DIVERSES SSORUBS DB L'ÉPARGNE <8S
•owrrertit ses épargnes en objets qui lui servent doublemeat, «omn^ agrém^ts de la vie dans. les bons jours, conune vastruments de crédit dans le mom^it du besoin. Il devient (four lui-même, en quelque sorte^ une banque de dépôts et d^épargne, possédant et jouissant dans le premier cas, et dans Je second se procurant de Targent près des montfrde-piété, à peu de frais et sans renoncer à ce qu'il possède; tar tes jttonts-de-piété les plus avares font moins payer que les lianquiers. (M. Viganô a voulu parler des juifs usuriers d'autrefois,) »
Si les observations qui précèdent sont vraies pour l'épargne mobilière, à plus forte raison lé sont-elles' pour l'épargne immobàlière.
Quand il s'agit d'un fonds de culture et d'exploitation, l'utilité est évidente et nous l'avons déjà fait ressortir à pro^ pos de l'épargne-travail. Les avantages de toutes sortes ne sont pas moindres pour les travailleurs urbains, quand ils acquièrent la possession de leur habitation.
GVîSt d'abord, un gros souci de moins, le souci du loyer. Ce terme qui revient tous les trois mois, et qui absorbe quelquefois le tiers du salaire, est une préoccupation incessante; d'autant plus qu'il faut l'amasser longtemps d'avance et le défendre contre les besoins de chaque jour. Aussi quelle sécurité le jour où l'on serait devenu son propre propriétaire, où Ton se serait rédimé de ce pesant impôt du loyer.
Même au prix de sacrifices un peu lourds, ce rac^t est le plus fécond des placements, car la propriété de l'habitation est une source d'épargnes incessantes : c'est d'abord un motif de groupement familial ; le ménage ouvrier qui n'est pas trop chargé d'enfants peut s'entendre avec les vieux parents, ou avec quelque frère ou sœur célibataire pour vivre ensemble plus économiquement; la même cuisine, le même chauffage, le même éclairage, le même meuble, les mêmes livres, le même journal, peuvent servir à un .plus
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grand nombre de personnes à la fois; avec plas de bouches à nourrir on peut faire quelques approvisionnements k meilleur compte, on peut avoir du vin dans sa cave et du combustible au bûcher; s'il y a un petit jardin autour de la maison, la famille peut cultiver quelques légumes, élever des lapins, des poules^ quelquefois même avoir une chèvre ou même un cochon. L'homme trouve aussi quelque coin pour se faire un atelier où il commence à travailler à façoa, en dehors de sa tâche régulière, oii, tout au moins, il peut réparer ses outils. Enfin, du moment où il y a maison possédée et petit groupement de famille, c'est la ménagère qui reste à demeure au foyer, qui s'adonne à la* tâche assidue de l'économie dans la consommation, du bon entretien des personnes, des vêtements et des meubles, et de la bonne éducation des enfants, le tout au grand profit du bien-^tre^ de la force productive et de la moralité.
Ce n'est pas seulement, en effet, par les seuls moyens matériels que la possession de l'habitation confère un avantage sérieux au travailleur ; c'est surtout par le mobile nouveau qu'elle développe en lui. La propriété a un charme qui efface tous les autres plaisirs vulgaires.
« Un ouvrier ivre à Sedan est une singularité, nous raconte M. ÂUdiganne. On y affectionne la vie de famille ; le plaisir préféré consiste dans de.s promenades qui ont un objet tout spécial. Beaucoup d'ouvriers louent sur les anciennes fortifications de la ville un petit jardin dont le prix varie de 10 à iS francs par an; ils s'y rendent tous les dimanches pendant l'été avec leur femme et leurs enfants. On y dîne sur un coin de gazon, et le père ramène le soir sa famille au logis, cent fois plus heureux, cent fois mieux préparé à reprendre son travail le lendemain que s'il avait passé sa journée au cabaret (1). »
. (1) A. Audiganne. Les populations ouvrières et les industries de la France, f Édition. Tome I, page 45 et tome II, page 150.
