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d'antres enfin qu'on meurt tout entier, mais que la mort toutefois est préférable à la vie. Aussi célèbrent-ils les funérailles par des réjouissances, et pleurent- ils sur les enfantements. Les femmes n'ont pas un caractère moins ferme, et leur bien le plus cher est d'être immolées sur le cadavre de leur mari et d'être ensevelies dans le même tombeau . Quand les hommes ont plusieurs fem mes, elles se disputent devant des juges Tbonneur de mourir en rhonneur de leur époux (1). »
Pour les épicuriens et pour les saducéens ce n'était point un mal de ne pas nattre, mourir ne pouvait davantage en être un. Cette doctrine était soutenue par César en plein sénat, et il vota contre la mort des complices de Catilina, sous prétexte que faire rentrer Thomme dans le néant n'était point lui infliger une punition, mais procurer sa délivrance. I^es stoïciens considéraient aus« comme un bien d'être délivré des nécessités de la vie, de la servitude des passions et des douleurs de la condition humaine. Comblé des faveurs de la fortune, et dans un âge qui lui promettait encore une longue carrière, Sénèque, condamné par Néron, mourut sans faiblesse: « Pour mépriser la mort, dit ce philosophe, il n'est besoin ni de courage ni de désespoir ; il suffit d'être las de faire et refaire depuis si longtemps les mêmes choses, et d'être ennuvé de vivre. » « Si nous voulons savoir nettement quelque chose, écrit à son tour Platon, il fairt que nous soyons délivrés de ce corps. » Certains philosophes ont pensé enfin que la mort est un bien, même pour les gens heureux ; elle seulç met en sûreté les prw-
(i) PoBipoDlas liehi, IW. II.
SUR LA MORT «T LE BUT fl>8 LÀ YfE. kk^
pc^rités et les belles actions des personnes vertueuses, et les préserve des variations perpétuelles de la fortune.
On connaît l'influence des mœurs sur tous les actes de la vie humaine ; celle de l'éducation et de Texemple sur les mœurs elles-mêmes, et sur toute notre destinée n'est pas moins importante. Les Spartiates affrontaient la mort avec courage pour la patrie, pour la gloire, pour le devoir. «Vivre et mourir ne sont rien, disait un de leurs rois ; bien vivre et bien mourir sont tout. » On demandait à Agésilas comment il avait acquis une si grande renommée : « En méprisant la mort, w répondit-il. Un Spartiate condamné à mort par les épbores, montra un visage satisfait et tranquille en allant au supplice. Un de ses ennemis lui demanda par moquerie s'il méprisait les lois de Lycurgue : « Au contraire^ répondit-il, je leur ai eette obligation de m'avoir frappé d'une peine que je puis 4iequitter sans faire ni dette ni emprunt. »
Le mépris de la mort peut devenir le mobile de grands
crimes, comme des actes de vertu les plus sublimes.
Celui qui a fait le sacrifice de sa vie devient maître de
la vie des autres ; tous les grands régicides, Clément,
RavaîUao, Louvel, l'ont prouvé. Cassius disait à un de ses
complices i « Frappe, quand ce serait au travers de mon
corps. ï» Valons avait envoyé le préfet Modeste à Basile
pour le gagner par les promesses ou l'effrayer par des
menaces, tout fut inutile. Modeste menaça Basile de lui
ntvir ses biens, sa liberté, sa vie môme : a Ces menaces
t ne sauraient m' effrayer, répondit Basile. Quiconque n'a
} . rien, ne craint pas la confiscation; tous les lieux m'étant
iiidifférents, comment Texil serait-il une punition pour
Aïoi 1 Si vous m'enfermez dans une prison obscure, j'y
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serai plus heureux que les courtisans auprès de Yalens, et quant à la mort elle serait un bienfait, en me réunissant à Dieu. »
 Rome 9 dans les mauvais temps de la république et de Tempire, la vie des meilleurs citoyens était à la merci des délateurs, des affranchis et des courtisans. Aussi se familiarisaient-ils avec la moi*t sans cesse suspendue sur leur tête. Il suffisait d'une parole, d'un geste de Sylla, pour désigner une victime au glaive de ses satellites ; ils immolaient même ceux à qui leur mattre farouche négligeait de rendre leur salut. Il fit proscrire et massacrer cinq mille sénateurs ou chevaliers, sanglantes représailles des exécutions et des vengeances qui avaient signalé la rentrée de Marins et de Cinna à Rome. Sous les Tibère, les Néron, les Domitien, les Commode, tout devenait prétexte à proscription, et