‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 13 sur 88 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'épargne et ses diverses formes

Principe et effets de l'épargae. — Diverses formes : l'épargne-travail du paysan, de l'ouvrier, de l'homme d'étude, etc. — L'épargne en numéraire avec emploi mobilier ou immobilier. — L'épargne-placement et répargne à fonds perdu.

« Le principe de l'épargae esl douloureux mais sublime, parce que c'est uoe création de Thomme, une victoire de riiomme sur l'instinct, le triomphe de la volonté sur les désirs et peut-être les besoins... i^

Gela, c'est le côté héroïque de l'épargne et M. François Viganô, l'apôtre dévoué du progrès populaire, l'a ainsi jus tement caractérisé, mais l'épargne a aussi son aspect riant et joyeux, et un esprit charmant qui n'avait rien d'héroïque ni de sévère. Ta montré délicieusement dans une fable qui s'applique à tout le monde.

46 l'épargne

Faut-il citer ici Thistoire de Perrette et du pot au lait ?

Notre laitière ainsi troussée

Comptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employait l'argent : Achetait* un cent d'œuCi, faisait triple couvée; La chose allait à bien par son soin diligent.

Il m'ast, disait-elle, facile D'élever des poulets autour de ma maison ;

Le renard sera bien habile .

S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à ^'engraisser coûtera peu de son ; Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : J^aurai. le revendant, de l'argent bel et bon. Et qui m'empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troapeau I

Chacun songe en veillant; il n'est rien de plus doux. Une flatteuse erreur emporte alors nos Ames, Tout le bien du monde est à nous. ....

Je crois vraiment que le malicieux poète a encore mieux démêlé que Taustère publiciste le secret ressort de l'épargne : c'est l'espérance, la divine espérance, qui vient fortifier la raison, qui nous fait mépriser une jouissance préseule ou un besoin matériel, pour une joie future où s'accumulent toutes les satisfactions différées. Nous quittons la proie pour l'ombre, mais c'est une ombre qui n'est pas vaine et qui tient successivement toutes ses promesses. Toujours est-il, à mon sens, qu'à moins d'agir par pur mécanisme, l'homme qui épargne est celui-là seul qui sait imaginer et qui sacrifie à son rêve. J'en conclus que dans l'organisatioa de Tépargne, il faudra toujours faire la part de rimagination.

L'épargne du travailleur ou de la ménagère, c'est uneffi^rt de plus et une satisfaction immédiate de moins, un filat retranûhé du dîner, une bouteille qui n'est pas bue, un verre de liqueur, un cigare, un ruban, une partie de plaisir ou de théâtre dont on se prive, mais en revanche, quelle perspective

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