‹ Hygiène scolaireChapitre 99 sur 106 · Docteur Guillaume, op. cit · texte numérisé non relu

Docteur Guillaume, op. cit

2. Ce fait n'est peut-être pas aussi démonstratif qu'il paraît l'être au premier abord. Car dans le cas où il s'agit d'un goitre du à l'usage de certaines eaux, le changement de place, et par conséquent d'eau, produirait le même résultat signalé ici à l'appui de cette nouvelle espèce de goitre appelé scolaire, en raison de son origine spéciale. Grisolle raconte , d'après le docteur Coindet, « l'histoire d'un régiment, composé de jeunes soldats, qui furent presque tous atteints d'une tuméfaction considérable du corps thyroïde, peu de temps après leur arrivée à Genève, où ils buvaient de l'eau d'une même pompe ; ils changèrent d'habitation et de boisson, et le corps thyroïde reprit promptement ses dimensions ordinaires. »

3. Docteur Peter von Petershausen, Diseases of school children. Schmidt, New-York, 1873.

suite d'une mission que lui avait confiée le ministre de l'instruction publique de Prusse, le docteur Virv chow s'exprimait ainsi à ce sujet: -

« 11 faut bien le dire, les données du docteur Guillaume sont encore isolées, et je doute qu'elles soient adoptées par la généralité des médecins. Il est vrai, cependant, que le sexe féminin surtout et le jeune âge prédisposent au goitre, et que la dilatation des vaisseaux du cou peut favoriser le développement de cette maladie.

» Ce point mérite un examen plus approfondi, examen assez facile à faire, et dont on peut espérer des résultats assez précis, puisque le mal en question a une certaine durée et que l'organe qui souffre est immédiatement accessible à la vue '. »

Phthisie. — Une maladie qui frappe et décime chaque année la population , dans une proportion si élevée, ne pouvait manquer d'être mise dans une certaine mesure sur le compte des conditions défavorables que rencontrent les enfants dans certaines écoles.

Des chiffres, on n'en peut donner; des preuves, on serait fort embarrassé d'en fournir de précises. Le mal éclate parfois loin du moment où il a pris naissance. On est donc réduit à dire que la vie sédentaire, l'absence ou l'insuffisance d'exercice, la respiration d'un air humide, vicié par l'encombrement, altéré par un mode défectueux de chauffage, en un mot, que de mauvaises conditions hygiéniques favorisent réclusion

1. Virchow. Hygiène des écoles, traduction du docteur E. Decaisne. Paris, Baillièrc, 1869.

ou le développement de cette terrible maladie. C'est on renversant les termes de cette observation, incontestable dans sa généralité, proclamer l'importance et Tefficacité de l'hygiène comme un des plus sûrs préservatifs de la phthisie pulmonaire, proposition également vraie, qu'on rapplique à l'école ou à tout autre milieu.

Espérons qu'avec les progrès de l'hygiène dans nos établissements scolaires il ne nous sera plus fourni l'occasion de vérifier quelle part les conditions défectueuses que présentaient certaines écoles publiques auraient pu avoir dans cette influence.

Scrofule. — Nous avons parlé plus d'une fois de celte maladie dans le cours de cet ouvrage; il est incontestable qu'un grand nombre d'écoles, situées dans des locaux manifestement insalubres, bas, humides, obscurs, mal aérés, ont pu, si elles ne les ont créées de toutes pièces, singulièrement favoriser le développement, chez les enfants, des manifestations scrofuleuses.

[ci, l'iiillucncc est plus évidente, la démonstration plus facile, et pourtant on verra tout à l'heure que, l'école ne pouvant jamais être qu'un des facteurs de ce résultat^ ce serait une erreur et une injustice que de ne point faire la recherche et la part des autres causes capables de concourir à la production de la maladie.

Maladies contagieuses. — La définition restrictive que nous avons donnée des maladies scolaires ne permet pas d'y faire rentrer les maladies contagieuses : lièvres éruptives, etc.

