CHAPITRE VIU
l'épargne immobilière
Vente par annuités — Crédit hypothécaire.
La plupart des observations relatives à l'épargne mobilière s'appliquent à l'épargne immobilière.
Le syslôme de la vente à crédit avec facilités de paiement a été appli(|né dès longtemps aiiK immeubles et terrains aussi bien qu'aux meubles. On trouve dans beaucoup de localités des entreprises de morcellement qui spéculent sur le désir général des paysans et des ouvriers demi -paysans de devenir propriétaires, et leur offrent des atermoiements en retenant des garanties hypothécaires. Mais il arrive parfois qu'on exproprie au bout de quel.jues années les malheureux acquéreurs obérés, qui sont alors contraints de laisser à leurs vendeurs le bénéfice des constructions qu'ils avaient péniblement élevées sur leurs parcelles.
Beaucoup de ces entreprises ont ainsi un caractère usuraire qui a bien pu les faire mal considérer et les empêcher de se multiplier comme il aurait été désirable.
Pour suppléer au défaut d'initiative et défendre les travailleurs contre tout abus, bon nombre de chefs de grandes industries, notamment en Alsace, — pénétrés de cette vérité que la propriété d'une habitation saine et agréable est pour le travailleur un des plus puissants moyens de moralisation et de civilisation, — ont entrepris de rendre leurs ouvriers propriétaires de leur maison.
«Le plus large exemple qui se rencontre non seulement
88 l'épargne
en Franœ, mais même sur le continent européen, en fait de constructions isolées, appartient à TAlsace, nous dit M. Audigannc dans son livre sur les Popu'ations ouvrières. On est redevable de cet exemple à une société particulière, la Société industrielle de MulhousCj formée en i6S3. Le gouvernement a prêté son concours à cette association en lui allouant une somme de 300,000 francs, mais à la condition qu'elle en dépenserait au moins 900,000, et qu'ellcf créerait divers établissements d'utilité publique, tels que des bains, des lavoirs, etc.
» Ijà Société a commencé par s'interdire de faire aucun bénéfice, et elle s'est mise à l'œuvre avec la plus grande activité. Les quatre premières années de son existence virent s'élever plus de trois cents maisons, dont la réunion a reçu le nom de cité, mot qu'il faut entendre ici dans le sens de ville ou village. Avant l'expiration de cette période, on avait orga/iisé les bains et lavoirs; on avait installé un restaurant qui met à la* portée des plus modiques budgets une alimentation convenable (vendue au prix coûtant, environ 0,10 c. par portion). Il a été construit, en ouîre, pour la vente des objets nécessaires aux ménages, un local où l'ouvrier peut se procurer à bon compte ses meubles, ses ustensiles de cuisine et même ses vêtements.
» Dans l'iutérieur de la cité, les rues sont spacieuses, bordées d'arbres et de trottoirs, éclairées aux gaz et munies d'égouts communiquant avec chaque habitation. Les maisons sont bâties par groupes de quatre formant un rectangle dont chacune occupe un coin. Autant de maisons, autant de familles. Chaque habitation, élevée d'un étage, se compose généralement de trois chambres, d'une cave et d'un grenier. Ces maisons, la Société les vend, avec un petit jardin contigu, de 2,000 à 2,800 francs, pour une superficie totale d'environ iSO mètres. Quant aux loyers, ils sont de 13 fr. SO à 16 fr. par mois, La Société a toujoi^rs