‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 24 sur 88 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'épargne - PLACEMENT.

Titres amortissables; titres à lots ; actions d'une banque populaire; obligations hypothécaires ou immobilières conférant promesse de vente et droit d'occupation.

Parmi les conditions que nous avons successivement reconnues favorables au développement de Tépargne : Tanticipation de Tépargne sur la dépense, la facilité du versement, la provocation de l'épargne par des agents intéressés, la possibilité de réalisation sans perte, celles-là sont entiè* rement remplies par les titres mobiliers; une seule condition, la plus importante, il est vrai, reste négligée, c'est celle qui donne immédiatement à l'épargne un avantage réel, un emploi concret, qui en fait, en un mot, le premier terme d'une série où on la voit se transformer en moyen de production, puis de propriété et enûn de famille.

On titre est une épargne abstraite qui ne parle guèlte à l'imagination du possesseur, et qui ne lui confère d'autres profits que le revenu annuel et les chances de plus-value.

Or ce sont là des avantages qui ne deviennent intéressants que quand une certaine fortune est déjà accumulée, quand le revenu qu'on en tire assure l'existence ou un notable supplément d'aisance, quand le nombre des titres possédés multiplie suffisamment les petits bénéfices de la hausse pour en faire une opération lucrative.

102 l'épargne

Le pauvre travailleur, qui met péniblement quelques centaines de francs de côté, n'éprouve pas une grande satisfaction à contempler le titre représentatif de ses économies, qui lui rapporte 3 ou 4 pour cent par an ; il y trouve même un motif de découragement, s'il mesure à la modicité de l'intérêt acquis, la longue durée d'efforts qui lui serait nécessaire pour qu'il s'amasse de quoi ne pas mourir de faim dans sa vieillesse.

Bien autre vraiment est l'intérêt de l'épargne-travail, de l'épargne mobilière, de l'épargne immobilière. Si Tépargneplacement ne rachetait pas son infériorité par d'autres grands avantages : la facilité de l'emploi et la disponibilité constante du capital; si elle n'était pas accompagnée souvent d'avantages extrinsèques complémentaires, son développement serait incompréhensible.

Le grand attrait, c'est l'aléa , qui répond à ce besoin du jeu qui est au fond 4e tous nos cœurs.

Toute valeur de Bourse est aléatoire, même la plus sûre et la plus sage, la rente, l'obligation du Trésor, l'action ou l'obligation de chemin de fer, etc. Par cela même quelle est sujette à des fluctuations de prix, comme on ne considère jamais l'éventualité de perte, on a l'espoir d'une plus-value considérable. C'est même là un principe qu'il ne faut pas oublier dans Tart de placer son argent, c'est que dans tout placement, il faut envisager les chances de plus-value aussi attentivement que le revenu régulier. Telle valeur qui ne rapporte que 3 ou 4 pour 100 peut donner un bénéfice de 10 pour 100 sur le capital ; telle autre qui débute par offrir 6 ou 8 pour 100 , ne réserve ensuite qu'un déficit croissant sur le capital. Tout placement mobilier se complique donc, au fond, d'une spéculation, et ce n'est pas un des moindi*es dangers de l'épargne-placement , pour le peuple des travailleurs, qui risque fort, de se laisse? entraîner dans des opérations malsaines ou ruineuses.

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