SUR LA MORT ET LE BUT DE LA VIE
que devait suivre le convoi, quoiqu'il eût mis en musique le De profundis qu'il voulait qu'on chantât à la messe de son enterrement, il portait involontairement les- yeux sur le clocher pyramidal de Saint-Denis, qu'il découvrait de son lit.
Une mort calme et sereine est le bien le plus désirable et la plus belle récompense d'une vie vertueuse. Telle fut celle de Descartes qui, atteint d'une fluxion de poitrine dans la force de l'âge^ vit arriver tranquillement sa fin : a Allons^ mon âme, dit ce grand philosophe, voici l'heure de sortir de prison. Il faut souffrir la séparation de ton corps avec courage et avec joie. » Les cœurs les plus corrompus sont forcés eux-mêmes d'admirer ces résignations sublimes, et pour ainsi dire surhumaines. On demandait à Aristippe comment était mort Socrate : « Comme je voudrais mourir moi-même, » répondit-il. Saladin, sentant sa fin approcher, distribua de grandes aumônes aux musulmans et aux chrétiens, sans distinction, et fit promener son drap mortuaire dans les rues de Damas par un oflicier qui criait à haute voix : k Voilà tout ce que Saladin, vainqueur de l'Orient, emporte de ses conquêtes. »
Ces morts touchantes et si désirables ne sont pas rares dans le christianisme, et en particulier parmi ceux qui ont voué leur vie à sa défense. La foi est comme un astre qui répand de douces lueurs sur le crépuscule du jour qui finit, et sur l'aube du jour qui va naître. «Je ne pensais pas qu'il fût si doux de mourir, » dit le P. Suarès. Le P. de Ravignan salua la mort comme une libératrice, et fit éclater la plus grande joie en pensant qu'il allait être réuni au Dieu qu'il avait servi avec tant d'amour.
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Quelques jours avant sa mort, arrivée le 51 décembre 1839, Mgr de Queleu, Tune des plus nobles gloires de Tépiscopat français, ayant reçu le chapitre métropolitain, lui adressa ces belles paroles : a J'ai traversé une mer orageuse ; si je puis, comme je l'espère, par la grâce de Notre-Seigneur, et sous les auspic^ de TÊtoile de la mer, arriver au port, je serai toujours sur le rivage de Téternité, où vous viendrez tous abo^ der, pour vous attendre, vous recevoir et vous donner le baiser de paix fraternel et étemd ; c'est là qu'il sera heureux de dire : Ecee quam jucundum habitare fratm in unum ! »
Terminons enfin par un dernier trait qui peut servira la fois de précepte et d'exemple, et résumer en même temps nos réflexions sur la mort. Au moment de rendre le dernier soupir, saint Jérôme, promenant un r^;ard serein sur ceux qui environnaient son lit funèbre : «t Mes amis, leur dit-il, prenez part à ma joie ; voici l'heureux instant où je vais être libre pour toujours. La mort n'est terrible que pour les méchants. Depuis que Dieu Ta aimée, elle plaît même dans les tortures, parce qu'elle est accompagnée de l'espérance d'une félicité éternelle. Voulez-vous éprouver combien il est doux de mourir? Tâchez de bien vivre. »
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