Deseillîgny, op. citt
exercices physiques au travail intellectuel. C'est le seul moyen de transformer ces enfants chétifs en enfants vigoureux et plus tard en hommes valides.
Certains élèves présentent des déviations de la colonne vertébrale, d'autres une étroitesse de la poitrine, de la cage thoracique, déterminant une gêne considérable des principales fonctions organiques.
A l'âge où l'enfant entre à l'école, il est temps encore d'arrêter la marche de ces altérations, de prévenir des difformités qui bientôt prendraient un caractère permanent.
Le travail de l'enfant à l'école, ses attitudes mauvaises, l'exercice trop exclusif de la main et du bras droit, le travail à l'aiguille chez les jeunes filles, ne sont pas sans influence sur ces déviations, auxquelles des exercices appropriés et bien dirigés peuvent facilement remédier. La gymnastique est un moyen de premier ordre à employer dans ce sens, comme elle est aussi un des plus sûrs agents de prévention et de guérison des affections nerveuses et des habitudes dangereuses de l'enfance.
Les travaux des Tissot, des Blache, des Bonnet de Lyon, des Bouvier, des Jolly, des Demarquay, l'expérience des notabilités gymnastes, Laisné, Trial, Paz, Vergues, etc.. l'ont surabondamment prouvé.
Tout cela est compris aujourd'hui, il ne tiendra pas aux efforts de la Direction de l'enseignement primaire, que toutes les écoles ne jouissent bientôt de ces bienfaits.
Le Rapport adressé à M. le préfet de la Seine sur l'année 1871-72 disait en effet: «L'enseignement de la gymnastique a été organisé. En attendant que l'école
normale nous fournisse des maîtres bien dressés, et que les constructions en projet nous offrent des emplacements où nous puissions réunir les enfants les plus âgés des écoles d'une certaine région, les mesures ont été prises pour commencer au mois d'octobre, les exercices élémentaires sans appareils, dans toutes les écoles laïques de garçons.
» Ceux de nos instituteurs que leur âge, leurs aptitudes et leur dévouement désignaient dans chaque école pour le rôle d'instructeurs, ont été réunis en deux groupes, placés sous la direction, l'un de M. Paz, l'autre de M. Lais.né. Chacun d'eux a reçu, en outre, les programmes dressés par la commission spéciale établie au ministère de l'instruction publique, et qui tracent à la fois la série normale des exercices, et la méthode à suivre.
» Les exercices doivent avoir lieu, dans chaque établissement, à l'issue de la classe du soir, de quatre heures à quatre heures trois quarts, trois fois par semaine. Ils sont obligatoires pour tous les élèves à partir de l'âge de dix ans, sauf les cas de dispense constatés par le médecin attaché à l'école, et certifiés par le maire de l'arrondissement. »
Dans les petites écoles, on pourra se contenter d'appareils simples et peu coûteux. Ainsi, par exemple, on tirera un excellent parti des barres parallèles, du trapèze, du pas de géant, des mills, des haltères, qui permettent déjà une très-grande variété d'exercices ; sauf à installer dans les écoles plus importantes des cantons et des villes, et bien entendu dans les écoles normales, des gymnases plus compliqués.
Exercices militaires. — L'hygiène trouve dans la pratique de ces exercices d'incontestables avantages. Temps marqués, exercices rhythmés, mouvements divers combinés pour les membres supérieurs et inférieurs, droits et gauches, répartissant également l'activité musculaire, positions variées, réformant les attitudes vicieuses de la classe ; marches plus ou moins accélérées, mise enjeu de l'intelligence et de l'adresse ; exécution immédiate des commandements, habitude de l'obéissance, de la tenue : rien de plus favorable pour faire des élèves intelligents, disciplinés et robustes.
M. le docteur Gallard, dans une de ses conférences aux instituteurs, en 18(37, recommandait vivement le maniement du fusil comme un exercice pouvant développer les forces et contribuer à la santé des élèves.
« On avait, disait-il, introduit, il y a quelques années, dans les lycées, les exercices de peloton, avec la marche et les changements de front, mais on en avait proscrit l'exercice du fusil, dans le crainte de développer outre mesure, parmi ces enfants, la vocation militaire. Aujourd'hui que chacun doit payer de sa personne, on n'a plus semblable crainte à redouter, et l'on peut, sans inconvénient, faire figurer le maniement du fusil dans les exercices enseignés aux élèves.
» Cet exercice a entre tous l'énorme avantage de permettre à celui qui s'y livre la mise en action simultanée et parfaitement coordonnée de chacune des parties du corps. L'arme a un certain poids, elle passe successivement d'un bras à l'autre; pendant ces mouvements lesjambessontalternativement ramenées soit en avant, soit en arrière, pour rétablir l'équilibre.
Cette nécessité de se maintenir en équilibre, en manœuvrant un objet aussi lourd, détermine dans les muscles du tronc et du cou des contractions qui les font participer dans une juste mesure aux mouvements exécutés par les membres. Enfin, rien n'est plus susceptible de développer l'adresse et de donner de la précision aux mouvements, que cette habitude de manœuvrer les uns à côté des autres, sans s'entraver mutuellement *.. »
Nous avons montré ailleurs combien ces exercices avaient trouvé de faveur et rendu de services dans les écoles de certains départements, et combien les plus jeunes enfants y montrent d'aptitude et de goût. Nous avons indiqué en particulier les excellents résultats obtenus dans le département de la Somme, et cité à cet égard une école modèle où le développement de ces habitudes viriles n'avait nullement nui aux progrès intellectuels 2.
Hygiène morale de l'élèwc. — L'éducation physique
de l'élève ne peut être isolée de son éducation morale. Dans l'enfance, les intelligences, les volontés, les caractères, les impressions morales, sont susceptibles d'une direction salutaire, tout comme les tempéraments, les forces et la santé. L'éducabilité morale et physique n'a qu'un temps. 11 y aurait à la fois une grande faute et un grand péril à laisser passer cette période
1. Docteur Gallard. Notions d'hygiène à l'usage des instituteurs. Conférences pédagogiques faites à la Sorbonne aux institu-. teurs primaires. . . en 1867. Paris, Hachette, 1S68.