‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 54 sur 63 · SUR LA MORT ET LE BUT DB LA VIE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT ET LE BUT DB LA VIE

ment que le jour où le convalescent se présenta à lui en personne. Enfin il ignora la mort de la comtesse de Questemberg, sa sœur, jusqu'à ce qu'il vît les gens de sa maison en habits de deuil.

Sans pousser aussi loin la pusillanimité, on voit cependant un grand nombre de personnes que toute image de mort trouble et fait pâlir. Plusieurs cherchent à éviter la rencontre d'un convoi, s'éloignent des maisons où règne le deuil, et sacrifient même de vieilles amitiés pour ne pas être témoins du désespoir d'une mère qui pleure son fils. Heureusement pour l'honneur de l'humanité, on rencontre difficilement un type pareil à celui de Kaunitz. Fontenelle, qu'on ne vit, dit-on, jamais ni rire ni pleurer, n'était pas moins égoïste peut-être que le célèbre diplomate. Mais avec quel art, quelle coquetterie, pour ainsi dire, il dissimulait son appréhension de la mort ! Champfort rapporte que madame Grimaud, âgée de cent-trois ans, étant allée voir Fontenelle quelques mois avant sa mort : « Il semble, lui dit-elle, que la Providence nous ait oubliés sur la terre. » Fontenelle porta finement son doigt sur sa bouche et lui dit : « Chut ! » Interrogé un jour sur la manière la plus convenable de mourir : a En général, répondit-il, l'on s'en préoccupe beaucoup, mais je vois heureusement que tout le monde s'en tire. » Du reste il vit arriver ses derniers moments sans faiblesse comme sans forfanterie, ainsi qu'il convient à un philosophe, avec plus de courage toutefois que certains déclamateurs qui n'affectent tant de braver la mort que par l'effroi qu'elle leur cause. Fontenelle, sentant une diminution très grande de forces, prévit sa fin prochaine ; elle se fit cependant attendre neuf jours.

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