TEMPÉRATURE
sur ses indications, et non sur les appréciations vagues que fournissent les sens, ou sur une quantité déterminée de combustible que l'on reçoit et que l'on brûle dans tous les cas.
11 est clair qu'une classe bien exposée, recevant les rayons du soleil pendant plusieurs heures, aura besoin de moins de combustible, pour atteindre le degré de chaleur nécessaire et suffisant que nous avons indiqué. C'est là, il est vrai, un élément qui n'entre pas dans la fixation du combustible attribué à chaque école, fixation réglée uniquement sur la capacité du local. Le thermomètre permettra d'en tenir compte, et de régler le chaull'a^e de la classe, non sur ce que l'on a à brûler, mais sur ce que l'on a besoin de brûler.
Appareils. — Le choix de l'appareil de chauffage
esl d'ordinaire déterminé par des considérations d'économie, ou par la disposition des locaux sans cesse remaniés pour les nouveaux besoins de l'enseignement. (Telle école qui contenait l'an dernier h classes, en contient 8 aujourd'hui, de là des remaniements continuels de cloisons et la nécessité d'un matériel mobile).
< »n ne trouve donc de cheminées dans aucune école. L'excessive dépense qu'elles entraînent, les conditions de construction qu'elles exigent, la fixité de ces appareils, ne permettraient pas de les adopter. Ajoutons que dans la pratique, les avantages de la cheminée, comme appareil de chauffage et de ventilation, sont largement compensés par les inconvénients qu'elle présente. La cheminée peut en effet aspirer et entraîner un large courant d'air vicié, au point de renouve-
1er l'atmosphère de la pièce après un certain temps; mais ce résultat ne s'obtient qu'en brûlant beaucoup de combustible et à condition que des ouvertures donnent d'autre part entrée à l'air pur. Alors elle entraîne aussi une trop grande proportion d'air chaud; de plus, elle chauffe très-inégalement la pièce, et elle établit des courants d'air froid. Ce n'est donc pas l'appareil qui peut convenir à une salle de classe.
Les calorifères à air chaud sont très-dispendieux à établir, môme dans les constructions nouvelles; de plus, ces appareils, bien appropriés dans des établissements comme les lycées, les collèges, les internats, où ils ont à fonctionner d'une manière constante, ne paraissent plus avoir les mêmes avantages dans des écoles ouvertes à 9 heures et fermées à h heures. Avec une grande dépense, on pourrait encore craindre une perte importante de calorique devenu in utile lors de la fermeture des classes, et des intermittences du service.
Les poêles en faïence, les poêles-calorifères en tôle et en fonte semblent mieux répondre à ces diverses exigences. Essentiellement économiques, chauffant assez rapidement et d'une manière plus égale, faciles à déplacer suivant les besoins des arrangements intérieurs de l'école, faciles à manier, à régler, on conçoit que ces appareils soient le plus généralement adoptés dans les écoles.
Remplissent-ils les conditions exigées par l'hygiène pour la salubrité de la classe ?
Il est indispensable que l'appareil de chauffage ne laisse s'échapper dans la classe aucun des produits de la combustion, ni aucun gaz malsain, qu'il chauffe également la salle, et surtout que la tête des enfants
ne soit pas dans une atmosphère trop chaudependant que les pieds seraient refroidis ; qu'il n'y ait pas de courants d'air sensibles dans la classe. Il faut que l'appareil soit disposé de façon — que les enfants ne puissent se brûler, — que le poêle soit entouré d'une grille, qu'il n'y ait à la portée des élèves aucune clef qui leur permette de modifier, d'activer ou de suspendre le tirage; enfin on doit prévenir le dessèchement de l'atmosphère de la pièce, et assurer le renouvellement de l'air pur.
Avec un poêle, on chauffe incontestablement et d'une façon rapide et assez égale, l'air de la classe, à condition cependant qu'elle ne soit pas trop grande, car il y a alors nécessité d'avoir plusieurs appareils de chauffage dans la même pièce, si l'on ne veut obtenir dans ses diverses parties des températures très-différentes. Mais un appareil de ce genre est bien souvent par lui-même une cause d'altération de l'air. Ainsi, le tirage est-il insuffisant, les gaz produits par la combustion se répandent dans la pièce; de plus, cet appareil ne chauffe pas seulement, mais il dessèche l'air. Les poêles de fonte qui se refroidissent rapidement ont encore l'inconvénient de dégager des odeurs désagréables, les miasmes de la pièce venant se brûler sur leurs parois surchauffées ; en outre, quand la fonte est portée au rouge, ils dégagent des gaz dangereux, et notamment de l'oxyde de carbone, dont on a signalé les effets toxiques '. Les poêles de faïence n'ont pas ces
1. — Sainte-Claire De\ille et Troost, Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, janvier 1868. — Général Morin, Mémoires sur l'insalubrité des noé'les de fonte ou de fer...
derniers inconvénients; mais ils ne donnent qu'une issue toujours insuffisante à l'air vicié, et ne déterminent pas cet appel énergique de l'air pur, si nécessaire à la salubrité [du local : en un mot, avec un poêle, on chauffe la classe, mais on ne la ventile pas.
