‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 9 sur 88 · PAUPÉRISME £T SOCIALISME 2K · texte numérisé non relu

PAUPÉRISME £T SOCIALISME 2K

téisme des propriétaires, soit par ua sysièiae moûstrueux du çonceatrali<Hi des profits manufacturierâ et commerciaux ei^ Angleterre, réussissant à étouffer toute concurrence iodnstrielle de Flrlande, le fait est que l'industrie proprement dite^ est très peu développée dans ce misérable pays ; toute la masse de la population se {trécipite vers la terre. Un chiffre en donnera Tidée. M. Léonce de Lavergne y évaluait à 60 pour 100 la proportion de la population agricole, tandis qu'elle n'est que de 40 pour 100 en France^ de 30 pour 100| en Angleterre, de 12 pour 100 en» Ecosse.

Puisqu'on ne peut vivre qu'à la condition de posséder le sol, on se rue sur les petites fermes ; la concurrence est excessive, et, comme tous les paysans sont à peu près aussi, dépou/vus de ressources les uns que les autres, pressés par le besoin d'obtenir un instrument de travail, c*est-à-dire do subsistance, il ne leur en coûte guère de promettre au locataire principal, au middleman, une rente plus ou moins élevée. On payera, s'il plaît à Dieu, si la récolte est bonne, si le grain n'est pas trop déprécié, si la misère ou la maladie ne vient pas frapper les bras d'impuissance.

On a fait des enquêtes sur ces faits déplorables. « J'ai vu, dit un fonctionnaire, la concurrence aller si loin, qu'un champ que je savais ne rapporter par an que 50 livrer sterling était affermé 2S0 livres. »

<c Quand les mœurs d'un peuple sont telles que son accroissement n'est empêché que par l'impossibilité d'obtenir une nourriture suffisante, dit Stuart Mill, et qu'il n'a pour obtenir cette nourriture d'autre ressource que la terre, les stipulations, les contrats relatifs à la rente n'ont plus qu'une valeur nominale; la concurrence des fermiers les porte à «promettre plus qu'ils ne peuvent payer, et lorsqu'ils ont payé tout ce qu'ils peuvent, ils doivent encore, presque toujours, plus qu'ils n'ont payé. »

Et le secrétaire d'une commission d'enquête ajoute : m Le

1Ê RTGltNE SOCIALE

payàdn peut réduire le montant de sa dette et retarde^ semf éviction; mais ses espérances ne doivent point alfer au ilel9.»'

Ainsi, ne jamais pouvoir remplir ses oMigations, ne jamai» s'aflranèhir de sa dette, qui reste suspendue comme une menace perpétuelle d'expulsion^ ne jamais pouvoir réaliser une épargne, ni constituer un ^tit capital, ni obtenir sa part de propriété, ni acquérir iSà chaumière et son jardiii comme notre paysan français ! Que voulez-vous qu*on fas^ dans ces conditions? On vit dans l'insouciance et l'imprévoyance de la bête, au joilr le jour, à la nuit la nuit;, on se console de sa misère en imposant à sa malheureuse compagne un fardeau tous les ans plus lourd : elle mourait de besoin, elle nourrira de son lait famélique un enfant de plus, qui, fatalement, ira grossir la foule des cultivateurs acharnés à la terre, en diminuant, d'année en année, la quote-part à réclamer dans les fruits du sol appauvri.

Avouez que quand on découvre cette mer- de larmes etd» douleurs, on peut bien se dire qu'il y a mieux à faire pour PAngleterre que d'armer des flottes puissantes pour empêcher la traite des nègres et civiliser les déserts de l'Afrique.

Car, notons-le bien, l'Irlande est féconde, plus encore naturellement que l'Angleterre. Cette verte Erin, la patrie du trèfle, a des millions d'hectares dont Arthur Young, le célèbre agronome, disait : « C'est le plus riche soi que j'aie ja* m&h vu. »

L'Irlandais lui-même est travailleur et sa race prospère partout ailleurs qu'en Irlande.

« Il n'y a pas, dit Stuart Mill, de laboureur qui travaille plus que l'Irlandais, en Angleterre ou en Amérique, mais là il n'est plus cottager... » Il n'est plus le misérable tenander d'une ferme de deux hectares avec une chaumière dont on peut l'expulser tous les ans.

Le mal vient de ce qu'il n'y a en Irlande ni instruction ni capitaux; or, la terre ne vaut que par l'intelligence et le capital qu'on y applique.

