CHAPITRE PREMIER
Les écoles et classes d’anormaux.
L’éducation et l’instruction des enfants arriérés préoccupent à juste titre nos éducateurs modernes. Dans les classes ordinaires, ces enfants ne peuvent suivre les progrès de leurs camarades et ils sont souvent un obstacle à la bonne tenue et à la discipline.
Déjà Itard au commencement du xix0 siècle, puis Félix Voisin et surtout Séguin, s’étaient préoccupés des enfants arriérés.
Nous ne parlerons pas ici des asiles destinés aux idiots, aux imbéciles, enfants inéducables, pauvres êtres voués toute leur vie au gâtisme.
C’est à Halle en Prusse en i863 que fut créée la première école spéciale pour enfants arriérés.
Depuis l’Allemagne, la Suisse, la Suède et presque tous les pays civilisés imitèrent cet exemple.
Ce n’est qu’en 1904 qu’on décida en France la création de classes de perfectionnement pour les arriérés éducables. Actuellement Bordeaux, Paris et Lyon en possèdent.
A Bordeaux, une commission médicale procéda à 1 examen de tous les enfants des écoles, signalés par les
instituteurs. 5 °/0 environ présentèrent des signes d’arriération plus ou moins accusés.
Un projet de loi, déposé-jpar le Ministre de l’Instruction publique sur le bureau de la Chambre des députés, demande la création de classes de perfectionnement annexées aux écoles élémentaires publiques et d’écoles autonomes de perfectionnement pour les enfants anormaux.
Voici les articles les plus intéressants du projet.
Nous omettons ceux qui ont trait au mode de fonctionnement et aux dispositions budgétaires qui pour nous ne présentent pas d’intérêt.
Article premier. — Sur la demande des communes et des départements peuvent être créées pour les enfants anormaux (arriérés et instables) des deux sexes :
1° Des classes de perfectionnement annexées aux écoles élémentaires publiques.
2° Des écoles autonomes de perfectionnement qui pourront comprendre un demi-pensionnat et un internat.
Les écoles autonomes et les classes annexées sont mises au nombre des établissements d’enseignement, primaire public.
Art. 2. — Les classes annexées recevront les enfants de 6 à 13 ans.
Les écoles autonomes pourront] en outre continuer la scolarité jusqu’à 16 ans, donnant à la fois l’instruction primaire et l’enseignement professionnel.
Les élèves des classes annexées qui, vers 13 ans, 'seront reconnus incapables d’apprendre une profession au dehors, pourront être reçus dans les écoles autonomes.
Les enfants trop gravement atteints pour que leur éducation puisse se faire dans la famille suivront de préférence le régime de l’internat.
LES ÉCOLES ET CLASSES D'ANORMAUX 3û5
Art. 3. — Daus aucune classe de perfectionnement ne seront admis des enfants de sexe différent.
Les écoles autonomes pourront grouper sous une même direction deux sections différentes, l’une de garçons, l’autre de filles.
Art. 11. — Les classes et écoles de perfectionnement seront soumises :
1° A l’inspection exercée dans les conditions prévues par l’article de la loi du 30 octobre -1886. .
2° A une inspection medicale organisée par la commune fondatrice ou le département fondateur. Elle portera sur chacun des enfants qui seront examinés au moins chaque semestre. Les observations seront consignées sur un livret scolaix-e et sanitaire individuel.
Art. 12. — Une Commission, composée d’un inspecteur primaire, d’un directeur ou maître d’une école de perfectionnement et d’un médecin, déterminera quels sont les enfants qui ne peuvent être admis ou maintenus dans les écoles primaires publiques, et pourra autoriser leur admission dans une classe annexée ou dans une école de perfectionnement si l’enseignement ne doit pas leur être donné dans la famille.
Un représentant de la famille sera toujours invité à assister à l’examen de l’enfant.
Art. 13. — Un Comité de patronage sera constitué auprès de chaque école de perfectionnement. Les membres seront nommés par le Ministre de l’Instruction publique après l'avis du Préfet et, si l’établissement est communal, après l’avis du Maire.
Des dames en font nécessairement partie.
Un Conseil d’administration nommé par le Conseil municipal, si l’établissement est communal, ou par le Conseil général, si l’établissement est départemental, sera institué auprès de chaque école de perfectionnement; 1 comprendra toujours un représentant du Ministère de l’Instruction
publique, un représentant du Préfet du département dans lequel est situé l’établissement et au moins un médecin.
