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CHAPITRE V

Le Mobilier scolaire.

Le mobilier scolaire doit faire, pour l’hygiéniste et le médecin, l’objet d’une étude spéciale. Autrefois seul le constructeur s’intéressait à la table ou au banc et les fabriquait empiriquement. Aujourd’hui, le médecin doit intervenir scientifiquement et exiger que la table scolaire réponde aux besoins physiologiques des écoliers. C’est que, de ce mobilier peut dépendre l’avenir physique de l’élève.

L’enfant à l’école primaire reste pendant six heures sur le banc de la classe et dans les écoles supérieures et dans les internats, ce temps est encore plus long.

Il .contractera des habitudes mauvaises qui pourraient plus tard devenir de véritables infirmités si le matériel n’est pas approprié à ses besoins.

Méfaits de l’ancien mobilier scolaire. — Ils sont nombreux les méfaits dont on a chargé l’ancien mobiliei de nos écoles et à vrai dire la plupart ne sont pas exagérés. La scoliose et la myopie sont surtout les deux affections qu’il occasionne.

L’ancienne table scolaire à places multiples était trop longue et permettait l’entassement des élèves.

Ceux-ci serrés les uns contre les autres n’avaient pas la place suffisante pour écrire.

Ajoutons à cela que le bord antérieur du banc était éloigné de l’arête postérieure du pupitre d’une distance variable atteignant quelquefois o,25 cent. Cet éloignement forçait l’enfant à s’asseoir sur l’arête du banc, le corps penché en avant. Il en résultait une courbure dorsale avec refoulement des organes abdominaux qui gênait la circulation et nuisait au travail cérébral. Plus l’enfant était petit, plus il était obligé de s’incliner.

De plus, l'élève, en penchant son corps en avant, comprimait son thorax contre le bord du pupitre ce qui entravait la liberté des mouvements respiratoires.

La position assise sur l’arête du banc était aussi fort pénible par suite de la compression des cuisses, et l’enfant cherchait à y remédier en changeant sans cesse de position.

La différence, c’est ainsi que depuis Fahrner (i) on appelle le rapport vertical qui existe entre le bord inférieur de l’arête du pupitre et le dessus du siège* était rarement exacte. Elle ne coïncidait pas à la différence normale qui est égale, comme nous le verrons, à la longueur qui va de l’olécrane descendant le long du corps au siège.

Cette différence inexacte amenait le siège trop haut ou la table trop basse et réciproquement.

L ancien mobilier n avait pas de dossier et ce manque d appui était tort pénible à l’écolier. Nous nous souvenons que nous y avons souvent suppléé en appuyant le dos sur la table située derrière nous lorsque cela nous était possible.

(1) Fahrner, p, i5i..

HYGIÈNE SCOLAIKE

Dans l’ancienne table, l’enfant était obligé d’avoir les pieds à terre, ce qui l’exposait au refroidissement ; ou quand il y avait une barre transversale, son peu de largeur ne donnait pas aux pieds l’appui nécessaire. Enfin toutes ces tables étaient généralement trop basses. Les attitudes vicieuses dans la position assise deviennent promptement habituelles et sont la cause la plus fréquente de la scoliose. «

Tous les auteurs qui ont étudié la question ont considéré la .scoliose des adolescents comme le résultat des attitudes vicieuses et la conséquence fréquente du matériel défectueux de l’école.

« Sur 200 écoliers examinés par Schenk, écrit Redard, (i)au moyen d’un appareil très précis, pendant l’attitude assise en écrivant, 160 présentaient une déviation totale à convexité gauche, 3a une courbure dorsale à convexité droite, 6 ne présentaient aucune courbure dorsale. Chez tous, sauf chez 38, le bassin n’était pas parallèle au bord de la table , mais situé obliquement.

Ces attitudes vicieuses tiennent à la défectuosité des tables d’écoles, mal proportionnées à la taille des sujets, et dont les sièges trop éloignés des pupitres ne permettent l’écriture que dans la position assise antérieure, la tête et le corps penchés en avant, le tronc placé obliquement. »

La cyphose ou dos rond est produite par un mécanisme semblable lorsque l’enfant, avec une table trop basse, appuie ses deux coudes sur le pupitre pour soutenir sa tête.

