LES TRAVAUX MANUELS
L’enfant naît maladroit, il faut développer son adresse.
Le travail manuel à l’école a un double but : i° développer l’adresse de l’enfant, a0 développer son goût pour le travail manuel. Son but est donc tout à fait éducatif.
Ce sont les Suédois qui les premiers introduisirent, en 1870, le travail manuel (Slôjd) dans les écoles. En 1877, 80 écoles avaient organisé cet enseignement et en 1899, 3.157.
Les maîtres du travail manuel sont formés au séminaire de Maas près de Gothenbourg. L’enseignement y est gratuit et dure six semaines ; il se compose de leçons et de discussions sur le travail manuel pédagogique, sur sa méthode, son système et son histoire.
« Le travail manuel pédagogique revendique sa place dans les écoles comme un facteur de l’éducation générale. Le but ou il tend n’est pas de former des artisans, mais de contribuer au développement physique et moral des élèves en leur enseignant l’ordre, l’attention, la continuité dans le travail, en habituant leurs yeux à voir et leurs mains à travailler, enfin et surtout en cons-
tituant à côté de la gymnastique un contre poids salutaire à la pédagogie purement livresque. » G. Sundbarg. (La Suède).
On ne demande pas à l’enfant une grande somme de travail, mais un soin minutieux et une scrupuleuse exécution.
Ce n’est pas, comme beaucoup semblent le croire, un apprentissage d’un métier que l’on donne à l’enfant. On veut surtout lui enseigner de l’adresse et de l’habileté manuelle. Le rôle éducatif de cet enseignement est de développer chez l’enfant l’esprit d’observation et de lui donner le goût des occupations manuelles.
A Paris, l’organisation du travail manuel a été faite dans les écoles primaires par MM. Jully et Bocheron ; c’est le bois et le fer qu’on y travaille. On commence par donner aux enfants des outils qui ne nécessitent aucune dépense physique, tels la râpe et le rabot; puis au fur et à mesure des instruments nécessitant un plus grand développement de force physique.
Plus les outils seront variés, plus l’élève arrivera à éduquer parfaitement sa main et à lui donner l’adresse nécessaire.
On ne commence les travaux manuels que vers l’âge de io ans.
Toute manipulation doit être dessinée et commentée.
Le travail manuel ne devra jamais engendrer la fatigue.
A la campagne, le travail manuel est remplacé par le jardinage.
Il est aussi enseigné dans les écoles normales, mais pas encore dans les lycées et les collèges.- Un pas a été fait cependant, et M. Liard, dans un rapport adressé au
HYGIÈNE PHYSIQUE
ministre écrit : « Je suis peu touché de la crainte de voir nos lycées et collèges] prendre une légère teinte professionnelle et se rapprocher des écoles à caractère pratique; nous étouffons à l’abri de nos cloisons étanches. Je regarde le travail manuel comme une excellente école et je ne puis me persuader qu’on ne sera pas un homme bien élevé parce qu’on saura dresser une planche ou ajuster une serrure. Enfin il me paraît que le contact de bons ouvriers, de leur respect des choses concrètes, serait un excellent préservatif contre les paradoxes et les quintescenses d'abstraction que produit souvent l’abus de l’éducation intellectuelle. »
M. Mathieu (i) demande que le travail manuel soit inscrit dans les programmes de l’enseignement au même titre que les autres matières. A la condition qu’il ne serve pas à surcharger les programmes, mais à remplacer certaines matières inutiles.
« Pour plusieurs raisons, écrit P. Lacombe, il serait à désirer que le travail manuel entrât dans le régime des écoles à titre d’exercice aussi journalier que le travail mental. Le travail manuel rétablit l’équilibre dans nos nerfs, et donne de la tranquillité physique. Il donne aussi de la confiance en soi et de la sécurité pour l’avenir. »
Les fondateurs des écoles modernes, notamment MM. Demolins et Duhamel, n’ont pas hésité à créer dans leurs établissements des ateliers, forges, menuiseries, tours et à y initier leurs élèves. Nous donnons cijoint un cliché qui nous a été obligeamment prêté par M. Bertier, directeur de l’école des Roches, et qui repré-
(i) Mathieu p. 1 36.
ll^ HYGIÈNE SCOLAIRE
sente les élèves travaillant à la forge ffîg. 5a). Bien plus, ces enfants sont astreints aux travaux des champs, à la récolte des foins, au jardinage.
liai réalité, 1 éducation physique prépare l’enfant admi-
Fig. 52. — Travail de la forge à l’école des Roches.
rablement à la vie. Elle lui donne la force de résistance et surtout la santé. C’est donc le meilleur préservatif de la maladie.