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aux outrages et au mépris, ou dévoré par les bêtes féroces et les oiseaux de proie, eoipoisonnerait ses derniers moments. Ils connaissaient bien le cœur humain ces magistrats qui, pour arrêter une épidémie de suicide parmi les filles de Milet, ordonnèrent que les corps de celles qui s'ôteraient la vie seraient exposés nus sur la place publique; les suicides cessèrent aussitôt. Les peuples les plus religieux et les plus civilisés sont ceux qui ont veillé avec le plus de respect et de piété sur les funérailles et les tombes des morts. On se découvre devant tout cercueil qui passe; on s'honore ainsi soi-même à l'avance, on veut s'assurer par là un dernier adieu, une dernière marque de respect, même de cette foule insoucieuse.
11 existe donc chez l'homme un sentiment profond qui lui fait penser que la mort ne rompt pas tout lien entre le corps et l'âme, et que quelque destinée inconnue est réservée à l'un et à l'autre. Cyrus inspira aux Perses ce respect religieux en ordonnant à ses enfants de ne pas toucher, de ne pas chercher même à voir son corps, ni eux ni tout autre, après que l'âme s'en serait séparée. Lycurgue ayant fait jurer aux Spartiates l'observation de ses lois jusqu'à son retour, s'imposa un exil perpétuel et ordonna qu'après sa mort ses cendres fussent jetées dans la mer, de peur que, si elles étaient rapportées à Lacédémone , les Spartiates ne se crussent dégagés de leur serment.
Miltiade mourut en prison pour n'avoir pu payer l'amende de 50 talents, à laquelle il avait été condamné après avoir levé le siège de Paros. Le désir pieux de donner la sépulture à son père fit consentir Cimon à marier sa sœur Elpinice, qu'il avait épousée, au riche
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Callias, qui s'offrit de payer en retour l'amende de 50 talents. Égarés par un sentiment religieux poussé jusqu'à la superstition, les Athéniens condamnèrent à mort, sans vouloir même entendre leur défense, les dix généraux qui avaient gagné contre les Spartiates la bataille navale des Arginuses, sous prétexte qu'ils n'avaient point rendu les derniers devoirs aux morts, quoiqu'ils en eussent été empêchés par une terrible tempête qui s'éleva après la bataille. Profitant d'un moment de silence, Diomédon, l'un de ces capitaines, engagea les Athéniens à acquitter les vœux qu'ils avaient faits en reconnaissance de cette victoire signalée ; puis, ayant prononcé ces seules paroles, il marcha courageusement au supplice (1). Les Athéniens ne tardèrent pas à recevoir la punition de leur cruelle injustice. Après avoir battu les Spartiates à Naxos, Chabrias, craignant d'encourir le sort des dix capitaines, perdit tout le fruit de sa victoire; il négligea de poursuivre un ennemi vaincu, afin de recueillir les corps de ses soldats flottant sur la mer, pour leur donner la sépulture.
Le plus ancien peuple, en quittant la terre des Pharaons, emporta comme des reliques saintes les cercueils des anciens patriarches. Suivant le P. Ventura, il les déposa sur le Calvaire, et c'est pour rappeler ce souvenir pieux qu'on voit, aux pieds des croix, deux os et une tête de mort. Moïse fut enseveli dans une vallée spacieuse du pays des Moabites, au pied de la montagne de Nébo. Et no7i cognovit homo sepiUcrum usque in prœsenlem diem^ dit l'Écriture. Suivant les interprètes. Dieu
(i) Diodorede Sicile, Uv. XIII, 31-32.
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fiennit que le véiitahlo lieu de la sépulture restât inconnu, afin d'ôter aux Israélites une occasion de tomber dans ridolàtrie en adorant les cendres de leur législateur.
Aujourd'hui, nous ne connaissons pas davantage la tombe de tous ceux qui ont rempli le monde de leur nom, celle des Selon, des Périclès, des Épaminondas, des Socrate, des Platon, des Aristote. Le temps a renversé le tombeau d'Achille qui s'élevait sur le promontoire de Sigée du temps d'Alexandre. Au milieu du bouleversement des empii'es, qu'est devenue elle-même la tombe du conquérant macédonien à Alexandrie! Auguste la fit ouvrir pour y déposer une couronne d'or; Caligula en fit retirer la cuirasse de ce héros afin de s'en revêtir {>our une grande cérémonie. Dans un de ses ridicules triomphes, on le vit avec la casaque de Pompée, auquel ses flatteurs prétendaient qu'il ressemblait de visage. On assure que les principaux chefs des Huns firent enterrer secrètement Attila pendant la nuit, et qu'ils égorgèrent ensuite les esclaves qui l'avaient inhumé; son armée ne connut jamais le lieu de sa sépulture.
Le respect pour les morts était si universel chez les anciens que, parmi tant de monstres altérés de sang humain qui, à Rome, souillèrent le trône impérial, un seul, couvert d'opprobre et objet d*horreur, Héliogabale, resta sans sépulture. Argius, affranchi de Galba, enterra la nuit le corps de cet empereur. Les affranchis de Néron lui rendirent le môme service. Antonin le Pieux réforma ta coutume qui existait à Rome de priver desépulture les corps des criminels en disant, que c'était assez de perdre la vie, et qu'il était inhumain de laisser les corps deveuir
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la proie des bêtes sauvages. On ne regarda pas comme un dm moiniires crimes de Sylla d'avoir Tait déterrer les restes de Marias pour insulter et punir son ennemi jusque danâ le tombeau. Pour échapper au même opprobre, Sylla ordonna que son propre corps fût brûlé.
C'est avec raison que nous regardons comme barbares et impies les nations qui n'ont aucune vénération pour les morts* Quelle épouvantable dégradation ne suppose point la conduite des Bactriens et des Battas envers leurs paronts ! Les premiers faisaient dévorer par de grands chiens leurs pères devenus vieux (1); Alexandre le leur àéïendit Les Battas les tuent et les mangent eux-mêmes. iiaijourd*hui encore, les Tartai^es de la haute Asie dépensent les morts sur les pics des montagnes et dans des lieux inhabités, où ils sont dévorés par les faytoes, les chacals et les aigles. A ces coutumes barbares, on peut opposer celles des Indiens du Pérou et du Mexique, i l'époque des premières guerres des Espagnols en Amérique« Non-seulement ils honoraient les braves qui tom* baient glorieusement en combattant pour leur pays, mais ils portaient même religieusement avec eux les ossements de leurs anciens capitaines, pour s'exciter au comrage et se rendre les dieux favorables.
Dans chaque contrée, c'est aux croyances religieuses que doivent être rapportées les cérémonies funèbres et la culte que les peuples gardent à la mémoire de leurs pères. Ce respect pieux est encore fortifié chez le chrétien par la croyance au dogme des corps glorifiés ; mais il n'implique nullement l'obligation de déployer un luxe
(1) Strabon, liv. IL
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