NÉCESSITÉ DUNE STATISTIQUE
L'administration, comme l'hygiène et la médecine de l'enfance, trouveraient dans la réunion de ces documents de très-précieux enseignements qu'il serait si facile de recueillir et qui aujourd'hui sont négligés et perdus pour la science, et pour la santé publique !
Quelques mots sur la question si intéressante et si peu connue des maladies seolaù'es prouveront jusqu'à l'évidence la nécessité de la mesure générale dont nous réclamons l'adoption.
Les maladies dites scolaires '. — Dans le COUl'S
de celte étude, nous avons eu l'occasion de parler plus d'une fois des maladies scolaires. Il y en a en effet. Mais il faut convenir que l'école, bien souvent accusée à cet égard, ne l'a pas toujours été avec mesure ni avec celte démonstration rigoureuse qui seule est de nature à entraîner la conviction.
En pathologie, faites un cadre nouveau, et il sera bientôt rempli.
L'hygiéniste qui veut s'efforcer de modifier autant que possible des conditions scolaires défectueuses, doit étudier, rechercher ce qu'il peut y avoir de fondé dans ces accusations.
1 . Si l'on veut que ce nom exprime quelque chose, il faut le réserver pour désigner les maladies dans la production ou le développement desquelles l'École a une influence incontestable, sinon prépondérante ou exclusive. C'est un nom nouveau pour désigner une chose ancienne : notre vœu est qu'avec les progrès de l'hygiène, et un service d'inspection spéciale bien organisé et bien fait, cette dénomination, tardivement inventée, disparaisse promptement du vocabulaire étiologique avec les influences qu'elle désigne, et que les efforts des amis de l'enfance ne tarderont pas à diminuer.
Mais il ne doit point accepter sans examen toutes les critiques qui ont été portées contre l'école. Il y aurait autant d'aveuglement à accepter une exagération évidente, qu'à nier absolument certaines influences indiscutables.
Ce n'est pas chose facile que de faire la lumière dans cet ensemble d'accusations portées contre l'école, au point de vue des maladies qu'elle déterminerait chez les enfants qui la fréquentent.
En ce qui concerne notre pays, les renseignements exacts nous font à peu près défaut.
Il faut recourir aux statistiques étrangères. Là même, les quelques documents que nous avons pu nous procurer ne suffisent pas, quant à présent, à fournir les éléments d'une induction qui permette de poser nettement le problème en ce qui concerne nos écoles. Aussi n'est-ce point â ce titre que nous les donnons. Les règles de la prudence la plus élémentaire commandent d'attendre que l'on soit suffisamment informé et renseigné pour conclure : selon nous, cette heure-là n'est point encore venue ; mais il n'est jamais trop tôt pour recueillir les observations, ce premier travail, appliqué aux travaux étrangers, U'eût-il pour effet que de stimuler dans ce sens nos propres recherches.
Il a déjà été question précédemment de la fréquence de la myopie et des déviations de la colonne Vertébrale chez les enfants des écoles. Nous avons dû, à propos de l'étude du mobilier scolaire, tenir compte des observations médicales faites à l'étranger, et en particulier de celles des docteurs Gohn, Fahr-
ner, d'Allemagne; Guillaume, de Neuchâtel; Liebreich, elc.
Myopie. — Sur la question de Xsnnyopie et des déviations, nous trouvons dans un rapport émanant d'une association américaine-allemande d'instituteurs, à New-York, des chiffres qui prouvent combien il est nécessaire de multiplier et de comparer les observalions.
« En Allemagne, la proportion des myopes est, d'après le docteur Colin, de 1,4 pour 100 dans les écoles rurales, et de 6,7 dans les écoles des villes.
» Dans les écoles de New-York, la proportion des myopes est de 1,7 pour 100. »
Déviations. — « Dans ces mêmes écoles, on observe moins souvent les déviations de la colonne vertébrale qu'en Europe. Dans une école du voisinage de New- York, sur 393 élèves, il n'y a eu que '23 cas, fort légers d'ailleurs, de celle maladie. Ces mêmes proportions ont été trouvées dans plusieurs autres écoles. C'est particulièrement le travail de récriture el du dessin qui semble favoriser le développement de celte dévialion '. »
Maux de tète persistants. — Saignement de nez. — Le travail auquel l'enfant est soumis à l'école, l'activité cérébrale qui en résulte, les attitudes de l'élève, l'air chaud, confiné, des classes, prédisposent à des troubles morbides, ayant pour résultat ou pour point de départ un état de congestion de la tête. Aussi
1 . Proceediitys of the third annual Convention of the germanamerican teaeher's Association. New-York, 1872. Diseuses of sc/iool ehildren.
a-t-on noté parmi les élèves des écoles de fréquents maux de tête et des saignements de nez. Dans une statistique portant sur les élèves des écoles de New- York, « on trouve, sur 393 enfants, 63 élèves ayant souffert de maux de tête assez persistants ou répétés, pour ne laisser aucun doute sur la cause du mal.
» Une statistique de Darmstadt donne un chiffre plus élevé encore, 27,3 pour 100. »
Dans les écoles de New-York, « sur 842 enfants audessous de onze ans, 51, c'est-à-dire 6 pour 100, ont été atteints de saignement de nez. »
D'autre part, lé docteur Guillaume a observé dans les classes du collège municipal de Neuchâtel, sur 731 élèves, 296 cas de mal de tête fréquent et 155 cas de saignement de nez habituel.
Goitre scolaire. — Le docteur Guillaume, de Neuchâtel, a étudié avec soin cette maladie, qui, sans aucun rapport avecle goitre endémique, serait caractérisée par un engorgement passif de la glande thyroïde, dû à la mauvaise position de l'enfant pendant le travail. Cette position déterminerait la courbure forcée en avant des vertèbres cervicales, une compression sur les vaisseaux du cou, enfin la congestion et l'hypertrophie de la glande.
Le gros cou serait fréquent dans les écoles de Neuchâtel. L'auteur dit à ce sujet : a Sur 731 élèves du collège municipal de Neuchâtel, dont 350 garçons et 381 tilles, j'ai trouvé le goitre scolaire nettement développé sur 169 garçons et 245 filles, c'est-à-dire que plus de la moitié des élèves étaient atteints à des
degrés plus ou moins légers '. » L'observateur ajoute que le goitre scolaire disparait ou diminue pendant les vacances d'été 2.
Bien que l'attention ait été attirée sur ce sujet par les travaux du médecin de Neuchâtel, cette maladie n'a point été observée dans les écoles des Étals-Unis. « / hâve not met ivith cases of goitej;, » dit l'auteur d'un intéressant travail sur les maladies des enfants dans les écoles de New- York ;;.
Nous ne sachions pas qu'elle ait été observée davantage dans les écoles de notre pays. A cet égard, l'expérience d'un très-grand nombre de nos confrères confirme complètement nos recherches personnelles.
Vircbow n'a point constaté le fait; mais il indique la nécessité de porter l'attention sur un point où l'observation est si simple et si facile.
Dans son rapport sur l'hygiène des écoles, rédigé à la