Or, un bon appareil de chauffage doit remplir cette condition essentielle indiquée par le général Morin : « Il doit assurer par lui-même un renouvellement suffisant et régulier de l'air, ou être combiné avec des appareils qui produisent ce renouvellement '■. »
Le poêle sera longtemps encore l'appareil de chauffage obligé de la classe. L'auteur du Manuel de chauffage indique les améliorations dont la construction de cet appareil est susceptible. Des portes mobiles, un large tuyau de fumée, en feraient une sorte de cheminée capable de ventiler en chauffant. En outre, grâce à un revêtement intérieur, la fonte ne serait plus portée au rouge, et n'émettrait plus d'oxyde de carbone.
La ville de Paris a adopté, après concours, pour le chauffage des écoles et des asiles, les calorifères Geneste (fig.l). Ces calorifères chauffent moins par rayonnement, qu'en versant dans la classe de l'air pur pris àl'extérieur, et dont ils ont élevé la température. L'appareil de fonte où le coke est brûlé, est placé au centre et à la base. du calorifère; il est enveloppé d'abord d'une large co-
[Mémoires de l'Académie des sciences, t. XXXV11I.) — Dr E. Deeaisne. Communications faites à l'Académie des sciences, 24 février et 25 mai 1868.
1. Général Morin, Manuel pratique de chauffage et de ventilation. Paris, Hachette, 1868.
tonne d'air en mouvement, qui met à l'abri du rayonnement, puis d'un manchon de tôle à doubles parois, entre lesquelles est une épaisse couche de sable. Grâce à celte disposition, ni l'air de la salle, ni les miasmes ne viendraient plus se brûler sur la fonte, dans le cas
Fi'-', 1. — Calorifère odopté pour les écoles de Paris.
où elle serait portée au rouge, résultat qui ne pourrait se produire que par une mauvaise direction de l'appareil. En effet, le combustible (coke) ne descend qu'à mesure du besoin, ella combustion n'a lieu d'ailleurs que dans un espace très-limité, et au voisinage seulement de la grille placée au bas de l'appareil.
KO
En outre, avant d'être versé dans la salle, l'air chaud passe sur un réservoir d'eau, disposé à la partie supérieure du calorifère, où il vient perdre sa sécheresse (fig. 2).
Voilà assurément d'utiles perfectionnements, de na
Fis'. 2. — Coupe île l'appareil.
ture à dissiper en grande partie les légitimes préventions manifestées par les hygiénistes contre les calorifères ordinaires de fonte ou de fer.
Quoi qu'il en soit, on doit éviter de placer cet appareil trop près des élèves. Nous avons vu des classes où le premier rang se trouve dans un voisinage trop
immédiat du calorifère, et par conséquent dans une atmosphère trop élevée, pendant que les derniers rangs fort éloignés de l'appareil souffrent du froid.
Nous croyons qu'il vaudrait mieux encore, dans les écoles où l'on a conservé de très-grandes classes, avoir deux appareils de moyenne grandeur aux deux extrémités de la salle, qu'un énorme calorifère à l'une d'elles. On assurerait ainsi une diffusion plus égale du calorique.
Ajoutons que ces appareils, bien qu'ils soient alimentés par l'air extérieur, ne dispensent nullement des moyens de ventilation qui doivent être partout installés concurremment. 11 est très-regrettable qu'une école des plus importantes de Paris, nouvellement agrandie et reconstruite, n'ait dans ses nombreuses classes, destinées à contenir de 100 à 130 élèves ', aucune cheminée d'appel pour , l'extraction de l'air vicié, ni aucune voie d'introduction du l'air pur. Il y a là une omission grave au point de vue de l'hygiène delà classe. Plusieurs écoles nouvelles au contraire, pourvues des mêmes appareils de chauffage, ont des cheminées d'appel, des gaines d'introduction et d'évacuation présentant des orifices de 12 à J."> décimètres cubes, proportionnés à la surface de chauffe el à la capacité de la salle, et assurant par conséquent le renouvellement de l'air de la classe.
Knlin, il nous paraîtrait préférable à tous les points de vue de remplacer un système trop primitif, dans lequel on voit un calorifère installé dans chaque classe,
I . Nous a\ons dit ailleurs ce que nous pensons, au point de *ue de l'hygiène, de ees chiffres beaucoup trop éle\és.
près des enfants, par un seul ou plusieurs appareils placés dans les sous-sols ou dans une chambre spéciale à chaque étage, d'où l'air chaud serait dirigé vers chaque pièce.
