‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 49 sur 63 · UR LA MORT ET LE BUT DE LA VIE · texte numérisé non relu

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extraordinaire dans les devoirs qu'on rend aux morts. Curaiio funeris^ dit saint Augustin, condiHo sepuliurœ^ pompa exequiarum^ magis sunt vivorum solatia quam subsidia ntoriuorum (1). Ainsi l^avaient toujours pensé les véritables philosophes, et quelques-uns même témoignèrent une grande indifférence pour le traitement réservé à leur corps après le trépas. Les disciples d'Anaxagore lui demandèrent s'il désirait être transporté, après sa mort, à Glazomène sa patrie ! «Qu'importe? répondit lesage, de partout la distance aux enfers est la même. » Criton demanda à Socrate comment il voulait être enterré : <x Comme vous voudrez, » répondit-il. Lycon prescrivit à ses amis de déposer ses cendres où ils le voudraient, et de lui faire des funérailles également éloignées de la mesquiuerie et de la superfluité. Cicérou déclare avec raison qu'il faut mépriser ce soin pour soi-même sans toutefois le négliger pour les siens (2).

La vue des saints asiles où reposent nos pères, les larmes, les pensées et les prières accordées par l'aifection à ceux qui nous ont été enlevés, devraient nous rendre la mort familière. Pourquoi la repoussons-nous et nous paraît-elle si pénible ? La nécessité de mourir est-elle une douleur qui doive empoisonner toute l'existence de rhomrae? Un grand nombre de moralistes nièrent qu'elle fût un mal. Pour Heraclite et pour les pyrrhonieus la vie et la mort étaient une même chose, ou

(1) liC soin des funérailles, le choix de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu'un secours pour les morts. {Cité de Dieu, I, 12.)

(2) Totus hic locus est contemnendus in nobis, non negligendus in nostris. (Tuscul,, quaest. I, /iô.)

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plutôt elles n'avaient aucune réalité. Quelques poètes ne s'arrêtèrent même pas à ce système d'indifférence ; ils allèrent plus loin encore : « La vie, disait Sioionide, est un court passage où peine sur peine viennent fondre sur nos têtes. » « Pour un bien passager, ajoute Pindare, il nous arrive deux malheurs. » Ils concluaient donc avec Eschyle, que l'homme étant prédestiné à une infinité de maux, c'est à tort qu'il hait la mort, puisqu'elle nous en délivre. « Quand nous pleurons un mort, dit Sophocle, nous ignorons si la prolongation de l'existence eût été un bienfait pour lui. » A l'appui de ces maximes, les anciens citaient l'exemple de certains hommes vertueux à qui les dieux envoyèrent la mort comme récompense de leur piété. L'histoire d'Agamèdeset de Trophonius a été célébrée par Pindare. Après avoir construit le temple de Delphes, ces architectes habiles réclamèrent le salaire de leur travail. Apollon, par l'organe de la Pythonisse, promit d'acquitter la dette en huit jours, les engageant à faire bonne chère pendant ce court espace de temps. Us n'y manquèrent pas ; la septième nuit s'étant endormis paisiblement, ils furent le lendemain trouvés morts dans leur lit.

Quelques anciens peuples, encore plongés dans la barbarie, non-seulement ne craignaient pas la mort, mais ils allaient même jusqu'à la rechercher. Suivant Pomponius Mêla, un grand nombre des nations qui peuplaient la Thrace avaient un caractère sauvage et cruel : « Pour les Gètes en particulier, dit-il, la mort n'est qu'un jeu ; chez eux le mépris de la vie tient à des causes diverses ; . les uns pensent que les âmes des morts reviennent, les autres qu'elles passent dans un séjour plus heureux,

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