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communique les fruits au\ autres, soit qu'on les renferme comme un trésor caché dans le sanctuaire de l'âme, n'en sont pas moins louables et utiles ; et si l'on demande quel est, aux yeux de Dieu, le mérite de l'homme qui se livre ainsi à la contemplation de la nature, nous répondrons comme Sénèque : d' empêcher que ses œuvres si grandes ne restent sans témoins {{).
La vie est-elle un de ces phénomènes éphémères, et pour ainsi dire fortuits, dans le plan de la création, est-elle étrangère à l'ordre qui y règne et à la pensée qui fit toutes choses avec tant de sagesse et de majesté? L'ordre moral proteste contre une telle supposition, et si la philosophie ne peut affirmer que tout soit fait pour l'homme dans l'immense univers, elle peut affirmer cependant qu'en tout ce qui est accessible à nos sens, et même à notre esprit, la nature n'a rien créé d^aussi noble et d'aussi grand que lui. Quel est donc le but de la vie humaine? Les plaisirs des sens? Où serait la supériorité de l'homme sur les animaux? La fortune, la gloire, la puissance? Quels sont ceux qui y -parviennent, et combien ses avantages sont illusoires et fragiles? Mais ce qui est possible à tous, c'est de vivre selon la nature, conformément auxr^les de la raison, de s* élever par les lumières de son esprit, et môme par la simple inspiration du cœur, à la connaissance de Dieu, pour Taimer, suivre ses préceptes, et obéir à la voix de la conscience, conseiller fidèle detoutes lésâmes. Etpuisque, malgré les efforts de la philosophie, et malgré les aspirations d'une nature qui a soif de bonheur, le souverain
(1) Du repos du sage, xixl
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célèbres pour établir cette opinion. Cependant, je doute que personne de bon sens l'ait jamais cru, et la peine que l'on prend pour la persuader aux autres et à soimême fait assez voir que cette tentative n'est point aisée (1). »
Les exemples éclatants de quelques hommes qui, parvenus à leur dernière heure, ont insulté à la mort ou l'ont reçue avec indifférence, nous étonnent toujours, mais ils ne nous touchent pas ; tandis que nous compatissons aux faiblesses et aux regrets de ces natures aimantes dont les proportions sont plus ou moins en harmonie avec la nôtre. Interrogés avec sincérité , et loin du théâtre où l'amour-propre joue son dernier rôle, tous les hommes de bonne foi reconnaîtront que le plus terrible châtiment qui leur fût imposé, ce n'est point le travail, ce n'est point la souffrance, ce n'est point l'adversité, ni la prison, ni l'exil; c'est la mort. A ce moment suprême , quelque élevée que soit une nature, si elle est abandonnée à sa faiblesse, elle aura besoin d'un ange, d'un consolateur pour se raffermir et se fortifier. Mais ce que nous trouvons contraire à la nature, excessif, orgueilleux et presque satanique c'est la froideur, c'est le mépris, c'est le sarcasme.
Comment comprendre la raillerie et même la frivolité des pensées, à l'heure où il s'agit non-seulement d'être ou de n'être pas, mais où se décide la question de l'éternité ! On rapporte que le philosophe Démonax de Crète, étant sur le point de mourir dans un âge avancé, prononça ces paroles qu'on prêle aussi à Rabe-
(1) Réflexions morales, ôOZi.
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laLs lullesl tempi de partir, la farce est jouée. » ScarroQ dit à ses aiuis, qu'il voyait fondre en larmes : « Je ne vous ferai jamais pleurer autant 4ue je vous ai fait rire.» Quoique dans un pareil moment, toute plaisanterie puisse à bon droit paraître suspecte, nous ferons grâce toutefois à la Que et spirituelle critique que Vespasien 6t de ses courtisans ; tombé dans une faiblesse qui lui parut le prélude de sa mort : a // me semble que je deviens Dieuyn leur dit-il galment.
Si les bonimes qui voient approcher la mort avec indifiérence, étaient mus par la pensée d'être affranchis des nécessites de la vie, nous admirerions de tels courages. Heureuses les consciences qui ne sont troublées par aucune crainte, dont les espérances ne sont ébranlées par aucun doute, et dont les joies pyres ne se mêlent à aucune tristesse, à aucun regret ! Toutefois, comment se séparer sans émotion d'une vie qui eut des amertumes sans doute, mais aussi quelques douces compensations ! Quoi ! pas une larme pour ceux que Ton quitte ? On n'aimait donc personne. Quoi ! pas un regret pour ce corps qui fut associé si longtemps à nos douleurs et à nos plaisirs, pour lequel nous avons épuisé les complaisances sans nous lasser par le dégoût, sans nous rebuter par les infirmités, sans nous irriter de ses révoltes, sans rougir de ses défaillances ! On ne songe donc pas à ce que deviendront bientôt ces yeux, cette bouche, cette main, ce cœur, qui furent pendant tant d'années les ministres dociles et les interprètes fidèles de l'âuje qui les abandonne aujourd'hui ?
Les regrets, les émotions et même les faiblesses des mourants ne doivent rien enlever à l'admiration pour les
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gloires de leur vie ou pour les vertus dont ils nous ont légué Texemple. Louis XI, Montaigne, Pascal, Louis XIV, Diderot, Johnson, Barthez éprouvèrent à un haut degré les terreurs de la mort. Ézéchias, Théophraste, le Titien, Michel-Auge, le pape Adrien V eurent un violent regret de quitter la vie. Il en fut de même de Titus, enlevé inopinément à Tâge de quarante-deux ans. Après avoir eflEacé rapidement, pendant son règne si court, les funestes préventions que sa jeunesse avait fait concevoir, Titus trouvait tant de douceur à faire des heureux que, sentant la mort approcher, il leva douloureusement les yeux au ciel, et se plaignit que la vie lui fût enlevée sans qu'il eût mérité de la perdre : « Une seule exceptée , disait Titus, il n'y avait aucune action de son règne dont il se repentît. » On a formé diverses conjectures sur cet acte qui donnait du regret à Titus; c'est, suivant Dion, de n'avoir pas mis hors d'état d'être le fléau de sa patrie et du genre humain Domitien, qui lui tendait continuellenM3nt des embûches, et qui même l'empoisonna peut-être.
Le dévouement jusqu'à la mort est le plus noble effort de la nature humaine ; et c'est cependant celui que présentent des milliersde soldatssur leschamps de bataille, oùles hommes tombent comme des épis sous la faux du moissonneur. Quoi de plus touchant que la mort de Bayard l Atteint à la retraite de Rébec, d'un coup de mousquet qui lui traversa la poitrine : « Jésus, hélas ! s'écria-t-il, mon Dieu, je suis mort. » Il se fît aussitôt coucher sous un arbre, le visage du côté de l'ennemi : « Ne lui ayant jamais tourné le dos, dit ce vaillant soldat, je ne veux pas commencer à la fin de ma vie. » Il se recommanda à Dieu avec une foi vive, le priant à haute voix, et baisant