Si le milieu dont il s'agit est favorable à la propa-

gation de ces maladies; parce qu'il réunit un grand nombre d'enfants à l'âge où ces affections sont fréquentes, l'école ne peut devenir un foyer de contagion que par l'inobservation des règlement, par une coupable négligence dans l'exécution des prescriptions élémentaires de l'hygiène.

La surveillance médicale est à cet égard une garantie indispensable à la sécurité des enfants, et la seule capable de décharger la responsabilité de l'administration.

Faiblesse de la vessie et paresse intestinale. — On a encore mentionné, parmi les maladies des écoliers, la faiblesse de la vessie, la rétention ou l'incontinence d'urine, et la paresse du tube digestif. Plus les classes sont longues, les pauses rares, plus on observe ces affections. « Quatre écoles, dans le voisinage de New- York, ont présenté, sur un chiffre de 862 élèves, 83 enfants, ou près de 10 pour 100, atteints de faiblesse de la vessie à différents degrés ». »

L'absence d'appétit et la constipation tiennent à des causes du même ordre.

Une division du temps convenablement faite, des classes courtes, des intervalles de repos, pendant lesquels les enfants peuvent satisfaire leurs besoins et prendre un exercice nécessaire, préviennent ces altérations de la santé.

Ici, est-il besoin de rappeler la nécessité absolue de la surveillance du maître sur les sorties, sur les allées et venues 'des élèves, sur leurs attitudes? Si

1. Lecture on diseases of School children. Schmidt, New-York,

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le Règlement établit à cet égard les indications les plus générales et les prescriptions les plus élémentaires, on ne saurait trop répéter aux maîtres qu'ils sont les gardiens de la santé et de la moralité des élèves, dans tous les instants de leur séjour à l'école, ei dans tous les détails de leur conduite et de leurs actions : grande responsabilité qui commande une incessante attention et une vigilance sans trêve !

Avec une hygiène bonne ou mauvaise dans l'école, on diminue ou l'on grossit la liste des maladies qui y -ont fréquemment observées. Le devoir de l'administration et la nécessité d'une inspection médicale sérieuse peuvent-ils être plus manifestement proclamés?

Nous l'avons dit, les indications qui précèdent sur les maladies scolaires ne peuvent avoir d'autre objet que d'appeler l'attention sur un sujet aussi intéressant que peu étudié jusqu'ici.

La plus grande reconnaissance est due aux hommes qui ont patiemment recueilli ces premières statistiques des maladies observées dans les écoles, et qui, par là, ont éclairé la voie. De nouvelles recherches sont indispensables pour compléter le travail qu'ils ont commencé, et pour arriver à déterminer exactement l'influence de l'école sur la santé des enfants.

Prendre note des maladies observées chaque mois dans une école, n'est point un travail à dédaigner, et ce serait une étrange erreur de croire «qu'il n'y ait là qu'une besogne mécanique et sans intérêt.

On pourrait rappeler que la même objection a -été faite autrefois à l'introduction de la statistique *lans les hôpitaux, et que les résultats obtenus ont con-

vaincu plus d'un de ceux qui niaient alors l'efficacité de ce précieux moyen de comparaison et d'instruction.

Mais qu'on se détrompe.

La tâche n'est ni si ingrate qu'on la suppose, ni si facile qu'on l'imagine.

Une seule observation suffira à le démontrer, et à prouver qu'elle n'est de nature à rebuter personne, et qu'elle peut tenter toutes les intelligences.

La part des influences étrangères à l'école. —

On ne saurait, à propos des maladies observées chez les enfants qui fréquentent les écoles, oublier que les élèves n'y vivent que 6 heures sur 24? La question de la part à faire à l'influence spéciale de l'école n'est donc pas aussi simple qu'elle en a l'air.