Rien ne serait plus facile, à notre avis, que de régler l'alimentation de l'appareil sur le temps régulièrement déterminé pendant lequel il doit fonctionner dans les écoles.
Parla, on éviterait les inconvénients du voisinage immédiat du calorifère, de l'inégale distribution de la chaleur dans les classes; il y aurait économie d'appareils et de combustible, et au lieu d'un service mal fait, parce que tout le monde s'en charge, (les enfants s'empressant de se substituer à l'instituteur dans cette fonction qui lui répugne), on pourrait avoir un service unique, bien fait, dont une seule personne serait chargée et responsable.
Mais une pareille installation est loin d'être toujours possible ou facile dans les anciennes écoles. L'absence de caves, de sous-sols, la difficulté d'établir l'appareil de chauffage au centre de l'établissement, de façon que la chaleur ne soit pas perdue dans un trop long trajet, voilà autant de causes qui ne permettent pas de songer à généraliser ce système de chauffage.
Dans les établissements nouveaux, dans les groupes scolaires d'une plus grande importance, on pourrait tenter d'installer dans les sous-sols de petits calorifères à air chaud, fondés sur le principe des grands appareils adoptés par M. Train, l'architecte du nouveau collège Ghaptal, pour le chauffage de ce vaste établissement?
Un calorifère puissant installé dans le sous-sol
élève la température de l'air d'une vaste chambre audessous de laquelle il est placé ; tout autour de la partie supérieure des murs de cette chambre partent des tuyaux destinés à porter l'air chaud dans toutes les divisions du bâtiment. On évite par laces courants violents et ces alternatives de courants très-chauds et très-froids, qui se produisent si fréquemment avec les anciens calorifères, dans lesquels la prise d'air chaud se l'ait directement. Les tuyaux viennent s'ouvrir dans les parties inférieures des salles ; à mesure que L'air se refroidit, il s'élève et se répand peu à peu dans la pièce, l'air vicié s'échappe dans les classes par les marches des gradins, et dans les dortoirs par des orifices pratiqués dans le plancher. Peut-être sort-il un peu moins vite ainsi que parle plafond; mais quand l'orifice d'évacuation est au plafond, l'air vipié ne s'échappe pas seul, il entraine tout l'air chaud à mesure qu'il pénètre dans la pièce, de sorte que l'on venti/r alors, mais que l'on ne chauffe pas.
Afin d'assurer en même temps la ventilation, chaque pièce est pourvue d'un tuyau d'évacuation verticalement placé; tous ces tuyaux viennent se rendre dans un collecteur horizontal, qui aboutit à une chambre à air vicié, au milieu de laquelle passe la cheminée du calorifère; la chaleur transmise par cette cheminée entraine l'air accumulé dans la chambre à air vicié, dans un tuyau d'évacuation qui se termine sur le toit par un orifice protégé contre l'action du vent.
L'été, quand on n'a plus la ressource du calorifère, on peut arriver au même résultat, en allumant une couronne de becs de gaz, qui produisent un courant
ascendant par l'élévation de température qu'ils déterminent.
Le même système de chauffage (par des calorifères à air chaud) serait bien plus aisé à réaliser et donnerait de bien meilleurs résultats, dans des constructions dont le plan aurait été disposé en prévision de ce service. Avec un appareil de chauffage placé au centime du bâtiment, la distribution de la chaleur serait bien plus facile, et il y aurait moins de calorique perdu que dans la plupart de nos écoles construites sur des terrains étroits, tout en longueur et sans profondeur. Mais il serait trop facile de critiquer des écoles, que l'on fait le plus souvent pour les'terrains dont on dispose, tandis qu'il faudrait choisir des emplacements appropriés aux exigences faciles à prévoir de ce genre de construction.
Éclairage de la classe. — L'éclairage artificiel de la salle de classe est très-important au point de vue de l'hygiène. Nous avons à étudier, d'une part l'inlluencedel'éclairagesurlaviciation de l'air de la classe; et d'autre part, l'action qu'exerce sur les organes de la vue, la lumière artificielle, suivant la source dont elle émane, et les dispositions prises pour la répandre.
Influence sur l'air tle la classe. — Dans les appareils de chauffage qui fonctionnent bien, la combustion ne doit pas s'opérer aux dépens de l'oxygène de la pièce, et les produits de cette combustion sont entraînés au dehors; ce n'est que par accident qu'ils pénètrent dans la pièce chauffée. Au contraire, dans les appareils d'éclairage, la combustion s'opère tou-