(1) Redard, p. a56.

(if

A côté de la scoliose, le mobilier défectueux provoque et entraîne facilement la myopie.

L’enfant, penchant son corps et sa tête en avant, rapproche ses yeux du livre et du cahier et accommode son œil à la vision de près.

« Les variations et les excès de la convergence, le surmenage des muscles obliques, la congestion des membranes oculaires profondes, la diminution de la résistance du fond de l’œil, la dilatation antéro-postérieure de l’œil, produisent la myopie axile.

La résultante de cette dilatation de l’œil n’est pas seulement la vision confuse à distance et l’exclusion de tontes les professions où l’acuité visuelle est exigée ; elle est encore la disparition de l’acuité visuelle physiologique de la race. » (Dr Rolland).

L’ancien mobilier est donc condamné et il ne trouve plus nulle part de défenseurs.

Nous allons examiner maintenant les désiderata physiologiques que le médecin est en droit d’exiger de la table et du banc scolaire.

« Tout ce qui, dans l’arrangement du mobilier de la classe, écrit Riant, peut influer sur l’amplitude des diamètres de la poitrine, la rectitude de la taille, la conservation de la vue, la moralité des enfants, nous

parait d une indiscutable importance et d’une réalisation urgente (i). »

Le mobilier scolaire rationnel doit être la résultante e a collaboration effective du médecin qui connaît les besoins physiologiques de l’écolier elles lois de sa croissance, de l’instituteur qui en apprécie les qualités pra-

(0 Hianl, I, p. I74, HYGIÈNE SCOI.AIRE

tiques et de l’architecte chargé d’appliquer dans la construction les données des deux premiers.

Le Dr de Bagnaux en 1878 (i) disait : « Construire une table et un banc tels qu’un enfant puisse s’y asseoir commodément et sans danger pour sa santé afin de lire et d’écrire tour à tour et simultanément pendant la durée d’une classe, cela semble au premier abord une chose bien simple et cependant on peut dire que cette chose n’est encore réalisée nulle part. »

Pour qu’une table et un banc scolaires soient rationnels, il faut qu’ils favorisent la bonne tenue de l’enfant en attitude normale.

Attitude normale de l’écolier. — Dans l’attitude normale, la tête est droite et bien équilibrée sur la colonne vertébrale ; le front est légèrement incliné et les yeux éloignés d’au moins o,35 cent, du livre. Les omoplates sont à la même hauteur; les bras appliqués sur les côtes ne doivent jamais supporter le poids du corps; les coudes, presque horizontaux, ne sont jamais appuyés sur la table. Seules les mains et une partie des avant-bras peuvent y reposer légèrement.

La distance entre la partie antérieure du thorax et l’arête du pupitre assure le libre jeu des mouvements respiratoires. Le tronc est droit, bien d’aplomb, reposant également sur les deux fesses. La colonne vertébrale ne doit pas être contournée.

Les deux tiers des cuisses doivent reposer sur le siège en position bi-fessière.

Les jambes reposent naturellement à angle droit sous les cuisses et les pieds sont bien à plats sur un appui

pieds de largeur suffisante. Pour que l'enfant puisse garder cette attitude normale, il faut que la table et le banc soient appropriés à sa taille et répondent à certaines conditions indispensables.

L’âge ou le développemest intellectuel n’ont rien à voir dans la place que doit occuper l’enfant. On sait combien il y a souvent des différences de taille entre deux enfants du même âge.

La pratique qui consistait à meubler une classe d’après la moyenne présumée de l’âge des enfants, doit être rejetée, car elle donne des résultats désastreux.

De plus les maîtres doivent perdre l’habitude de placer les enfants d’après le rang obtenu dans les compositions.

Bases physiologiques du mobilier rationnel.— Non seulement le mobilier scolaire ne doit pas nuire au développement de l’enfant; mais il doit surtout le favoriser par tous les moyens possibles. Pour arriver à donner à l’enfant la place qui lui convient, il faut connaître sa taille et les différentes mesures de ses organes lorsqu’il est assis. Nous empruntons à M. Cardot qui a mesuré plus de 4ooo enfants parisiens, les données suivantes qui doivent servir de bases aux constructeurs.

Mesures des parties du corps des enfants devant

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