôt au caractère qu'à l'âge avancé ; on trouve môme un grand nombre de vieillards aussi remarquables par la douce gaité que par l'aimable indulgence, a Les défauts de Tesprit, dit La Rochefoucauld, aug*mentent en vieillissant comme ceux du visage. » Il n'en est pas ainsi ; l'âge n'épargne jamais le corps, tandis qu'ordinairement avec les années les passions se calment, la raison s'épure, et l'esprit s'élève. Maître de l'Asie, qu'il avait conquise par sa valeur, Antigone reconnut dans sa vieillesse que la clémence gagne plus de cœurs que la cruauté ; aussi disait-il qu'il voulait conserver par la douceur ce qu'il avait acquis par la force. La vieillesse d'Auguste cherchait à faire oublier la jeunesse d'Octave, et, suivant Suétone, il poussait la débonnaireté jusqu'à absoudre les plus grands coupables. Les lois romaines ne punissaient le parricide que d'après son aveu; Auguste, en interrogeant l'accusé, lui indiquait la réponse : « N'estil pas vrai, lui disait-il, que tu n'as pas tué ton père?» On demandait à Gorgias le Léontin, qui prolongea sa carrière jusqu'à cent sept ans, comment il pouvait consentir à vivre si longtemps : « Je n'ai aucun sujet de me plaindre de ma vieillesse, » répondit-iL

Les rides et les cheveux blancs ne su£Bsent pas pour mériter le respdct et inspirer l'affection ; mais combien est vénérable la vieillesse qui s'appuie sur une vie ver-

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tueuse, la gloire acquise, les services rendus! Les fruits du travail et de la cx)nduite récompensent Thomme sur le déclin de sa carrière; les richesses légitimement amassées, le crédit, les places, les honneurs dus au mérite, font paraître la vieillesse moins fâcheuse, parfois même désirable. En présence d'un noble vieillard, chacun se lève avec respect; on cherche à l'approcher, on récoute avec avidité, on veut entendre l'enseignement de cette parole auguste et sereine, dégagée de passion, miroir de vérité, qui rapproche de Dieu, dont il parait Toi^ane et le prophète. Rappelons-nous avec quel charme et ({uelle émotion nous entourions les Ândrieux, les Royer-Collard, les Chateaubriand, les Portails, les de Humboldt, les Cuvier, les Thénard, les Geoffroy Saint- Hilaire, tous les vieux représentants de nos gloires dont nous disputions les dernières heures, les dernières paroles à la mort qui s'avançait pour les saisir. Si on nous annonçait que d'illustres morts sont sortis de leur poussière, que Démocrite, Platon, Homère, Plutarque, Tacite, Lycurgue, Sully, Descartes, Nevvton, Corneille, sont rendus à la vie pour quelques jours seulement, avec quel enthousiasme chacun ne se précipiterait- il pas à leur rencontre pour contempler ces traits vénérés, recueillir un précepte, et garder au fond du cœur ce souvenir pieux, comme on conserve une médaille ou une relique dans un temple?

Oui, la vieillesse est vénérable et sainte ; toutefois, pour être respectée, il faut qu'elle se protège elle-même, non-seulement par le prestige d'une raison supérieure et par l'exemple de ses actions vertueuses, mais encore par une fermeté et une indépendance qui la fassent

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