‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 60 sur 63 · SUR LA MOHT ET LE BUT DE LA VIE · texte numérisé non relu

SUR LA MOHT ET LE BUT DE LA VIE

la croix de son épée. Le connétable de Bourbon, qui poursuivait l'armée française, étant arrivé jusqu'à lui : « Ab ! capitaine Bayard, lui dit-il, que je suis marri et déplaisant de vous voir en cet état ! Je vous ai toujours aimé par la grande sagesse et prouesse qui est en vous. — Monseigneur, répondit Bayard, il n'y a pas de pitié en moi, qui meurs en homme de bien, servant mon roi. 11 faut avoir pitié de vous qui portez les armes contre votre patrie, votre prince et votre serment. » Puis, d'une voix mourante, il l'exhorta à se réconcilier avec son roi, et rendit le dernier soupir. Il n'était âgé que de cinquante-cinq ans.

On a dit de Louis XllI qu'il n'avait égalé ni la gloire et le génie de son père, ni la grandeur et la noblesse de son fils, mais il les surpassa tous deux par la tranquillité d'âme et le courage qu'il déploya en présence d'une mort lente et certaine. Consumé par la mélancolie, insupportable k lui-même, il ne goûta jamais peut-être une seule des satisfactions de la grandeur. Dans la vie retirée qu'il cherchait à se faire au milieu du tumulte de la cour et des factions, il aurait eu besoin d'amis; la seule femme qui mérita ce nom, la vertueuse mademoiselle de la Fayette, ensevelit sa vie dans le cloître. A peine atteint d'une maladie, presque aussitôt jugée mortelle, tous les courtisans l'abandonnèrent pour se retourner vers Anne d'Autriche. « On sait, dit Saint-Simon, avec (juel courage, quelle solide piété, quelle présence et quelle liberté d'esprit il étonna tout ce qui fut témoin de ses derniers jours. » Toutefois ce courage si ferme n'était point sans quelque tristesse, et quoiqu'il eût réglé les cérémonies de ses funérailles, l'attelage qui devait le mener, et jusqu'à la route

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