‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 25 sur 88 · ÉPAR6NE-PLA€EM£NT · texte numérisé non relu

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On a cherché cependant à régulariser ce côté aléatoire des titres mobiliers, en leur traçant d'avance, en quelque sorte, la plus-value qu'ils devaient acquérir, en la remettant au sort, à l'impartialité du tirage.

C'est ainsi qu'on a créé des obligations du Trésor , des obligations de chemins de fer, garanties bu non par l'État , des obligations foncières, etc. qui, émises à 300 francs, par exemple, et rapportant 12 ou 15 francs d'intérêt, sont remboursables à 800 francs dans un certain délai de 60, 80 ou 90 ans. Un nombre donné de titres, qui grandît chaque année avec la progression de l'amortissement, est désigné par le sort pour être remboursé, et les tirages se succèdent d'année en année jusqu'à complète extinction des titres. Par cette combinaison, l'obligataire possède , en supplément de revenu, un véritable billet de loterie, qui lui donne l'espoir, chaque année, de gagner la prime de remboursement de 100 ou 200 francs par titre : loterie minime et d'un genre particulier, où l'on peut manquer de gagner, mais où l'on ne risque pas dé tout perdre, car Ton est toujours sûr d'être remboursé bien audessus de son prix d achat , sinon immédiatement tout au moins la dernière année de la période de remboursement, en conservant jusque-là la jouissance de son revenu.

Cet amortissement des obligations au-dessus de leur valeur d'émission forme un moyen très ingénieux pour garantir les titres contre la baisse et rehausser leur attrait.

Ou ne s'en est pas tenu là et on a joint à certaines valeurs une loterie véritable avec des lots annuels, semestriels ou trimestriels, variant de 1,000 à 200,000 francs pour des obligations de 3 à 400 francs, dont l'intérêt se trouve un peu réduit. Le succès des valeurs à lot a été considérable, et pour empêcher que cet attrait artificiel ne fût exploité par des faiseurs au profit d'affaires véreuses, le gouvernement s'est réservé le droit d'autoriser les emprunts à lots, en faveur de» villes et des départements, du Crédit foncier de France ou def

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colonies, et de quelque entreprise exceptionnelle, comme celle du Canal de Suez.

Les rigoristes n'ont pas manqué de blâmer les combinaisons du placement avec la loterie; nous pensons, nous» qu'il y a là souvent un mariage heureux et comme une légitimation de la loterie^ car ce n'est permettre le jeu que dans une mesure très réduite et sous condition préalable d'ordre et d'économie.

Dans certaines villes industrielles du Nord où on a l'habitude de se syndiquer pour toutes sortes d'objets, à Roubaix, par exemple, les ouvriers forment entre eux de petites associations pour l'achat des titres mobiliers. On se réunit par groupes de quinze ou vingt personnes ; on se cotise pour acquérir quelques valeurs à lots ; chacun verse ce qu'il peut, dix sous, vingt sous, par semaine on par mois ; la prime, si le groupe en gagnait une par hasard, serait répartie entre tous les associés au prorata de leurs versements.

— Avez-vous jamais gagné un lot, demandait-on à l'un des membres de ces singulières tontines ? Eh ! Eh ! réponditil, aucune de nos valeurs n'est encore sortie aux tirages; mais nous ne nous en trouvons pas moins aujourd'hui avoir un lot : ce sont nos économies (1).

Telle est, en effet, la bonne influence des valeurs à lots. La simple loterie est un dissolvant de l'épargne. La valeur à lots, au contraire, est un stimulant de l'épargne et, par conséquent, un encouragement au travail.

Songez donc à combien de tentations il faut que le pauvre ouvrier ou le petit employé, souvent plus misérable encore, sache résister; à combien de privations nouvelles il doit s'as-

(1) On peut sigoaler à Paris une société semblable, ingénieusement appelée la Fourmi^ dont le siège est 3, rue d'Aboukir, qui réunit déjà 1,400 sociétaires. Tout sociétaire nouveau est tenu de verser une entrée qui rétablit son droit proportionnel dons la participation générale des valeurs à lots possédées en commun.

