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VI — MESURE DE LA FATIGUE INTELLECTUELLE CHEZ LES ENFANTS

Les observateurs ont cherché par divers procédés à déterminer la fatigue chez les écoliers. Ces méthodes sont fort différentes selon les auteurs ; elles sont ou physiologiques ou pédagogiques. Les méthodes de physiologie pure sont au nombre de deux : l’esthésiométrie et l’ergographie.

L’esthésiométrie ou méthode de la sensibilité tactile est celle employée par Griesbach ; elle est basée sur ce principe que lorsque, avec les deux pointes écartées d’un compas, on touche la peau, pour qu’un sujet sente deux

(i) Dr Maurice de Fleury II p. 1 85.

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contacts, il faut un certain intervalleentre les deux pointes, sinon il ne perçoit qu’un seul contact. Cet écart limite

s’appelle seuil de la sensibilité.

Griesbach a choisi pour les déterminations du seuil six endroits : le front, le bout du nez, la lèvre inférieure, la pommette, la pulpe du pouce et la pulpe de l’index. Le sujet examiné doit fortement concentrer son attention sur la sensation tactile perçue, et s’il est fatigué, il peut d’autant moins concentrer son attention que la fatigue est plus grande.

Yannod a repris ces expériences sur une trentaine d’élèves et est arrivé au meme résultat que Griesbach.

La méthode ergographique de Mosso est basée sur l’étude de la contractibilité des fléchisseurs des doigts, enregistrée avec l’ergographe. La puissance de travail des muscles faiblit parallèlement avec le fléchissement de l’effort cérébral. A la fatigue intellectuelle correspond un degré corrélatif de fatigue musculaire. Nous n’insisterons pas sur cette méthode qui, applicable chez les adultes, ne peut donner de résultats certains chez les enfants par suite des fraudes qu’ils peuvent faire intervenir et qui donnent des résultats erronés.

Les méthodes pédagogiques, reposant sur l’expérimentation directe appliquée au travail intellectuel lui-même, à sa qualité et à la difficulté plus ou moins grande de son exécution, sont certainement meilleures.

Sikorsky a le premier employé la méthode des dictées. Il faisait faire aux élèves deux dictées de un quart d’heure, une le matin avant la classe, une seconde à la fin des classes du soir. Cette méthode fut reprise par Hôpfner avec succès.

Burgerstein (i), trouvant la dictée insuffisante, a employé la méthode des calculs. Il donnait à l’enfant à faire des additions de nombres de 20 chiffres et des multiplications d’un nombre de vingt chiffres par un nombre d’un chiffre compris entre 2 et 6.

Laser en Allemagne et Holmes en Amérique ont repris et poursuivi ces recherches,

Ce que nous reprochons à ces expériences, c’est qu’elles neprésentent aucun intérêt pour l’enfant et qu’à la fatigue s’ajoute l’ennui et par conséquent l’inattention de plus en plus grande.

Ebbinghaus à Breslau, chargé d’une enquête sur la fatigue intellectuelle des écoliers, dans les diflérents établissements de la ville, employa 3 méthodes : celle des calculs, celle de la mémoire des chiffres et la méthode des combinaisons.

La méthode des calculs consistait à faire exécuter, pendant 10 minutes après chaque classe, des additions et des multiplications ; on comptait ensuite le nombre de chiffres calculés et le nombre d’erreurs.

Pour la mémoire des chiffres, Ebbinghaus employait le procédé suivant : il faisait dire devant une classe une série de 6 à 10 chiffres, en prononçant les chiffres avec une vitesse constante d’une 1/2 seconde par chiflreet les élèves devaient écrire ensuite la série de mémoire ; on comptait ensuite les fautes.

La méthode des combinaisons est un peu plus compliquée. On donne aux élèves un texte imprimé dans lequel certains mots manquent ou sont inachevés ; l’enfant doit compléter le texte selon le sens de la phrase, les oublis, les erreurs sont appréciés ensuite et notés.

(1) Burgerstein II.

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L’auteur arrive à ce résultat que le nombre de fautes augmente avec la durée du travail intellectuel et que les jeunes élèves se fatiguent plus vite que les plus âgés.

De toutes les observations recueillies sur la question de la fatigue intellectuelle, on peut conclure avec Mathieu et Roux(i) : « Dans tout travail intellectuel prolongé, on peut distinguer deux périodes : Tout d'abord une période de mise en train où le travail devient de plus en plus facile, où l’attention devient déplus en plus sérieuse, où les fonctions intellectuelles s’accomplissent mieux ; puis dans une seconde période arrivant plus ou moins tôt suivant la difficulté du sujet traité, la fatigue apparaît et croît rapidement. »

Certainement toutes, ces recherches sont encore très rudimentaires, et il nous paraît bien difficile d’en tirer des conclusions absolues. Mais elles ont toutes un grave défaut, c’est qu’elles font appel à l’attention volontaire de l’enfant et que celui-ci, par suite du peu d’intérêt des tests, arrive rapidement à ne plus s’en occuper.

M. Malapert (2) conclut que toutes ces recherches et, en particulier, celles fournies par la méthode esthésiométrique qui paraissent les plus exactes, ne nous apprendront rien de décisif tant qu’elles ne nous permettront pas de déterminer de combien un enfant est plus fatigué à un moment qu’à un autre, et tant qu’on n aura pas trouvé quel est l’abaissement du seuil qui nous avertit que la limite est atteinte.

Les manifestations de la fatigue sont toutes individuelles et dépendent de circonstances variables pour chaque écolier, selon ses aptitudes et ses dispositions du

(1) Mathieu et Roux, p. 36.

(2) Yfalanert, p. 83.

moment, ses habitudes, sa méthode de Iravail et l’effort 1 qu’il déploie ou la mollesse dont il fait preuve. La latigue intellectuelle varie aussi, non seulement avec chaque élève, mais encore avec chaque matière et avec chaque maître.

De tout cela, il résulte qu’il n’est pas possible de tirer des conclusions générales pouvant s’adapter à tous les enfants. Chaque élève a son état particulier, ses prédispositions personnelles. 11 ne s’agit pas d’éviter toute fatigue à l’écolier, de lui supprimer l’effort, mais de ne pas arriver à l’excès de fatigue. « Et comme, ajoute M. Malapert, l’école a pour devoir d’apprendre à l’enfant à se fatiguer, à s’entraîner à la fatigue et à y résister. Elle est destinée à lui enseigner, non la mollesse, mais l’effort, et elle doit lui donner l’habitude, non du repos, mais du travail. » Il ne faudrait pas que, par une sensiblerie exagérée, on arrive à voir |partout un travail excessif.

L’école, comme on l’a dit souvent, doit être le modèle de la vie et il y est mal venu celui qui est 'incapable d’effort.

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