‹ Hygiène philosophique de l'âmeChapitre 7 sur 63 · DB L'ORIGINE ET DE LÀ POSSESSION DES RICHESSES · texte numérisé non relu

DB L'ORIGINE ET DE LÀ POSSESSION DES RICHESSES

De toutes les passions qui troublent le cœur humain , la plus ardente et la plus insatiable est celle des richesses. L'ambition est, sans aucun doute, un ennemi cruel de la tranquillité ; la volupté est un maître furieux qui réduit l'homme à un triste esclavage et le couvre de honte ; mais l'âge et la raison ont eu quelquefois le pouvoir d'amortir ou de surmonter ces passions, tandis que l'avarice est une maladie incurable de l'âme, et qui semble même s'accroître à mesure que toutes les facultés s'affaiblissent. Plutarque compare la richesse à un médedecinqui aggraverait la maladie au lieu de la guérir. Il y a des consolations pour tous les maux ; mais, suivant la Bruyère, l'affliction causée par la perte des biens est seule durable.

La plupart des professions et des industries, l'exercice même des arts libéraux qui mènent à la gloire, ainsi que les dangers auxquels on s'expose sur les champs de bataille ou dans des contrées lointaines ont pour terme et pour but la fortune plutôt que la renommée. Honneur encore à ceux qui obtiennent les richesses par le travail, par le mérite, au prix de leur sang et sans jamais dévier du sentier de la probité. Mais combien il est rare que l'origine des grandes richesses soit honorable et pure !

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on peut les comparer à ces fleuves majestueux et limpides dont la source cependant n'est autre qu'un torrent fangeux. Celui-ci les a conquises par l'usure, celui-là par la spoliation, quelques-uns les doivent même aux métiers les plus infâmes et aux actions les plus criminelles.

Pour s'enrichir, Crassus ne rougit pas de faire le commerce des esclaves et de profiter des proscriptions et des confiscations de Sylla ; quoique sa fortune s'élevât à plus de 7700 talents, son insatiable avidité lui suggéraledesseind'entreprendre la guerre contre lesParthes, ne regardant comme vraiment riche que l'homme en état de lever une armée et de l'entretenir. Crassus fut-il heureux avec ses immenses richesses? Il suffit pour en juger de savoir qu'on lui avait donné le nom de ây6Xa(7Toç, qui ne rit jamais (1). Cependant Lucilius prétend qu'il avait ri une fois en sa vie. En passant par la Judée, il pilla le trésor du temple de Jérusalem. Au moment où il dévorait en espérance les richesses des Parlhes, son armée fut taillée en pièces par Suréna ; vingt mille Romains restèrent sur le champ de bataille ; son fils était au nombre des morts. Forcé par la mutinerie de quelques soldats échappés au carnage, de se rendre à une conférence avec Suréna, et s' apercevant que l'intention des Parthes était de le prendre vivant, il se mil en défense et fut tué les armes à la main. La renommée de la terrible passion de Crassus pour les richesses était si universellement répandue, qu'Orode, roi des Parthes, à qui l'on apporta sa tête, lui fît couler de l'or fondu dans là

(t) PUne prétend que le Graams qui n'avait jamais ri était i'aKeul de celai qui fat taé chez les Partbes. [Hist. nat.^ liv. VU, XIX.)

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