‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 33 sur 88 · LA COOPÉRATION EN FRANCE · texte numérisé non relu

LA COOPÉRATION EN FRANCE

Le mouvement coopératif depuis 1848. — La Société coopérative de Roubaix. — Comment on devient propriétaire sans bourse délier. — L'avenir de la coopération : magasins auxiliaires', fourneaux coopératifs, garantisme, économat des loyers, etc.

Si maintenant nous jetons un regard sur Tétat de la coopération en France, nous la trouvons bien inférieure à ce qu'elle est en Angleterre^ en Allemagne, en Italie, en Suisse et en Belgique.

1848 avait donné d'abord une vive impulsion à toutes les Sociétés ouvrières, mais il s'y mêlait de grandes illusions; on était séduit par les résultats merveilleux obtenus à l'étranger et on n'était pas armé de la même énergie modeste, ni du même esprit positif que les premiers pionniers anglais. 11 en résulta des déceptions auxquelles l'Empire se chargea bientôt de substituer de brusques dénouements. On s'était d'ailleurs adonné principalement à la coopération de production, qui n'est pas même définitivement réalisée dans les pays où on a commencé par le commencement, c'est-à-dire par la coopération de consommation, la coopération d'approvisionnement et la coopération de crédit. La coopération de production, nous lavons dit, est bien plutôt un procédé d'organisation du travail qu'une simple combinaison d'association mutuelle. Elle était donc, en quelque sorte, extérieure au mutuellisme proprement dit. On ne peut pas dire qu'elle ait réussi, tant son succès a été exceptionnel.

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Quant aux Sociétés de consommation, leur nombre s'en était accru sous l'Empire, grâce à un mouvement assez prononcé d'importation allemande, à la suite des créations de M. Schulze Delitzch. On tenta alors d'imiter les banques populaires voisines, tentatives stériles parce qu'elles furent mal faites et viciées par l'esprit de parti; et l'on voulut aussi multiplier les Sociétés de consommation.

En 1870, dernière année de l'Empire, on relevait environ :

100 Sociétés de consommation dans les départements et en Algérie, dont vingt-cinq ou trente spécialisées dans la boulangerie; 26 Sociétés dans le Rhône (Lyon) ; 9 Sociétés dans la Seine (Paris).

Au total : 13S environ.

Mais, dans ce nombre, figuraient quelques économats institués par les Compagnies de chemins de fer ou les établissements industriels, à l'usage des ouvriers et des employés.

Nous n'avons pas la statistique exacte des Sociétés existant actuellement, toute publication spéciale à la coopération ayant cessé depuis 1870. Nous connaissons seulement, par des renseignements dignes de foi, l'existence, dans le département de la Seine, de vingt-deux Sociétés de consommation, réunissant ensemble un peu plus de 4,000 membres, ce qui semblerait indiquer que le mouvement coopératif s'étend toujours, bien que lentement. A Lyon, on connaît 38 à 40 Sociétés s'occupant surtout de boulangerie et d*épicerie, et dont deux, la Ruche et la Ménagère, retiennent une part des bénéfices pour être affectée aux pensions de retraite de leurs membres. On cite d'autres Sociétés à Saint-Étienne, à Vienne (Isère), à Bléneau (Yonne), à La Flotte (île de Ré), etc.

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La grève des ouviûers tisseurs à Roubaix, en 4880, a fait connaître, dans cette ville, Texistence d'une très intéressante Société coopérative qui mérite à tous égards de nous arrêter spécialement, parce qu'elle est française, parce qu'elle est actuelle et parce qu'elle est prospère*.

Elle débuta modestement, le 22 octobre 1865, par 90 adhérents versant chacun 10 francs et s'engageant à appliquer leurs dividendes éventuels à compléter leur mise sociale jusqu'au chiffre de 50 francs.

Les statuts de la nouvelle Société étaient larges et résumaient en quelque sorte tout le programme coopératif. Nous en reproduisons, à ce titre, l'article premier qui définit f'objet social :

« La Société, y est-il dit, a pour but d'acheter en gros ou de produire, dans ses établissements, tous objets de consommation, tels que pain, viande, épiceries, vêtements, charbon, pour les revendre en détail et au cours du jour aux associés, et réaliser ainsi des bénéfices qui seront partagés entre chaque associé au prorata de sa consommation et de ses achats.

» Elle a encore pour but d'établir successivement ^itre ses membres des caisses d'épargne, de retraites ou pensions viagères, de soins médicaux et pharmaceutiques en cas de maladie, d'assurances contre l'incendie ou en cas de décès ; de fonder des crèches et fourneaux économiques, des établissements d'instruction, de convalescence ou d'agrément; de faire aux associés des avances d'argent pour leur commerce, l'achat de leurs maisons ; enfin, de réaliser tous les bienfaits que produit la coopération. »

En fait, ajournant la réalisation de ce brillant programme,

(1) Des renseignements assez complets, eoncernant celte Société, ont été publié» par le journal le Temps, dans ses numéros des 27 mai, 23 juillet 1880 «t 14 février 1881, ainsi que dans le Journal des Économistes de juillet 1881.

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elle se bornait à établir modestement une boulangerie coopérative.

Dès 1866, six grands industriels de Roubaix, comprenant rimportance de la tentative et désireux de favoriser cette œuvre bienfaisante au premier chef pour les ouvriers , font à la Société une avance sans intérêt de 20,S00 francs qui, dépassant de 6 à 7,000 francs la somme nécessaire à son fonds de roulement*, lui permet, en y joignant ses ressources sociales, d'acheter un terrain et d'y faire construire une boulangerie appropriée à son fonctionnement.

Les mêmes industriels, pour faire triompher la Société de la méfiance des ouvriers, s'étaient engagés à supporter toutes les pertes du premier exercice et avaient garanti le remboursement des mises individuelles de 10 francs, en cas de liquidation à la fin de cette première année : garantie superflue, car le premier exercice se soldait par un bénéfice supérieur au montant des mises sociales. On doit même noter à cette occasion que si la Société avait dû supporter l'intérêt à 8 0/0 de sa dette gratuite, le bénéfice aurait encore été de 1,S63 fVancs pour un capital de 2,140 francs (73 0/0).

11 ne faut pas croire cependant que les débuts de cette Société coopérative furent toujours aussi faciles et qu'il n'y eut pas de fautes commises ou de mécomptes subis. En iSffl, l'infidélité d'un agent fait perdre à la Société. 4,1S2 francs ; c'est un des patrons dont il a déjà été parlé, qui remplace la somme dans la caisse de la Société; en 1869, la Société,

(1) Ainsi réparti : En caisse -4.662 70

Blés et farines 13.337 75

Pains . . . . 120 25

Provisions de charl>on, mobilier, etc. . 1.232 »

Débiteurs divers 1.252 55

Total 20.605 25

A déduire, créanciers divers 6 850 45

Reste 13.754 80

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