DE L ORIGINE £T DE LA POSSESSION
bouche en prononçant ces mots : Rassasie-foi de ce métal dont ton cœur a été insatiable.
L'histoire offre un bien petit nombre d'exemples de grandes fortunes exemptes de toute souillure. Sous les empereurs romains, les affranchis extorquèrent des biens considérables. Tacite {De oratoribus) rapporte que Marcellus et Crispus, nés dans une condition abjecte, et de mœurs infâmes, avaient amassé jusqu'à trois cent millions de sesterces, c'est-à-dire 53,079,679 francs de notre monnaie; ils faisaient profession de mettre en accusation les citoyens les plus vertueux comme coupables du crime de lèse-majesté; celle de Thraséas avait valu à Marcellus cinq millions de sesterces.
Après la bataille de Pidne et la prise de Persée, le vertueux Paul-Émile ne retint pour tout butin que des armes et quelques objets de peu de valeur; il distribua le reste à ses troupes, ou l'envoya au trésor public. Mais bientôt commença le règne des concussionset des rapines; on vit les dilapidations des Verres et des Calpurnius ; pour acheter la superbe Rome, suivant Jugurtha, il ne manquait qu'un acquéreur assez riche. Au temps des guerres civiles on ne connaissait plus les exemples de frugalité, de désintéressement donnés par les Régulus, les Cincinnatus, lesMétellus. Suivant Suétone, les spoliations et les sacrilèges, rien ne coûta h César pour avoir de l'or. Pendant son premier consulat, il en vola trois mille livres pesant au Gapitole, et y substitua autant de cuivre doré. H reçut de l'argent des alliés, pilla des villes espagnoles qui lui ouvraient leurs portes ; dans les Gaules, il dépouilla des temples et détruisit des villes pour s'emparer du butin. H vendit des alliances et des souveraînç-
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tés et reçut du seul Ptolémée six mille talents (trentetrois millions de francs).
Combien notre histoire, et sous ce rapport elles se ressemblent toutes, n'offre-t-elle pas d'exemples de pillages et de dégradations commis par les grands et même par les premiers minisires. Sous Philippe-Auguste, l'usure minait les familles; depuis, malgré la répression la plus sévère, elle continua à devenir la plaie de presque tous les règnes. Philippe le Bel fut appelé le faux monnoyeur, et ses ministres valaient encore moins que lui. Sous le règne suivant, le ministre Enguerrand de Marigny, le plus vain et le plus insolent des hommes, enrichi par les rapines et le pillage des finances, fut pendu, la veille de PAscension, au gibet qu'il avait fait dresser lui-même à Montfaucon, et comme maître du logis^ dit Mézeray, il eut V honneur d'être mis au haut bout^ au-dessus de tous les autres voleurs. Sous le premier des Valois, on condamna à mort plusieurs grands financiers et, entre autres, Pierre Rémy, contrôleur général, qui laissa plus de vingt millions. La disgrâce éclatante de Fouquet , tombé du faîte des grandeurs, et réduit à la vie la plus misérable, a presque fait oublier que le célèbre surintendant avait regardé les finances de l'État comme siennes propres, et qu'il dépensa trente-six millions à son château de Vaux seulement. Ses déprédations n'ont été surpassées que par celles de Mazarin, dont la cupidité ne connut aucune borne : il avait amassé plus de deux cent millions par desmoyensqueréprouvel'honnêtelélamoins scrupuleuse; il partageait, dit-on, avec des armateure les bénéfices de leurs courses, Iraitaitàson profit des munitions de l'armée, et avait même imposé, par lettre de