I. TRAVAIL INTELLECTUEL
Le travail intellectuel détermine dans les centres nerveux les mêmes effets que le travail manuel dans les muscles. Le cerveau consomme des éléments organiques, d’où la production de déchets qui doivent être éliminés.
On oppose souvent le travail physique au travail cérébral, et beaucoup de personnes les considèrent comme deux fonctions antagonistes. Ce sont deux ordres d’effets différents qui produisent la même cause sur l’organisme. Certes une promenade ou un jeu au grand air peuvent produire une détente du cerveau, mais le résultat physiologique est le même.
Pendant le travail intellectuel, le cerveau augmente de volume, ainsi que le prouvent les belles expériences de Mosso, Franck, Richet et Gley. Il se congestionne par un afflux de sang de nature reflexe. Cette poussée congestive, ainsi que l’a montré Gley, ne tient pas à des phénomènes de suractivité du cœur sous l’influence de la pensée ; mais à une vaso-dilatation active purement reflexe. De plus, l’afflux sanguin se produit, non
au début du travail cérébral, mais peu à près ; d’où il s’ensuit qu’il n’est pas la cause du travail intellectuel, niais seulement sa conséquence.
Un calcul mental fait augmenter d’amplitude la pulsation de l’artère carotide.
Il résulte des observations de divers auteurs que les perceptions inconscientes, comme les perceptions conscientes, peuvent produire le môme effet : un afflux de sang au cerveau. Binet et Henri (i), en étudiant l’effet de la surprise sur le pouls de l’avant-bras, ont constaté que la modification du pouls ne se produisait que deux secondes après le choc de surprise. Ges auteurs, résumant les travaux sur l’influence du travail intellectuel sur le cœur, la respiration et la circulation capillaire, arrivent à ces conclusions :
i° Un effet intellectuel énergique et court produit une excitation des fonctions : vaso-constriction, accélération du cœur et de la respiration, suivies par un ralentissement très léger de ces fonctions avec chez certains sujets émoussement du dicrotisme.
2° Un travail intellectuel d’une durée de plusieurs heures avec immobilité relative du corps produit le ralentissement du cœur et une diminution de la circulation capillaire périphérique.
La pression du sang se trouve aussi augmentée lorsque les facultés intellectuelles agissent.
Un calcul mental élève la pression de 2omm de mercure ; et un travail physique de 3ora,n.
Le travail intellectuel semble aussi augmenter la température du corps.
(i) Binet et Henri I p. 82 et g8
HYGIÈNE INTELLECTUELLE
Il accélère la respiration. D’après les recherches de Binet et Henri, l’expiration et la pause qui suit l’expiration deviennent plus courtes et la respiration en est rendue plus superficielle.
L’activité cérébrale augmente les produits de désassimilation. Liebermeister a[montré que, pendantle chant ou la lecture, la quantité d’acide carbonique dégagée augmentait sensiblement.
Speck, cité par Binet et Henri, a trouvé que pendant une minute la quantité d’oxygène absorbée et d’acide carbonique dégagée étaient :
oxygène absorbé COs dégagé à l’état de repos o,456 gr. o.553
pendant le travail cérébral 0,507 Sr- o,583
que par conséquent, pendant le travail intellectuel, l’enfant absorbait plus d’oxygène et élimimait plus d’acide carbonique que pendant le repos.
Les urines sont aussi plus abondantes avec plus grande déperdition de phosphore.
D’après Mairet, qui a recherché les variations de l’azote et de l’acide phosphorique dans l’urine, à la suite du travail intellectuel et du travail musculaire, chez des sujets soumis à un régime alimentaire invariable, le travail intellectuel amène dans l’urine une diminution de l’azote et de l’acide phosphorique, tandis qu’au contraire le travail musculaire augmente l’azote et l’acide phosphorique.
Binet qui a fait peser les élèves de l’école normale de Versailles en mai et en juillet, c’est-à-dire avant et après les examens, a trouvé que sur 21 élèves : douze avaient diminué de poids, trois étaient restés stationnaires et six seulement avaient augmenté.
l8ü HYGIÈNE SCOLAIRE
Le travail cérébral, surtout s’il est prolongé, produit donc une usure considérable que l’enfant doit pouvoir réparer, car l’excitation trop longtemps soutenue des facultés intellectuelles réagit sur toute les fonctions de l'économie et en trouble l’harmonie.
L’enfant, pour pouvoir répondre aux exigences de l’enseignement, a non seulement besoin de réparer ses facultés par un sommeil calme et prolongé, mais aussi par un séjour au grand air qui doit être en rapport avec les exigences de son développement physique.
Il est bien certain que pour l’enfant de l’école de campagne ces besoins seront moins accentués. Mais pour l’enfant de la ville, élevé dans des milieux à air raréfié, pour les internes de nos lycées et de nos écoles normales, les exigences de l’hygiène intellectuelle seront plus pressantes si l’on ne veut pas produire une race dégénérée au point de vue physique et nerveux.
§11. — VALEUR DU TRAVAIL INTELLECTUEL AUX DIFFÉRENTES HEURES DE LA JOURNEE
Les expériences faites pour juger de la valeur du travail intellectuel aux différentes heures de la journée, montrent d’une façon évidente que le travail du matin, arrivant après le sommeil réparateur de la nuit, est beaucoup plus actif et plus productif que celui du reste de la journée.
Cependant certains enfants ont besoin d’une mise en train, et ce n’est qu’après quelque temps de travail qu’ils reprennent possession d’eux-mêmes et qu’ils peuvent employer utilement leurs facultés.
HYGIÈNE INTELLECTUELLE
L’attention, cette faculté si mobile chez l’enfant, est beaucoup plus éveillée pendant les classes du matin. Tous les observateurs sont d’accord et l’expérience des professeurs corroborent ces données.
Nous ne pouvons rappeler ici toutes les expériences faites sur ce sujet. Celles de Friedrich, rapportées dans l’ouvrage de Burgerstein et Netolitzky (i), démontrent par la méthode des dictées que l’enfant fait beaucoup plus de fautes l’après-midi que le matin, et qu’un repos de deux heures entre les classes du matin et celles du soir n’est pas suffisant.
Hôpfner (2), Lœwenthal (3) et Schuyten d’Anvers sont aussi arrivés par des procédés différents à peu près au même lesultat. Ce dernier auteur a continué ses recherches pendant deux ans en notant, pendant la lecture, les signes d inattention : attitude du corps, position de la tête, direction du regard.
Schmid Monnard de Halle (4), comparant entre eux les enfants qui suivent les écoles moyennes avec classes de 1 après-midi et ceux ou toutes les classes sont réunies dans la matinée, trouve une différence notable de morbidité. La morbidité augmente plus dans les écoles avec classes l’après-midi. Voici le tableau qu’il en donne (éleves de 9 a 12 ans) morbidité pour °/0 :
Garçons
Filles
sans classe dans l’après-midi i3 à a5 21 à 4o
avec classes
2 fi à 37 3o à 45
(1) Burgerstein et Netolitzky p. 557.
(2) Hôpfner 6e vol. p. igi.
(3) Lœwenthal p. 20.
(4) Schmid Monnard i0e vol. p. Gia.
HYGIÈNE SCOLAIUE
et cette différence de santé ne tient pas à un travail moindre, puisque les enfants qui n’ont classes que le matin ont autant d’heures de travail dans la journée. Mais cela tient à une meilleure répartition des heures de travail.