Au lycée, dans un internat, la chose est plus facile. L'élève appartient à la maison, qu'il quitte à peine. A part l'influence héréditaire, et les conditions spéciales d'organisation, à part l'idiosyncrasie du sujet, l'action du milieu s'exerce seule. On pourra donc plus aisément imputer à la vie nouvelle imposée à l'enfant les modifications de sa santé : la responsabilité est incontestablement mieux définie quand elle est sans partage.

Il n'en est plus de même dans l'école. Pour reconnaître la part d'influence exercée par ce milieu, il faut la dégager de tout un ensemble de causes concomitantes ou concourantes. Ainsi on doit tenir compte de l'influence de la maison où l'enfant vit avant et après le temps qu'il passe à l'école, des conditions hygiéniques où il se trouve chez ses parents, de l'air qu'il y respire, de sa nourriture si souvent malsaine, mal choisie, mal réglée, excessive ou insuffisante; de la

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chambre étroite où il couche,, et enfin de l'absence trop fréquente de ces soins de propreté, et de ce défaut d'hygiène qui préparent la maladie, dont l'école, on le voit, est loin d'être seule à fournir les éléments.

Il faut d'autant plus insister sur ces conditions défavorables où vit l'enfant chez ses parents, que l'on y trouve une nouvelle raison, et des plus urgentes, d'améliorer son bien-être dans l'école. Plus l'hygiène est en défaut dans la famille, plus elle doit être en honneur dans l'école, ou bien celle-ci ne ferait qu'aggraver encore une situation déjà trop préjudiciable à la santé et «à la vigueur de l'écolier. Il faut au contraire que l'élève trouve dans la bonne direction physique comme dans l'heureuse influence morale de l'école une sorte de compensation, de réparation des défauts ou de l'insuffisance de l'hygiène ou de l'éducation dans la famille. Celle-ci, loin de pouvoir s'autoriser de l'imperfection de nos établissements scolaires pour légitimer une coupable négligence, doit y voir des modèles aussi parfaits que possible, pour l'éducation physique comme pour l'éducation morale de l'enfance. C'est ainsi qu'en s'attachant a donner une bonne direction aux élèves, on réformera du même coup les habitudes d'une grande partie de la population, par l'autorité et par la contagion du bon exemple, et que l'école étendra ses bienfaits à ceux mêmes qui n'ont pu prendre place sur ses bancs, et profiter de ses leçons !

Faire la part entre ces diverses influences n'est pas chose aisée, et il ne nous paraît pas que jusqu'à présent, dans l'organisation du service médical de nos écoles, on ait compris l'importance de la solution de

ce problème intéressant, difficile, mais non insoluble. Tout est à peu près à faire à ce sujet, et d'abord il faut établir une statistique bien exacte des maladies observées chez ces nombreux enfants qui peuplent chaque année nos établissements scolaires; il appartiendra alors aux hygiénistes de rechercher la part d'influence qui revient à l'école * dans leur production, et de faire profiter l'hygiène scolaire d'une notion indispensable à son utile direction.

Moyens pratiques de réaliser cette enquête. —

Pour obtenir ces résultats, que faut- il?

Le personnel médical des écoles existe, au moins à Paris et dans quelques grandes villes. Il serait facile de régulariser et d'étendre partout cette organisation. L'administration n'a qu'à consulter des hommes dont le savoir et le dévouement lui sont connus, et à leur indiquer la nature des renseignements qu'elle désire 'obtenir; elle verra avec quel empressement ils accompliront leur mission, le jour où l'on aura remplacé une visite trop souvent sans intérêt, parce qu'elle est sans caractère précis, par une enquête aussi fructueuse qu'intéressante, quand les éléments en auront été bien arrêtés.

Ajoutons, à l'appui de notre proposition, que dans notre pays un régime uniforme dans toutes les écoles les rend facilement comparables entre elles; que la

•I. L'action de l'école elle-même doit être étudiée dans ses différentes parties; elle est complexe, comme cette étude l'a démontré, et l'hygiéniste seul est apte à porter un jugement certain sur les nombreuses questions que soulève ce sujet.

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