PAUPÉRISME ET SOCIALISME
leâ corps désorgamséff. De 'telles nature» aussi faibles et faciles à entraîner, quoique non foncièrement mauvaises, constituent un des plus grands dangers sociaux, surtout dans un pays de suffrage universel ; elles sont aptes à contracter tous les vices et toutes les absurdités, elles forment la base mouvante et vaseuse sur laquelle se fonde alternativement et passagèrement tantôt la révolution démagogique et tantôt la dictature césarienne.
Lé paupérisme apparaît ainsi comme un déchet humain laissé par une organisation sociale encore défectueuse, dont les parties ne sont point parvenues à cet accord et à cette harmonie qui donnent la santé collective.
Ce mal n'est pas nouveau. Rome, avec sa plèbe faite de prolétaires, de réfugiés et de déclassés, en opposition avec les gentes des patriciens où les clients et les esclaves étaient solidement organisés en séries hiérarchiques, nous donne un exemple éclatant du paupérisme, aboutissant par les Gracques, par Marins, par Catilina, au panem et circenses de l'Empire, puis au prétorianisme, à Fintronisation des étrangers, à la décadence et à l'invasion.
De nos joure, nous avons vu que les exemples les plus saisissants de misère sociale, nous sont donnés par les États britanniques, où l'on observe à la fois le paupérisme agricole en Irlande et le paupérisme industriel à Londres et dans les centres manufacturiers.
En France,, grâce à Dieu, nous n'avons pas les mêmes inégalités sociales, le paupérisme agricole est presque nul» nous en possédons l'antidote victorieux dans la petite propriété que la Révolution française a procurée aux paysans ; le paupérisme industriel est limité aux grandes villes, telles que Paris, Lyon, Rouen, Lille, etc.
Tel qu'il est, le mal est encore bien trop grand, et on ne saurait trop s'eiïorcer d'y remédier. Dans quelle tendance faut-il agir?
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Si le paupémme eat uq déchol social qui acc^s^ ua défaut d'harmonie eatre les parties de la cdUectivité, c'est donc que certains élémenls sont restés en arrière du mouvement des autres parties. Il n'est que trop réel, en effet, que parmi notre société si savante, la plupart des travailleurs ne sont que des membres ignorants, et que, dans notre armée industrielle si merveilleusement munie d'engins de production, ils ne sont que des soldats désarmés et indisciplinés.
Au sein d'une société basée sur la division du travail et la concentration des forces productives, qui exige du capital, de la prévoyance et du respect pour les autorités morales, il n'y a pourtant ni capital suffisant, ni prévoyance personnelle, ni respect pour ceux qui seraient en état de suppléer à ces défauts essentiels. II y a ainsi infériorité intellectuelle et morale de l'individu par rapport à un état social trop avancé pour lui et, conséquemment, un manque d'adaptation à une organisation pour lui trop savante et trop compliquée. Plus donc on rai&nerait encore la société, plus on diviserait les fonctions, plus on centraliserait l'industrie avant d'avoir ramené les partieè retardataires au niveau des autres, avant d'avoir comblé, en partie du moins, les lacunes de savoir et d'outillage qui les séparent, plus on verrait croître l'inégalité et s'aggraver le paupérisme.
Il y a donc un véritable contre-sens à prétendre guérir le mal populaire par un développement trop hâtif de la civilisation supérieure, par une complication plu3 savante de l'organisation sociale, par une solution socialiste, en un mot : cs»r socialisme et centralisation sont deux procédés ti:ès connexes.
Oueile sera la forme sociale que nous réservera l'avenir? Nous l'ignorons certainement. Tout ce que l'on peut dire^ c'est que le , socialisme est une forme plus raffinée que l'individualisme, une forme qui exige plus de science, de vertu, de moralité, d'abnégation, plus d'aptitude sociale que n'en
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réclame la forme actuelle, basée sur la famille et la propriété individuelle. Et, pour le moment, ce qu'il existe de paupérisme proteste contre un avancement trop rapide dans cette voie.
La propriété n'est pas un principe absolu, c'est une institution de fait et d'expérience qui nous a été lé^ée par la tradition, à travers bien des modifications successives. De communale, elle est devenue familiale, puis individuelle; nul ne peut dire ce qu'elle deviendra avec le temps. Elle conserve aujourd'hui le caractère individuel parce qu'il n'y a pas, jusqu'ici, de moyen plus convenable pour l'organisation de la responsabilité, la bonne gestion et la conservation des capitaux accumulés. Hais il s'en faut bien que la propriété moderne ait un caractère exclusivement individuel. De ses capitaux, presque tout le monde en a la copossession et la Jouissance : l'État, par l'impôt, les servitudes et les prestations; le travailleur, par l'assurance à forfait de son salaire et, quelquefois, de sa retraite ; l'entrepreneur, le fermier, par le crédit et la location.
Nous vivons presque tous dans des maisons qui ne nous appartiennent pas et dont le propriétaire ne jouit pas luimême: c'est du collectivisme.
Mais ce qui est encore bien plus du collectivisme, c'est le régime de propriété en commun et d'administration collective institué par la Société anonyme, principalement lorsqu'elle s'applique à une entreprise d'intérêt public, telle qu'un chemin de fer. Le chemin de fer appartient à la fois : à l'État ou au département qui le concède, qui accorde de;3 subventions, qui avance des garanties d'intérêt ; à tout un monde d'actionnaires, d'obligataires, de délégataires, qui fournissent les capitaux; et, enfin, aux administrateurs, aux employés, aux ouvriers, qui en tirent le revenu qui les fait vivre ; il n'y a pas d'exemple plus étonnant d'une appropriation collective extrêmement complexe, bien qu'elle respecte, au moins nominalement, la possession individuelle.