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Le méaie écrivain nous cite une coutume 'pareille chez les ouvriers tisseurs de Nimes.
« La population laborieuse émigré ce jour là (le dimanche) pour s'en aller sur les collines qui dominent la cité, et où un assez grand nombre de familles ont un pied à terre, une sorte de petite maison de campagne qu'on appelle ma%eU Rarement prises en location, ces modestes villas sont en général un patrimoine héréditaire. Gomme le terrain rocailleux des Garrigues, sauf en quelques rares cantons où la vigne vient assez bien , n'a presque aucune valeur , la possession d'un mazet ne représente pas communément un capital de plus de 1«^0 à 160 francs. Les ouvriers qui n'en possèdent point se réunissent à des parents ou à des voisins plus favorisés de la fortune. Ces chalets languedociens n'étant jamais à plus d'un ou deux kilomètres de la cité , on peut y porter aisément les plus jeunes enfants , et on ne laisse personne derrière soi. — Chaque domaine se compose de quelques mètres de terre et d'un pavillon étroit, bâti à une des extrémités de l'enclos; une table et quelques sièges grossiers forment à peu près tout l'ameublement de ces cases qui n'ont pas besoin de cheminées. A' force de peine on est parvenu à faire pousser sur un sol ingrat quelques oliviers ou amandiers, quelques ceps de vigne, quelques fleurs dont un soleil ardent a bientôt desséché la tige . Disposés en amphithéâtre au-dessus de la ville, les mazets prêtent un aspect animé à des Ueux natu* rellement nus et tristes. Les hommes prennent quelques soins du jardin, puis on s'assied, on se couche sous l'ombre rare de grêles arbustes, ou bien on va sur la route la plus voisine jouer à un jeu qui est une véritable passion dans ce pays, le jeu de boules. Les femmes s'occupent pendant ce temps de soins intérieurs dans la petite maison où la famille doit dîner; puis quand s'élève la brise rafraîchissante du soir, on redescend vers la ville en chantant. »
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^Ge inotinient 4a domatae, d« la propoiM^ipttiCBtiitflHt à fait le même que celui de la liberté, on Je vetnonre i|»eBl«iii ou .fond du cœur de rtiomme, et quand on Tobserve avec i|ildque perspicacité on s'aperçoit bien, à travers les fanfliw hontes et les dissimulations, que sa puissance nM»ale estptut grande que celle de tous les entraînements physiques.
L'ouvrier qui a sa maisonnette et son jardinet est am ouvrier détaché sûrement du cabaret. N'eût-il que quelques mètres de terrain, il y (ait pousser des fleurs et leur doit des sensations et des jouissances qui lui font oublier d'aulrai plaisirs ruineux et abrutissants. « Qui peut dire la toute puissamce de la fleur! » C'est la remarque, non d'un poMe, maïs d'un industriel de Roubaix (1).
ïout cela^ dira-t*on, c'est de la sentimentalité; oui certes, mais la sentimentalité mène, le monde, et encore plus Jes esprits simples et droits des classes laborieuses, que les €sparits raffinés des classes privilégiées. Fournir au pauvse des jouissances de sentiment, c'est faire œuvre méritoire et tant aussi bien prc^table, car il est étonnant, comme dans tout ce domaine du travail, la moralité et le profit mairchent du môme pas que le bonheur. C'est la possession d'une femme honnête, c'est l'union conjugale qui préserve des plaisirs îrréguliers, ruineux pour la bourse et destructifs de toute aptitude au travail; c'est la possession du foyer, l'attrait du chez soi, Ja joie du petit domaine, si on y parvient, ^ui détournent des entraînements de la camaraderie et de l'étourdissement grossier du cabaret; ce sont les enfants 4iui, en venant peupler, la maison et égayer l'intérieur, aidièi^nt de fixer l'homme et la femme, et réussissent à leur 4K>mmuniquer un surcroit de courage, de force et de prévoyance plus que proportionnel au surcroit des besoins.
(1) Voir une intéressante correspondance deRoubaix dans le Temps du 23 juillet 1880.
