SUR LA MORT BT LB BUT DB LA VIE
avez vu quelquefois un homme mourant, songez que vous passerez par le même chemin (1). »
En opposition avec ces philosophes austères dont les préceptes ne conviennent qu'aux âmes fortes, nous placerons ces hommes qui ont toujours vécu, agi et pensé comme si la vie ne devait pas avoir un terme, et qui, fermant volontairement les yeux au danger, prétendent ne pas le voir, et feignent de le nier. Il était sévèrement in* terdit à tous ceux qui approchaient le prince de Kaunitz de prononcer devant lui ces mots terribles : Mort, petite vérole.Cd dernier lui causait une terreur indicible, depuis que cette maladie avait mis les jours de Marie-Thérèse dans le plus grand danger. Ou ne pouvait lui faire codnattre la mort des personnes avec lesquelles il était lié, qu'en employant toutes sortes de subtilités et de périphrases. Binder, ami intime du prince, et dépositaire de tous ses secrets depuis cinquante ans, étant venu à mourir, Xavier Raidt, chargé de lui apprendre cette nouvelle, le fit en ces termes : « Vous ne verrez plus le baron de Binder. Kaunitz réfléchit un moment, et sans manifester le moindre regret, se borna à répondre : « // est donc mort? Il était cependant encore bien jeune ! » cherchant ainsi à nier la vieillesse. Joseph II ayant succombé à une maladie incurable, un secrétaire du prince lui remit intacte une pièce envoyée à la signature de l'empereur, en accompagnant ce geste de ces simples paroles : « Sa Majesté ne signe plus. » Son propre fils étant tombé malade, il ne lui rendit pas une seule visite, ne s'informa pas même de son élat, et n'apprit son rétablisse-
(1) Imitation^ liv. I^ chap. iiiii.