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ireindre pour placer quelque cent ou deux cents francs sur un titre de rente ou à la caissQ d'épargne, sans autre rémunération qu'un intérêt insignifiant. Dans de telles conditions, l'épargne du pauvre semble parfois invraisemblable tant elle est méritoire : il y faut un esprit d'ordre extraordinaire ou un grand dévouement à la famille ou un espoir d'établissement prochain, mais ce sont des motifs extrêmement louables qui ri'ont que peu de prise sur les natures peu énergiques. A celles-là, il faut un stimulant ; or, il est préférable qu'elles le trouvent dans l'espérance d'un lot combiné avec un placement sérieux, plutôt que dans quelque spéculation décevante qu'on fera luire à leurs yeux pour. les entraîner dans quelque piège.

La valeur à lots qui laisse à tout le monde un motif d'espérance et de consolation, n'est pas une chose mauvaise en soi. Ce qui est mauvais, c'est l'exemple des gros lots qui sont funestes à tous les gagnants parce qu'ils en font des parvenus sans la préparation du travail et de l'épargne, c'est-à-dire des grotesques et des corrompus ; maïs la commandite par la voie du sort sous condition d'épargne préalable ne peut pas être désapprouvée. Des lots de 1,000 à S,000, à 10,000 francs, à 30,000 francs, qui ne permettent point l'oisiveté et qui apportent au travailleur le moyen de sortir de la misère, de relever sa condition, de développer son activité, ne peuvent donner que de bons résultats et devraient être multipliés. Quand de tels lots tombent entre les mains de pauvres gens qui ont acheté leur titre à force de courage et de privations, on peut dire que c'est de l'argent bien distribué, que les gagnants l'ont mérité, n'ayant fait, en quelque sorte, que prendre part à un concours d'ordre et d'économie.

En définitive, on le voit, Tépargne-placement, tant qu'elle reste dans des proportions restreintes, n'a véritablement pas

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de grands attraits par elle-même et doit les emprunter à ' des combinaisons accessoires*

Il en serait autrement si Ton parvenait à attacher des privilèges personnels à la possession de tel ou tel titre. Ce serait alors rendre concrète une épargne abstraite, donner une valeur morale et réelle à ce qui n'a été jusqu'ici qu'un artifice et une convention.

Dans les banques comme celles de TÉcosse, qui ]^ratiquent d'une manière si féconde le crédit personnel sur garanties morales ou sur cautions mutuelles, là possession d'un livret ou d'un récépissé de dépôt, l'accumulation persévérante des épargnes au même compte, l'acquisition nominative d'ac* tions de la banque, confèrent au travailleur une sorte de certificat d'ordre et d'économie qui lui vaut un jour le crédit dont il aura besoin pour s'établir et prospérer. L'épargneplacement n'est plus alors une simple mise de capitaux dans une affaire avec laquelle on n'a aucun lien^ ce n'est plus une opération anonyme et indifférente, c'est une édification progressive de son avenir, c'est la préparation de son crédit et de son succès. La moralité du placement et l'intérêt de l'épargne changent du tout au tout. C'est là ce qu'on doit viser à introduire en France et ce que nous n'obtiendrons que quand de grandes banques populaires auront réussi à se fonder sur le modèle des banques de l'Ecosse.

Dans cet ordre d'idées, j'arrive à une autre combinaison ; après le titre promettant crédit, je proposerais le titre conférant propriété : ce serait l'alliance de l'épargne-placement et de l'épargne-immobilière que j'indiquais à la fin du précédent chapitre.

On connaît les avantages de l'épargne immobilière^ de l'acquisition de la maison d'habitation amortissable par annuités; mais on sait aussi les dangers du régime actuel fiscal ou hypothécaire. Propriété précaire, grevée d'une lourde dette, menacée de déchéance, engageant d'avance

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