DIVERSES Fessas »E l'épargne W
.de^DertUft pas que répargDô immobilitee soit 'la srareeds ÈmafOÊ& iMeiifiiits, mais je prétoids qu'elle en est le •plus- 9fcr aiandlttire «t qu'ainsi dans la balance qu'on voadb*ait élafelta!:, par doit et avoir, des sacrifices qu'elle exige et des profils qu'elle iTapporie, il ne £siudrait pas s'en tenir au seul résutat matériel et intrinsèque. On ne doit jamais oublier que te paysan en achetant sa terre un peu cher, achète une came d^épax^ae^ une tirelire où il pourra déposer son travail gêl nature, et que l'ouvrier qui acquiert sa maison d'habitation, même quand il paie un loyer plus cher qu'en location ou en Igami, a sonvent fait une bonne affaire, parce qu'il a acquis un faeteur d'économie surprenant, un préservatif merveillevi 'eonire toute dépense oiseuse ou nuisible. Observons, toute^ tefois que cet effet moral de la petite propriété peut s'affiad*blir avec la transmission. Le jeune homme qui hérite du petit domaine paternel n'y attachera pas le même prix que celui qui en est devenu propriétaire par sa propre épargne; il serait même peut-être souhaitable, au point de vue pure-^ ment moral, que l'accession à la petite propriété fût géné*^
ralement un fait personnel.
Nous passons maintenant aux avantages de l'épargne abstraite.
Us sont loin d'être aussi satisfaisants que ceux de l'épargne* travail, de l'épargne mobilière et de l'épargne immobilière. On ne peut pourtant pas les contester.
L'épargne-placement est la seule ressource de tous les travailleurs infiniment nombreux qui ne peuvent ni s'établir ni entreprendre à leur compte, ni même accroître leur production ou leur revenu professionnel par un perfectionnement de l'outillage. Il faut donc bien qu'il placent leurs économies dans des affaires auxquelles ils sont personnellement étrangers : leur placement régulier est alors la rente nationale, les obligations du Trésor et des grandes villes, les
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ytres communaux et fonciers, les obligations et actions des ^emins de fer et autres grandes entreprises subventbniiées garanties et surveillées par l'État ou les pouroirs publies. £n outre, une partie de leur épargne peut se placer utilement dans l'entreprise même dont ils sont les salariés; ils contractent par là un petit intérêt collectif qui stimule leur dévouement au travail, et de plus ils offrent ainsi à leurs chefs une sorte de cautionnement volontaire qui ne peut être que favorable à leur avancement.
Quant auK travailleurs qui ont la possibilité de s'établir un jour, la conduite normale de leur épargne est différemment indiquée. Il est désirable pour eux que leur placement leur crée une faculté ultérieure de crédit, un droit dassistance pour leur établissement et leur fonctionnement dans leur carrière future de producteur. Ce droit, cette faculté, ils devraient lacquérir par une participation prolongée dans une banque qui puisse ensuite seconder leurs efforts personnels. Cela ne sera possible en France que quand nous posséderons de grandes banques populaires par actions offrant à la fois un sûr placement aux épargnes des travailleurs et un crédit facile à ceux d'entre eux qui le méritent. C'est ainsi que la chose se passe en Ecosse. Les petites épargnes vont aux banques, sous forme de dépôts, dont Tinlérêt ptut être gradué suivant l'importance et la durée des dépôts ; dès qu'elles atteignent un certain chiffre, elles s'emploient en actions des banques elles-mêmes, l'épargne s'émancipe et passe du second rang au premier. ËnQn quand le travailleur a pu ainsi former une réserve suffisante, il la réalise en partie pour s'établir, en mobilise une autre partie par des avances de la banque pour constituer son fonds de roulement et il obtient, en outre, grâce à la connaissance de longue date qu*on a acrjuise de ses habitudes d'ordre et d'économie, les cré lits extraordinaires dont il peut avoir besoin.
Telle est, à notre sens, la vraie moralité de Fépargne-placement pratiquée par le travailleur.