IX. LES ÉTUDES EN FRANCE
Examinons ce qui se passe en France dans les écoles des différents degrés.
(i) Bougier II p. i/|8.
Ecole maternelle. — Gomme son nom l’indique, cette école devait être dans la pensée de ses fondateurs une ,! véritable garderie d’enfants, qu’il fallait élever et surveiller pendant le travail des parents.
On y prend des enfants de 2 à 6 ans.
Mais en France, on a confié ces écoles à des institutrices munies des mêmes diplômes que leurs collègues des classes primaires et leur organisation n’a pas tardé à être viciée. Ces maîtresses, poussées par un zèle excessif et souvent encouragées par leurs supérieurs, ont transformé cette école en véritables classes primaires.
Heureusement, sous l’heureuse inspiration des inspectrices générales et en particulier de Madame Kergomard, on tend peu à peu à revenir à l’idée primitive. L’école maternelle ne doit apprendre à l’enfant que des choses simples que la vue des objets journaliers leur enseigne.
La maîtresse doit amuser les enfants, et les faire jouer le plus possible au grand air. Il serait à désirer que, surtout pour les enfants les plus petits, on établisse des lits de repos où ils pourraient faire leur sieste l’aprèsmidi. Chaque école maternelle devrait avoir un grand jardin et une pelouse pour jeux.
Ces réformes ne seront pas réalisées tant que le recrutement du personnel des écoles maternelles ne se fera pas d’une façon spéciale.
La classe doit être peu 'nombreuse; la maîtresse doit remplacer la mère auprès de ces petits qui ont tant besoin d’affection.
Dans la classe enfantine, enfants de '6 à 7 ans, on peut commencer à apprendre à lire.
Dans les écoles primaires, l’instruction, si l’on veut
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éviter le malmenage, doit être en rapport avec le développement physique de l’enfant.
En France, l’écolier primaire de 6 à i3 ans a six heures de classes par jour, 3 heures matin et soir ; soit 3o heures par semaine pour tous les âges. Les classes au bout d’une heure et demie sont séparées par un quart d’heure de récréation.
Ces six heures d’immobilité absolue sont beaucoup pour de jeunes enfants et, afin de fixer leur attention, la classe est coupée d’exercices nombreux qui ne doivent pas dépasser 20 minutes chacun. Mais ce qu’il y a de grave et où le malmenage commence, c’est lorsque l’enfant doit exécuter chez lui, en dehors des heures de classes, des devoirs dits à la maison. Ces devoirs sont souvent très nombreux et demandent 2 à 3 heures de travail, surtout dans la classe du certificat d’études. Ils doivent être exécutés sur la table de famille, souvent mal adaptée à cet usage et dans des conditions fort défectueuses d’éclairage. (Bocquillon).
Nous demandons que jusqu’à 10 ans, aucun travail ne soit donné aux enlants en dehors des heures de classes ; c’est le seul moyen d’éviter l’abus.
A Zurich, le nombre d’heures de classes pour les enfants des écoles primaires est ainsi reparti :
ie classe :5 à 20 heures par semaine
4e à 6e classe 24 à 3o heures par semaine 7 et 8e — 27 à 33 - — —
A Fribourg (Suisse), les classes ont par semaine une durée de 25 heures en été et de 3o en hiver.
Dans le canton de Vaud, la durée des classes est de
44 semaines avec 26 heures par semaine pour les classes inférieures et 3i pour les classes supérieures.
Les classes ont lieu tous les jours de la semaine, elles cessent le samedi à midi jusqu’au lundi matin.
A Genève, les écoles sont ouvertes de 7 h. un quart du matin à 1 1 heures et l’après-midi seulement de 1 h. et demie à 3 heures.
En France, il n’y a pas de classe le jeudi et le dimanche.
Dans les écoles supérieures de garçons et de filles et dans les écoles normales, destinées à former les futurs instituteurs, le surmenage existe à l’état chronique.
Dans ces dernières surtout qui sont des internats, on demande à l’enfant un travail presque continuel de 5 heures du matin à 9 heures du soir. Il n’a guère de repos que le dimanche après-midi. Dans les écoles supérieures, nous connaissons des enfants qui ne peuvent se coucher avant 1 1 heures du soir par suite de la quantité de devoirs dont ils sont accablés. Un adulte refuserait d’exécuter un travail aussi considérable.
Dans les lycées et collèges, les classes sont coupées d’heure en heure par une récréation de dix minutes, et l’enfant n’est guère surmené que dans les classes d’examens ou de concours..
Quel remède apporter à ces causes de malmenage ?
« Le premier souci, écrit Mr Mathieu (1), du maître qui trace l’horaire de l’éducation physique et de l’éducation intellectuelle pour les écoliers, doit être avant tout de ménager au séjour au grand air, à l’exercice physique et au repos de la nuit une part suffisante pour que sa
(1) Alb. Mathieu I p. 4a8.
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croissance se fasse normalement et que son corps atteigne un degré moyen de vigueur, de souplesse et d’endurance. L’horaire du travail cérébral sera tracé en seconde ligne et l’éducation intellectuelle devra se contenter de ce que lui laissent les exigences naturelles et légitimes de l’éducation physique. Il est bien évident que cet horaire devra tenir compte non seulement de l’àge des enfants, mais aussi de leur individualité. »
. En réalité ce que les hygiénistes demandent pour le bien de l’enfant, c’est de revenir à la saine doctrine de Platon qui s’occupait d’abord de faire un homme au sens physique et qui ensuite l’ornait en développant ses facultés.
Conclusions. — En résumé, ce qu’avec tous les hygiénistes nous demandons, c’est que l’éducation intellectuelle de l’écolier soit en rapport avec son développement physique.
Le cerveau de l’enfant qui deviendra le cerveau de l’homme naûr, doit peu à peu s’assimiler de nombreuses connaissances. Mais il ne faut pas que cela se fasse trop hâtivement; il est nécessaire que les acquisitions successives soient bien comprises avant d’aborder de nouveaux sujets.
Du reste, comme le dit M. A Croiset (i), « ce qui est plus important que la somme de savoir acquis, c’est la qualité des habitudes intellectuelles données par l’éducation et les conclusions générales auxquelles elle aboutit. »
Nous voudrions que dans les petites classes le même maître fut seul à enseigner les différentes branches du
(0 Croiset I p. 46.
programme. L’élève ne peut que difficilement se plier au changement et le maître ne peut bien connaître ses élèves et apprécier leurs qualités que s’il les a continuellement sous sa direction.
L'efFort du maître doit consister à tenir l’enfant attentif sans provoquer de fatigue. Il doit intéresser ses élèves et leur faire saisir le pourquoi et le comment des choses. Il doit en développant le [besoin naturel de curiosité, arriver à faire désirer à ses auditeurs la suite du cours.
Tyndall raconte dans une page souvent citée, comment il était parvenu à s’élever contre la routine et à mettre en jeu l’initiative personnelle des enfants sur des questions prises en dehors des livres classiques.
Le professeur devra se rappeler qu’il doit préparer des hommes et que la classe doit être l’école de l’énergie. Il cherchera à développer les initiatives individuelles et à provoquer chez les enfants l’effort, ce levier formidable qui leur sera si utile dans la vie.