particulièrement l'illustration de la naissance , la réputation d'homme de bien, tout service rendu à la patrie. Perennius, ministre de Commode, tenait une liste des plus riches citoyens, et il poussait son ingénieuse scélératesse jusqu'à leur procurer des emplois et des charges, pour les rendre suspects à Commode, les faire punir et s'emparer de leurs biens. Aussi , quand il fut tué avec ses deux fils, on trouva dans sa maison une fortune, des meubles et une vaisselle d'or et d'argent comme jamais on n'en avait vu à Rome. Valérius Asiaticus qui fit avec gloire les guerres de l'Orient et de la Bretagne, devint suspect à Agrippine qui convoitait d'ailleurs ses jardins magnifiques. Elle le fit accuser par Sosibius et Suilius, d'avoir attenté à la vie de Caligula. La défense de Valérius, devant un comité composé de Claude, de l'impératrice,
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de Vitellius et des deux accusateurs, fut si éloquente que rimpératrice elle-même ne put retenir ses larmes ; mais en s' éloignant pour les cacher, elle recommanda à Vitellius de ne pas laisser échapper l'accusé. Pour toute grâce, on lui laissa choisir son genre de mort ; il se fit ouvrir les veines. Ainsi périt, sous le règne de ces abominables empereurs, tout ce que Rome comptait de nobles familles et de citoyens vertueux ; il fallait être toujours préparé à mourir ; la faveur même du prince devenait une cause prochaine de disgrâce, les vicieux eux-mêmes étaient punis et les prescripteurs proscrits. La vie n'appartenait à personne ; les innocents devaient craindre la justice, et les coupables souillés de tous les crimes, l'assassinat .
L'amour de la gloire, le désir de s'illustrer et d'arriver à quelque poste avantageux, enfantent des héros, et font braver mille morts dans les hasards de la guerre. Suétone rapporte qu'en lisant Xénophon, César manifestait son horreur pour une fin lente comme celle de Cyrus. Dînant chez Lépidus la veille même de son assassinat, il manifesta sa préférence pour la mort la plus brusque et la plus inattendue; aussi son courage était -il inébranlable, et jamais on ne le vit faiblir, même dans les circonstances les plus critiques. Le trépas trouvé sur les champs de bataille, non-seulement perd de son horreur, mais encore paraît noble et désirable ; on estime heureux celui qui meurt comme Judas Macchabée, Gustave Adolphe, Turenne, Desaix, les maréchaux Lannes etBessières. Villars, à ses derniers moments, était assisté par un ecclésiastique qui le félicitait d'avoir été préservé de la mort subite dans les combats ; il lui ap-
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cacher à rhomme sa dernière heure, pour lui éviter les angoisses de cette terrible certitude, pire que la mort même. Il en est tout autrement dans ces circonstances suprêmes et irrévocables où la société dans sa justice, la tyrannie dans ses implacables vengeances, ont prononcé un arrêt qu*il faut subir comme celui du destin. C'est alors que la nature reprend ses droits, et que le caractère de Thomme se montre à nu dans ses grandeurs et ses abjections, dans sa majesté comme dans ses abaissements. Ce sont les sentiments, manifestés devant la mort à heure fixe et prochaine, qui doivent nous éclairer sur cet acte suprême de la vie. Or, que raconte-t-on des malheureux qui vont subir cette terrible expiation? Ce sont pour Tordinaire des terreurs, des défaillances, le désespoir ; on vit en quelques heures des siècles entiers de souffrance, et tous les traits portent d'avance les signesde la décrépitude et l'empreinte même de la mort. I^ grandeur d'ànie des hommes de bien injustement condamnés, les suit jusciu'à la tombe et couronne leur mort d'une auréole de gloire ; les noms de ces illustres victimes vivent autant que la vertu, et la mémoire (Pun Jean Fischer, d'un Thomas Morus, d'un Longin, d'un Lavoisier, d'un Malesherbes, sera vénérée tant qu'il restera un cœur généreux pour abhorrer la tyrannie, Mais que penser des hommes, en apparence vulgaires, à qui, ni l'appareil de la mort infamante, ni les tourments du supplice , ne purent arracher une plainte ; et de ceux que leur gaîté naturelle et Tesprit de plaisanterie n'abandonnèrent pas même sur les marches de Téchafaud. « Un qu'on menoitau gibet, disait qu'on gardastde passer par telle rue, car il y avoit danger qu'un mar-