‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 34 sur 88 · COOPÉRATION EN FRANCE · texte numérisé non relu

COOPÉRATION EN FRANCE

qui avait voulu joindre une épicerie à la boulangerie, fait de mauvaises affaires et est contrainte de révoquer son gérant ; mais elle revient vite à la simplicité de son fonctionnement primitif et, dès 1870, elle a réparé ses pertes.

A la fin de 1879, c'esl-à-dire au boiit de quatorze ans d'existence, la Société avait

!• Amorti ses pertes mémoire

2» Remboursé sa dette Fr. 30.500

3* Amorti son immeuble 40.000

4* Amorti son mobilier industriel 3.000

5«» Constitué une- réserve de , 24.293

Ensemble Fr. 87.793

et de plus, elle avait, de d870 à 1879, réparti en dividendes aux sociétaires 128,901 francs.

La dernière année notamment avait réalisé un chiffre de ventes de 190,000 francs, laissant un bénéfice net de 38,000 francs (20 0/0), sur lequel un dividende de 30,476 francs (16 0/0) avait été alloué aux sociétaires, au prorata de leurs achats. Le taux de ce dividende n'avait janaais cessé de s'élever depuis 4 0/0 en 1870, jusqu'à 16 0/0 en 1879 (1).

Mais ce n'est pas là le seul bon résultat à enregistrer. En premier lieu, la Société a toujours exigé de ses adhérents le paiement comptant de leurs achats; habitude précieuse pour l'ouvrier, condition certaine de succès pour la Société, les pertes à redouter ne consistant guère que dans le non-paiement des clients insolvables,

(!) Ces résultats se sont maintenus en 1880 :

Montant des ventes aux sociétaires Fr. 212.422

Bénéfices réalisés (après paiement de 1.811 francs pour

les dépôts des sociétaires) 39.942

Mise à nouveau à la réserve 7.989

En somme, les sociétaires ont eu droit pour cet exercice à un dividende

de 15 0/0 de leurs achats, qu'ils ont pu laisser en dépôt moyennant un

intérêt annuel de 5 0/0. La réserve s'élève au total de 32,372 francs. Au 31 décembre 1880, il y avait un fonds de caisse de 31,038 francs et

la Société avait employé en rentes un capital de 43,574 francs.

190 l'àssogiatioih

En second lieu, elle a su persuader à la plupart de ses meoibres que leur intérêt véritable était de ne point toucher aux dividendes auxquels ils avaient droit, mais de les laisser en dépôts productifs d'intérêts et de convertir ainsi peu à peu leurs bénéfices en capital. D en est résulté qu'en 1879, avant ' liquidation du bénéfice de cette année, le capital social qui se compose des premières mises de 10 francs successivement complétées jusqu'à 50 francs par les bénéfices des titulaires, s'élevait à 11,402 francs et que les sommes laissées en dépôts s'élevaient à 17,835 francs, ce qui représente environ 29,000 francs épargnés contre 99,000 francs distribués, sans compter, sur ces sommes payées en dividendes, celles que les sociétaires ont pu employer utilement de leur côté à leur usage personnel ou au profit de leur travail.

On ne saurait trop méditer de si excellents résultats.

Aujourd'hui, la Société de Roubaix poursuit un nouveau But: elle veut rendre ses sociétaires propriétaires de leur maison d'habitation, sans aucun déboursé de leur part. Voici la combinaison : comme elle a fini d'aqpiortir ses dettes, son immeuble, son matériel, elle n'a plus d'emploi obligatoire pour ses réserves;* elle peut donc construire ou acquérir des maisons ouvrières, dont le coût moyen à Roubaix est de 2,000 à 2,S00 francs. Elle les revendra à ses sociétaires, à ceux du moins qui ont l'habitude de ne point dépenser chaque année leur dividende. Ce dividende est en moyenne de 96 francs par sociétaire ; si l'on y joint l'intérêt des fonds déposés, le sociétaire économe possède d'ordinaire une ressource annuelle, due à la coopération, d'environ 12S francs; il suflBt de cette ressource pour amortir la maisonnette en quatorze ou quinze années I (1)

(1) La Société industrieUe d'Halifax, dans le Yorkshire, (Halifax indiêstrial Society) avait déjà iaaugaaré ce moyen d'économiser une maison sur la consommation, de devenir propriétaire en mangeant. Voir les comptes rendus du Congrès des institutions de prévoyance j p. 287.