Art. 14. — Des décrets et arrêtés, rendus après avis du Conseil supérieur de l’Instruction publique, détermineront la nature du programme d’enseignement et les conditions d’obtention du certificat spécial.
Mais bien que la loi ne fût pas encore votée, Bordeaux» Lyon, Paris et d’autres villes ont établi des classes d’anormaux.
C’est un véritable traitement éducatif qu’on fait subir à l’arriéré.
L’hygiène, le grand air, les promenades, les jeux, la gymnastique, sont les procédés les plus employés pour combattre l’apathie des uns et l’instabilité des autres. L’hydrothérapie et quelquefois aussi l’emploi de médicaments appropriés seront d’utiles adjuvants.
La médication opothérapique a, dans certains cas, favorisé singulièrement le développement cérébral.
Le traitement pédagogique, employé par le maître, sera basé sur les résultats de l’examen médico-psychique.
Instituteur et médecin doivent être, dans ces écoles, des collaborateurs assidus, si l’on veut obtenir de l’écolier le maximum de rendement.
Une classe ne peut comprendre qu’un petit nombre d’élèves, car le maître n’y peut faire d’enseignement collectif. Il doit être doué d’une patience à toute épreuve, car souvent les progrès de ses élèves ne répondront pas à ses efforts, et il ne trouvera sa récompense que dans la satisfaction du devoir qu’il remplit.
La classe devra être située en pleine campagne, au grand air, loin du bruit.
L’enseignement sera aussi simple que possible.
LES ÉCOLES ET CLASSES D’ANORMAUX 3oy
C’est par les sens que ces arriérés arrivent à comprendre. Chaque leçon aura une durée très courte, car il n’est pas possible de fixer longtemps l’attention de l’anormal qui, dès que son cerveau est fatigué, n’écoute plus la leçon.
A Bordeaux le professeur Régis a fait établir deux catégories de classes : une pour les instables et une pour les asthéniques.
C’est en Allemagne, à Halle en i863, comme nous l’avons dit, que fut fondée la première classe d’anormaux.
L’enseignement est donné dans deux établissements différents : les H ilf s s chulen, écoles spéciales, et les Hilfsklassen, classes annexées à une école ordinaire. Ces écoles et ces classes sont destinées, comme leurs noms l’indiquent, à venir eh aide (Hilfs) aux anormaux. On n’y reçoit que les arriérés pédagogiques, à l’exclusion des idiots qui, non éducables, sont relégués dans les asiles.
La sélection s’opère d’une façon très simple.
Le maître dç classe signale au directeur l’enfant qui lui paraît anormal. Cette désignation a lieu dans les deux premières années de la scolarité.
Le directeur informe alors la famille et une enquête est faite. Le médecin scolaire examine l’enfant, recherche les antécédents, les tares pathologiques, les stigmates de dégénérescence; puis l’enfant est mis dans la classe spéciale. (Marillier). (i)
A Berlin, les classes spéciales sont supprimées ; on les a remplacées par des écoles.
(i) E. Marillier Vol. ier sept. 1906.
11 y avait, en 1905, i5.ooo arriérés, répartis dans 660 classes, dans tout l’Ernpire.
En Suisse, l’organisation des écoles d’anormaux varie selon les cantons : à Fribourg, l’instruction des arriérés est obligatoire.
A Genève, les anormaux sont divisés en 3 catégories spéciales : les anormaux, les arriérés et les indisciplinés.
Un médecin est attaché à chaque école spéciale.
L’admission a lieu soit à la demande des parents, soit à la demande du département de l’Instruction publique.
En Suède, la première école fut fondée en 1864 à Skôfde, elle était due à l’initiative privée. En 1898, on comptait 34 écoles d’internes.
Les enfants éducables sont instruits par des femmes, sauf pour la gymnastique et les travaux manuels.
L’enseignement comprend une classe préliminaire qui dure deux ans et qui permet de juger de l’aptitude des écoliers, ensuite trois années de scolarité pendant lesquelles le travail manuel domine.
Ces écoles sont complétées par des ouvroirs qui permettent à l’anormal de gagner sa vie.
On voit que de tous côtés, on s’occupe de ces déshérités et qu’on cherche à leur donner un métier.