‹ Hygiène scolaireChapitre 63 sur 162 · VII. — DU SURMENAGE SCOLAIRE · texte numérisé non relu

VII. — DU SURMENAGE SCOLAIRE

Le surmenage scolaire, sur lequel [en 1886 et 1887 l’Académie de médecine a tant disserlé, est une fatigue pathologique, grave par conséquent.

« La distinction entre la latigue ordinaire et le sur- , ménagé, écrivent Binet et Henri, ne doit pas être recherchée dans des symptômes. pathologiques comme le mal de [tête, car ce symptôme -peut manquer chez certains surmenés et exister chez d’autres qui ne le sont

HYGIÈNE INTELLECTUELLE 1 9 1

pas. Le caractère distinctif du surmenage est dans le mode de réparation de la fatigue. Une fatigue normale est celle qui se répare d’elle-même, sans qu o®i y songe. . . , au contraire, il y surmenage toutes les fois que la fatigue qu’on éprouve exige pour sa réparation des conditions exceptionnelles. »

Ainsi défini, le surmenage véritable ne s’applique qu à une faible catégorie d’enfants, car les mieux doués y échappent et les plus faibles s’en sauvent par paresse ou indolence. Mais s’ensuit-il que, parce que la plupart y échappe, il n’y ait pas un mal grave ? Un système éducatif où l’enfant n’échappe au danger qu’en paressant est un système mauvais. Si le surmenage intellectuel n’existe que pour une petite catégorie d’écoliers, on peut dire qu’il y a malmenage, selon l’heureuse expression de Fayrer, pour la plupart.

M. E. Bocquillon (i) a bien montré l’existence de ce malmenage dans les écoles primaires et ses conséquences au point de vue de l’éducation intellectuelle de l’enfant. Il a longuement insisté sur les abus des devoirs à la maison, chez les maîtres qui veulent faire réussir à l’examen du certificat d’études.

Les accidents graves de surmenage intellectuel ne s’observent pas chez les jeunes élèves, et cependant les classes sont remplies de jeunes neurasthéniques à nutrition ralentie et à troubles dyspeptiques. Ce sont surtout ceux qui approchent des examens et des concours’ qui sont frappés. Le surmenage sévit aussi avec une intensité grave chez les jeunes filles, et nous en avons vu souvent qui, au moment de la puberté, devaient abandonner leurs

( i ) E. Bocquillon I p. 1 3 1 .

HYGIÈNE SCOLAIKK

IÇ)2

études par suite du surmenage, du travail trop intensif auquel elles étaient astreintes. Nous avons dénoncé (i), déjà les abus de l’instruction intensive chez les jeunes fdles, surtout dans les écoles primaires supérieures et les écoles normales ; nous pourrions en rapporter de nombreux exemples qu’il nous a été donné d’observer.

Il semble certain, puisque d’autres mieux doués résistent aux mêmes épreuves sans faiblir, que ce sont surtout les surmenés débiles par prédisposition héréditaire qui sont frappés. Nous pensons, et en cela nous sommes d’accord avec le Dr Mathieu qui a si bien étudié le surmenage, que les victimes du malmenage et du surmenage vont en augmentant, et cela tient sans doute aux abus des programmes trop chargés, aux conséquences fâcheuses de la sédentarité scolaire qui oblige les enfants à une trop grande somme de labeur quotidien, et aussi, disons-le, à l’âprété de la lutte pour la vie où chacun tient à se faire une place le plus rapidement possible.

Les maladies attribuées au surmenage sont nombreuses ; nous n’en signalerons que quelques-unes. La plus fréquente, chez l’enfant qui travaille trop, est l’amaigrissement, accompagné le plus souvent de la perte de son entrain ou de sa gaieté. Puis surviennent des céphalées avec épistaxis, l’anémie, la chlorose chez quelques-uns. Souvent ces enfants sont des dyspeptiques avec troubles digestifs graves, quelquefois dilatation d’estomac et ptose viscérale qui se poursuivent dans l’âge adulte. Mais ce que l’on observe le plus fréquemment, c’est un développement rapide d’une nervosité grave, chez ces enfants déjà prédisposés de par leur (i) Dufestel I in Clin. Inf. 1907 p. 656,

HYGIÈNE INTELLECTUELLE ig3

hérédité. Plus tard ils deviendront de véritables neurasthéniques chez lesquels le travail se fera sans aucun repos et qui seront alors incapables de continuer leurs études.

Telles sont les graves conséquences du surmenage et du malmenage.

Pour éviter les effets du surmenage, M. Bougier (i) propose de fixer une limite d’âge minima pour le concours des grandes écoles. Ce serait certes une excellente mesure que nous ne saurions trop approuver.

Page 1