PAUPÉRISlfE ET SOCIALISME il

 qttelcfue^ liéues de là, de l'autre côté dti canal Siedhl- (îeôrges, rAngleterre en regorge. M. Léonce de Lavei^pBt« ei^imait à environ 8 milliards de francs ce qu'il faudilodi à rirlande en bestiaux, en instruments, en travaux d'amélioration, en constructions de bâtiments, en chemins d'exploitation, etc.. Huit milliards, c'est une somme! Ce n'est rien pour la riche Angleterre, c'est tout au plus l'emploi de ses épargnes annuelles pendant quatre on cinq années; et quel débouché, quel placement inespéré pour les capitaux nouveaux, qui sont maintenant condamnés ou à se compromettre dans les fonds exotiques ou à languir à 3 0/0 dans les consolidés nationaux.

On assiste donc à ce triste spectacle : d'un côté, des bras et du courage ; de l'autre, des capitaux et de l'intelligence ; les uns et les autres restant des deux parts sans emploi. On constate que les plus précieux éléments de la prospérité humaine sont en présence, il n'y manque que l'étincelle électrique qui devrait en opérer la combinaison.

Vous voyez bien qu'il y a impuissance sociale : c'est là le inot du paupérisme (1) .

. Nous arrivons donc ainsi à la définition du paupérisme.

(1) L'Angleterre s'est À la fin émue de cette situation de l'Irlande qui tournait à la révolution sociale en permanence. Des lois ont été votées -en 1870 et 1872 pour faciliter Pacquisilion de la terre par les tenancrérs Mandais, l'État leur avançant une partie considérable du prix d'acquisition, plus de 50 pour 100. On calculait, en 1881, qu'il avait été aeheté, en vertu de ces lois, 48,953 acres de terre valunt 798,087 livres sterling fur lesquelles l'État avait avancé 477,220 livres, aujourd'hui remboursées fmi 1.081 livres. Le bill récent de M. Gladstone a aussi institué des moyens de réduction légale des fermages exorbitants et des garanties aux tenanciers contre leur éviction. Tous ces moyens restent encore ineffteftces. Lorsque tout un peuple est devenu foncièrement révolutionnaire, à la suite d'une longue série de souffirancea et d'injustices, c'est u» mal profond à l'état chronique, sur lequel les procédés réguliers de l'hygiène sociale n'ont plus qu'une action très lente. Il n'en faut pas moins les frfolonger avec persévérance.

S8 . HYGIÈNS SOCIALE

Le paupérisme ^est Tétat précaire où se trouve réduite une partie de la population» soit par défaut d'curganisation^ soit par paresse ou excès habituel de dé4>ense9 soit par Iut suffisance prolongée de la rémunération du travail. Quelle que soit la cause de sa misère, cette population tombe dans une infirmité sociale, qui la rend incapable, matériellement et moralement, de pourvoir à ses besoins, en dehors de la grossière satisfaction des vices, qui résultent de la misère même, et des strictes nécessités de Falimentation, du vêtement et du logement dans les conditions les plus sordides.

En cet état, les exigences ordinaires et extraordinaires de la vie, pour peu qu'elles aient un caractère éventuel, comme celles qui proviennent des charges et accroissements inévitables de la famille, des troubles occasionnés dans l'industrie par les crises commerciales ou les chômages, des acci-* dents fortuits qui empêchent le travail, et même de l'accident certain qui résulte de l'âge et des infirmités croissantes, sont néanmoins toujours imprévues, sont subies sans prépa* ration et deviennent Toccasion d'un nouvel excès de misère, qui aboutit à la dépopulation ou à la révolte, et qui exige le secours incessant de l'assistance publique ou de la charité privée.

Quand la misère est devenue habituelle, elle engendre une démoralisation qui enlève tout sentiment de responsabilité et de dignité, toute prévoyance, toute énergie du cœur de l'homme et qui le laisse entièrement livré à ses instincts et à ses passions. On observe alors cette combinaison morale singulière d'un ouvrier intelligent, adroit, souvent spirituel, sensible à l'occasion, joyeux et bon garçon; qui, en dehors de son travail, n'est qu'un grand enfant instinctif et impulsif, tout à fait incapable de se maitriser et de résister aux influences qui l'entourent, tout à fait impuissant contre les coups du sort aussi bien que contre les exploitants parasites qui s'attachent infailliblement à tpus

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