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Ainsi, lâ Société de RoubaÎK ne demande à ses adhérents que de continuer à payer leur loyer sur le même pied qu'auparavant et elle les rend immédiatement propriétaires de leur maison moyennant deux seules conditions :

1<> Les bénéfices procurés par la Société coopérative seront appliqués au paiement de la maison ;

^ L'adhérent acheteur fournira un répondant pour garantir son engagement.

Point d'hypothèque , il y aurait trop de frais ; la certitude des dividendes à venir et la garantie du répondant suffisent. L'expérience n'est pas encore assez longue, en ce qui concerne ces opérations inwnobilières, pour qu'on puisse dire que le fonctionnement est irréprochable , mais on ne niera pas que la combinaison soit des plus ingénieuses et des plus séduisantes et même des moins aléatoires pour une Société qui ne risque ainsi qu'une partie de ses bénéfices réservés.

La Société coopérative de Roubaix a compris aussi qu'il y avait un complément à cette opération immobilière, c'est l'assurance des mobiliers ouvriers contre l'incendie. Grâce à son entremise et à la simplification des formalités qu'elle a obtenue, elle parvient à procurer à -ses associés, moyeimant 37 centimes 1/2 par an, l'assurance contre l'incendie par une Compagnie ordinaire, jusqu'à concurrence d'une valeur de 300 francs, sans aucuns frais accessoires de police ou d'enregistrement. Moyennant deux* chopes de moins, l'ouvrier est garanti contre le sinistre qui peut lui enlever en quelques heures tout ou partie de son épargne mobilière.

Cet exemple de la Société coopérative de Roubaix nous a pormis de saisir sar le vif presque tous les avantages de la coopération de consommation. Us sont saisissants aussi bien à Roubaix qu'à Rochdale, et peut-être encore plus à Roubaix, parce qu'en France nous n'avons pas présentement les circonstances qui ont pu jadis favoriser, en Angleterre, le succès des ^coopérations.

La Société de Roubaixa réussi, malgré des difficultés assez grandes et en dépit des fautes qu'elle a commises. Cela encore est instructif. On dira peut-être que le concours désintéressé des patrons industriels ne lui a pas fait défaut: sans doute, mais il s'agissait là d'une initiative à prendre, et si Ton analyse la nature financière de cette intervention, on peut se rendre compte qu'elle n'a pas dépassé l'appui qu'aurait pu donner normalement une institution de crédit populaire.

Il est évident qu'en France, où le commerce de détail est si perfectionné, il n'y a pas pour les coopératives le même champ d'activité qu'en Angleterre où la vente avait été, en bien des localités industrielles, en quelque sorte monopolisée par les manufacturiers. Il reste néanmoins beaucoup à faire pour l'approvisionnement à bon compte et à bonne qualité des denrées simples et de première nécessité.

Il viendra un temps, j'en suis convaincu, où on pourra fonder dans les grandes villes comme Paris une Compagnie auxiliaire de la coopération, qui tiendra, dans les différents quartiers, des magasins collectifs où chaque Société de consommation pourra sous-louer un caveau pour y mettre son vin, son huile, ses pommes de terre, son charbon, et autres approvisionnements de facile conservation ; légumes secs, conserves, pétrole, savon, etc., etc. ens'organisantà sa guise pour le débit quotidien des mai^chandises à ses sociétaires et en empruntant au besoin l'office du gardien ou du comptable de la Compagnie auxiliaire.

Il viendra un temps où la coopération établira à son profit des fourneaux économiques, des cuisines collectives, en imitant ce que font les oeuvres de la charité privée, les administrations des grandes fabriques ou quelques grandes villes et cela non dans un but d'assistance mais de libre économie et d épargne.

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